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LES VIERGES DE VERDUN

Nous empruntons les détails qui vont suivre sur ces pures et malheureuses jeunes filles à l'éminent historien de la Terreur, M. Mortimer-Ternaux, qui a éclairé par des documents nouveaux l'histoire sanglante de ces jours funestes.

« L'armée austro- prussienne avait franchi la frontière de France le 20 août 1792; elle s'était emparée sans coup férir de Longwy, et elle était venue occuper les hauteurs qui entourent Verdun. La place ne pouvait opposer aucune résistance à l'ennemi. Les fortifications étaient faibles et mal entretenues, la garnison insuffisante; le duc de Brunswick , commandant l'armée prussienne , somma les habitants de Verdun de se rendre; le commandant Beaurepaire refusa au nom des habitants et de la garnison, et aussitôt (30 août) le bombardement de la ville commença. Il fut terrible ; après quinze heures , une seconde sommation fut faite par l'ennemi; elle trouva les habitants au désespoir: des groupes nombreux s'étaient formés sur la place de l'hôtel de ville, et suppliaient le comité défensif de ne pas prolonger une lutte inutile et d'épargner à Verdun les horreurs d'un assaut. Le commandant Beaurepaire, désespéré à son tour, se retira dans une chambre à l'hôtel de ville et se fit sauter la cervelle. Les soldats accoururent

et le trouvèrent mort, avec sa croix de Saint-Louis sur la poitrine et son épée au côté. La garnison emporta son corps et se retira à Sainte-Menehould, d'où elle rejoignit l'avant-garde de l'armée de Dumouriez.

« Le duc de Brunswick fit occuper la ville, mais il la traita avec de grands égards, et la curiosité attira au camp prussien bon nombre d'habitants; toutefois il n'y eut, remarquons ceci, ni bal donné, ni députation de jeunes filles envoyée, ni harangue prononcée. Tout se borna à la visite de quelques personnes curieuses.

(L Bientôt les chances de la guerre tournèrent contre l'armée austro-prussienne; arrêtée à Valmy par les dispositions habiles de Dumouriez, par l'énergique résistance de Kellermann, en proie à une misère affreuse, à des maladies terribles, elle se mit en retraite par la même route qu'elle avait suivie trois semaines auparavant et qu'elle jalonnait cette fois de cadavres. Elle évacua Verdun le 14 octobre et Longwy le 30.

« Aussitôt que les troupes françaises eurent repris possession de Verdun, on vit s'abattre sur cette malheureuse ville les hommes de sang qui, à cette époque, suivaient nos armées victorieuses comme les hyènes suivent nos troupes, dans les déserts de l'Afrique, pour se jeter sur des cadavres. Une commission fut formée par les soins des représentants du peuple pour rechercher les ennemis de la Révolution et de la Répiibliqiie. Un grand nombre de personnes furent arrêtées; de nombreux témoins comparurent devant la commission , composée de prêtres défroqués et d'hommes de loi de bas étage, et les interrogatoires des prévenus et des témoins portèrent surtout: lo sur le bal qui, prétendait- on, avait été offert aux officiers de l'armée envahissante; 2» sur la députation composée de jeunes filles appartenant aux premières familles de Verdun, et que l'on disait avoir été processionnellement au camp féliciter le roi Guillaume.

« Pas un seul témoin ne put dire quand, ni où ce bal

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