LE CARDINAL XIMENÈS
On a souvent comparé le cardinal de Richelieu à Ximénès, et ce n'est pas sans raison. Tous les deux furent épris de la grandeur de leur patrie, tous les deux voulurent élever la royauté sur toutes les résistances et faire triompher leur pays de tous ses ennemis; tous les deux virent dans les oppositions religieuses le prélude des oppositions politiques, et ils tâchèrent d'étouffer, l'un l'hérésie protestante, l'autre le judaïsme et le mahométisme; tous les deux protégèrent les sciences et les lettres, tous les deux mirent leur pays à la tête des nations ; l'un prépara le règne de Louis XIV, l'autre le règne de Charles- Quint; Richelieu se substitua à la royauté, Ximénès s'effaça devant elle, et dans sa vie si glorieuse, le moine et le prêtre se retrouvent toujours.
Il naquit d'une famille obscure à Torre-Laguna et entra de bonne heure dans les ordres sacrés; mais renonçant aux espérances qui s'ouvraient devant lui, il alla cacher sa vie dans un rigide couvent de Franciscains ; ce n'était pas encore assez, il s'enfouit dans un ermitage au fond d'un bois. C'est là que la reine Isabelle le fit chercher, et, malgré lui, elle le garda à la cour. Nous avons dit, dans la notice sur celte grande reine, comment l'ermite Ximénès devint archevêque de Tolède et grand chancelier de