MARIE -FÉLICE DES URSINS
Couvert de blessures, il fut fait prisonnier; son procès fut rapidement instruit, et il se vit condamné à être décapité. Celte tragédie se passa dans l'espace de deux mois : complot, réalisation, châtiment.
Que l'on juge de la douleur de Marie-Félicel elle ne put revoir son malheureux mari, et Louis XIII se refusa obsti-
Richeiieu.
nément à toutes les supplications qu'elle lui fit adresser; il ne voulut pas même la recevoir, alors qu'elle le conjurait de permettre qu'à ses pieds elle implorât sa miséricorde; il la soupçonnait de connivence avec le duc et c'en était assez pour qu'elle fût comprise dans ces extrêmes rigueurs.
La maréchal de Châtillon, montrant à Louis XIII les physionomies affligées de toutes les dames et de tous les seigneurs, qui pleuraient le sort de Montmorency, lui disait :
« Un mot de Votre Majesté nous rendrait à tous la joie.
— Monsieur le maréchal, fut- il répondu, je ne serais pas roi si mes sentiments étaient semblables à ceux des autres hommes. »
Un plus grand roi, son père, Henri IV, n'avait pas pensé de même.
La sentence du duc fut exécutée ; il mourut dans des sentiments admirables, plein de repentir pour ses fautes, de pardon pour ses ennemis, de confiance en son Dieu. Sa femme l'occupa jusqu'au dernier instant : il lui écrivait, avant de monter à l'échafaud :
« Mon cher cœur
« Je vous dis le dernier adieu avec une affection semblable à celle qui a toujours été parmi nous. Je vous conjure, pour le repos de mon. âme, que j'espère être bientôt au ciel, de modérer vos sentiments et de recevoir de la main de notre doux Sauveur cette affliction. J'obtiens tant de grâces de la bonté divine, que vous devez avoir tout sujet de consolation.
« Adieu, encore une fois, mon cher cœur,
« Montmorency. »
Ce coup de hache, qui trancha la vie de Montmorency, sépara à jamais sa femme du monde et des plaisirs terrestres. Jamais il n'y eut de douleur plus grande et plus persévérante que la sienne; elle pleura toute sa vie avec amertume l'époux qui lui avait tenu lieu de tout ici-bas; elle ne prit plus plaisir à rien; elle fut la vraie veuve de saint Paul, morte à toute joie humaine et ne respirant plus que du côté de Dieu. Car, si sa douleur fut immense, sa résignation l'égala presque, et à mesure que le temps s'écoulait, que les liens dont elle était captive (car la cour