‹ Portraits et notices historiquesChapitre 8 sur 46 · MARTE -FÉLICE DES URSINS · texte numérisé non relu

MARTE -FÉLICE DES URSINS

Ursins, issue d'une des plus anciennes familles d'Italie; elle n'avait que treize ans lorsqu'elle quitta sans retour son pays et sa famille; son jeune mari en avait vingt à peine. Ils se plurent et s'aimèrent dès le premier jour de leur union. Marie- Félice était belle : ses portraits nous montrent des traits réguliers, de grands yeux surmontés de longs sourcils noirs, une bouche petite et sérieuse, et une physionomie à la fois grave et sereine, où la bonté règne, mais dont la jQerté n'est pas absente. Dès sa jeunesse, elle montra les plus heureuses inclinations : elle était très modeste, très généreuse, très humaine, et sa vive piété s'accordait avec la tendresse passionnée qu'elle avait vouée à son mari. Elle vivait pour Dieu et pour lui; elle honorait le haut rang où elle était placée par une libéralité, une charité sans mesure; à la cour, dans ses terres, dans son gouvernement du Languedoc, elle était l'asile de toutes les infortunes , et l'on cite de cette bonté d'âme des traits vraiment touchants, tels que celui du pauvre enfant, transi par le froid, et recueilli dans le carrosse, réchauffé sur les genoux et sous les caresses de la duchesse de Montmorency. Il semblait qu'elle voulût acheter ainsi du Ciel le droit d'être heureuse avec son mari, pour lequel son amour croissait de jour en jour; elle ne pouvait supporter de le voir loin d'elle, comme si elle eût pressenti le coup funeste qui devait les séparer à jamais.

Montmorency était comblé des grâces de la cour; il était arrivé au point culminant de son existence, il s'était distingué dans la guerre contre les huguenots du Midi, il avait remporté de grands succès dans la guerre de la France contre l'Italie, et, rassasié de pouvoir, d'honneurs, de jouissances, il ne pensait plus qu'à goûter paisiblement la vie et à la consacrer à sa femme, qu'il voulait ne plus quitter. Il faisait arranger somptueusement le » bateau de Chantilly, et il se promettait d'y passer de longs et heureux jours avec Marie-Félice... Ce fut dans ce mo-

ment de repos, parmi ces projets d'avenir, qu'un acte insensé, un acte de haute légèreté, si ce n'est de haute trahison, précipita le duc de Montmorency dans cette voie rapide et funeste qui devait aboutir à l'échafaud.

Gaston d'Orléans s'était brouillé une fois de plus avec son frère Louis XIII, ou, pour mieux dire, avec le grand Richelieu : il lui avait déclaré la guerre (1632). Il rentrait en France, par le Midi, avec un corps de troupes relativement considérable; ses adhérents cherchèrent à entraîner dans son parti Henri de Montmorency, gouverneur du Languedoc, et ils y réussirent en dépit des larmes et des prières de la duchesse; elle le suppliait à genoux, au nom de l'amour qu'elle avait pour lui, au nom de ses devoirs envers l'État, de ne pas se liguer avec un prince rebelle, mais ses adjurations furent inutiles. Gaston entra en Languedoc avec son corps de troupes espagnoles, et Montmorency se joignit à lui. « 11 paraît, dit Sismonde de Sismondi, que Montmorency accueillit l'appel de Gaston comme il aurait accueilli sa demande de lui servir de second dans un duel, sans se soucier de la justice de la cause pour laquelle il allait se, battre, sans consulter l'intérêt public, celui de la province qu'il gouvernait ni le sien propre, et seulement comme exercice de bravoure. » Ce jugement paraît fondé, mais combien cette étourderie aveugle fut promptement puniel Le 23 aoiît 1632, Montmorency fut déclaré coupable de lèse -majesté, déchu de tous ses honneurs, grades et dignités; ses biens furent conûsqués, et ordre lut envoyé au parlement de Toulouse de lui faire son procès. Le caractère de Montmorency ne devait pas le faire reculer devant les promptes conséquences de sa rébellion. Il marcha en avant : le 1er septembre, les troupes de Gaston, comrfiandées par le duc, rencontrèrent, près de Gasteinaudary, celles du roi, commandées par le maréchal de Schomberg. L'action ne dura qu'une demi-heure et ne coûta pas la vie à cent hommes : Montmorency s'y comporta avec une valeur sans pareille.

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