‹ Portraits et notices historiquesChapitre 45 sur 46 · LADY FRANKLIN · texte numérisé non relu

LADY FRANKLIN

socia passionnément aux projets et aux espérances de son mari. Elle épousa ses vues, elle rêva la gloire pour son nom , et elle le vit partir au mois de mai 1845 pour cette expédition lointaine qui ne devait pas avoir de retour. Pendant trois mois, jusqu'en juillet, on eut des nouvelles de VÉrèbe et de la Terreur, noms des deux navires qui voguaient vers l'inconu ; puis le silence se fit, les ténèbres s'étendirent; on n'eut plus de nouvelles ni des navires, ni des équipages; ils avaient disparu derrière les nuages du pôle; ils étaient enfermés derrière des remparts infranchissables , derrière des murs terribles qui avaient jusqu'alors défendu les secrets du septentrion dont Job parle en ces termes : « As-tu pénétré dans la profondeur des mers? as- tu marché dans le sein de l'abîme? Les portes de la mort se sont- elles ouvertes devant toi? As- tu vu l'entrée des ténèbres? » Que s'était-il passé? les navires étaient-ils détruits? les équipages avaient-ils péri? ou bien erraient-ils sur ces plages désolées, déserts de neige et de glace, étrangères à l'homme depuis l'origine du monde? erraient-ils exposés à tous les maux, mourant de faim, de troid, poursuivis peut-être par les flèches de quelque tribu sauvage, ou livrés en proie aux griffes des ours? Les suppositions les plus tragiques étaient vraisemblablement une affreuse réalité; l'Angleterre s'émut, on fréta des navires pour les lancer à la recherche de sir John Franklin et de ses compagnons; des hommes hardis et dévoués s'embarquèrent , résolus de tenter l'impossible pour retrouver un débris, une planche de VErèbe et de la Trrreur : tout fut inutile , les deux navires s'étaient évanouis dans les solitudes du pôle. Lady Franklin qui ne pouvait pas croire à une catastrophe, jeta dans ces expéditions la plus grande partie de sa fortune ; pendant trente ans, elle ne cessa de prier, d'insister auprès de tous, hommes et gouvernements, pour les intéresser à sa douleur d'épouse; les puissances maritimes de l'Europe répondirent à son appel; hs États-Unis apportèrent leur

concours; les recherches officielles et privées ne cessèrent pas , et aucune ne fit naître un rayon de lumière. La France donna à ces pieuses recherches un de ses plus nobles enfants, le lieutenant Bellot, qui périt au milieu des glaces bouleversées par une horrible tempête (G août 1852), au moment où il croyait revenir vers sa famille et où il exhalait sa reconnaissance envers Dieu qui l'avait sauvé. Enfin, vers 1854, une lueur se fit sur le sort probable de John Franklin et de ses compagnons infortunés : le docteur Rack, après un voyage au pôle, publia un rapport où il établissait, d'après les témoignages fournis par des Esquimaux qu'il avait interrogés, que sir John et son équipage étaient morts de froid et de faim dans les glaces; il fournissait en preuve quelques objets qui devaient appartenir à ces malheureux , et qu'il avait obtenus des Esquimaux par voie d'échange. Les Esquimaux avaient dit : « Au printemps, il y a quatre hivers, des hommes blancs, au nombre de quarante, ont été vus voyageant sur la glace, et traînant un bateau; ils cherchaient des veaux marins. Ils firent comprendre par signes que leur navire était détruit. Plus tard les cadavres de trente-cinq de ces hommes furent découverts par les Esquimaux; quelques-uns étaient enterrés, d'autres se trouvaient sous une tente, d'autres sous le bateau renversé pour former un abri; l'un d'eux, un officier sans doute, avait son télescope et son fusil près de lui. Dans une chaudière se trouvaient des membres humains. » On acheta aux sauvages les objets trouvés près de ces tristes restes; c'étaient des couverts d'argent, une pièce d'argenterie avec les mots : Sir John Franklin, et une petite décoration sous la forme d'une étoile.

Malgré ces témoignages presque évidents, Lady Franklin ne voulut pas croire à la perte de son mari; son énergie se ranima; on avait découvert quelques vestiges; peut-être de plus heureux le découvriraient-ils lui -môme : son amour ne voulait pas douter. Une nouvelle expédition, organisée par elle, frétée avec ses propres ressources , partit en 1855;

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