LOUISE DE CONDÉ
Quand la Restauration ramena en France l'illustre famille de nos anciens rois, la brillante souche des Gondés n'était plus représentée que par deux vieillards, le frère et la sœur, derniers rejetons des héros de Gérisoles, de Lens, de Rocroy; dernières et pâles effigies de cette longue lignée de princes, aussi spirituels que braves; tous deux sans postérité, les derniers de leur race, et qui, avant que de descendre dans leur propre tombeau, avaient vu tomber sous des coups cruels tout ce qui leur était cher. Le frère était le prince Louis de Gondé, qui pleurait depuis douze ans la mort de son fils, assassiné dans les fossés de Vincennes ; la sœur était la princesse Adélaïde-Gharlotte- Louise de Gondé, religieuse bénédictine, qui ne demanda au royaume de Henri IV et de Louis XIV qu'un asile où elle pût prier et expier pour les pécheurs; cet asile lui fut donné, et l'on choisit pour elle la tour du Temple, que Louis XVI avait quittée pour l'échafaud et le ciel.
G'est à Ghantilly, dans celte royale et charmante demeure dont Bossuet a loué les beautés, que naquit Louise de Gondé; c'est là qu'elle passa les années de joie qui lui furent accordées sur la terre auprès d'une mère aimable et pieuse, morte trop tut, et d'un père qui avait l'esprit
brillant et le caractère chevaleresque de sa famille. Ellemême avait une intelligence très ouverte, avide d'instruction, et un caractère où la fermeté la plus stoïque (sa vie l'a prouvé) s'unissait à la plus grande douceur. Ses portraits nous la montrent très jolie : des traits aquilins, une bouche fine et bonne, des cheveux blonds, abondants et crêpelés, des yeux expressifs et charmants; elle plaisait à tous, et ne voulait plaire qu'à Dieu. Elle se prêtait aux fêtes du monde, mais ses fêtes à elle, c'étaient ses relations d'amitié avec madame Glotilde, avec Madame Elisabeth; c'était la visite assidue des pauvres, c'étaient ses courts séjours au chapitre de Remiremont, c'était surtout la présence de son père et de son frère, qu'elle aimait tous les deux d'une affection inexprimable. On a trouvé dans ses papiers des prières pour le salut et le bonheur de ce frère chéri et de son neveu, le duc d'Enghien, supplications touchantes qui ne furent pas exaucées sur cette terre. L'orage qui allait frapper les Bourbons, les Gondés et la France s'allumait déjà; la Bastille était tombée sous les coups de la populace; le malheureux Louis XVI se voyait entraîné vers l'abîme par une force à laquelle il n'opposait pas d'énergie, par d'infernales intrigues qu'il ne savait pas déjouer : le prince de Condé pensa, et d'autres avec lui, que le trône des lis, l'antique monarchie et même la paix future de l'Europe ne pouvaient être sauvés que par les armes. Il quitta la France, suivi de ses enfants et d'un grand nombre de gentilshommes qui voulaient combattre comme des hommes, et non pas être menés à l'abattoir comme des moutons. Il fut, on le sait, le chef de l'émigration militante. Pendant qu'il essayait d'organiser sa petite armée, madame Louise se retira à Turin, auprès de Madame Glotilde, princesse de Piémont. Là, dans ce premier exode de son émigration, elle n'était occupée que des malheureux Français, émigrés comme elle et sans ressources; elle se privait de tout pour les secourir, et elle mettait dans ses offrandes