L'ABBE CASGRAIN
Son âme quinze ANS...
Le Couleur du Moleux.
C'est à l'abbé Delille que Madame Le Coulteux du Moley appliquait ces paro- :
les avec une vérité frappante. C'était un éloge et'une critique : éloge, parce qu'il :
est beau d'ètre jeune ‘et de. conserver longtemps la éandeur et l'innocence deses quinse ans; critique, parce qu’il vient” un jüur où il est à propos de vieillir et:
"d'acquérir cetté-virilité qui est l'apanage: et la gloire de l'homme. *, Crau
Je érois pouvoir, sans injustice, faire l'application dés mêmes paroles au Hitté:° rateur distingué qui fait l’objet de Ce por-* trait. Son âme a quinze ans Il atoute Ja candeur, toùte la naïveté et tout lenn thousiasme de l’enfance. Le. moindre:
sentiment l'exalte, une chimère le passionne, une belle figure de rhétorique le:
jette dans uné excitation flévreuse. Il se
grise de vives images et de mots sonores:
On dirait qu'il se sént toujours des ailes; et qu'il n'est pas fait pour marcher sur:la
<a ; a EE] mi — 1e | # k
Li terre comme Les simples mortels, maié pour volér un peu plus haut qüe kes oi: :
| sceaux, dans les nuages. En un mt, à:
À 40 ans, ïl est jeune, très jeune, trop jeune. : Le mot est lancé et je ne le retracte” pas, quoique je’ sache parfaïtemént ce que l'on va objecter. ‘Dans notré siècle inôndé de réalités, n'est-ce pas ùm grand mérite de conserver longtemps Penthou:
siasme et là- poésie du jeune âge ? Et |} F n'est ce pas ce qui fait la gloire de notre : fi 4 L': abbé ? Lisez ses œuvres: c’est la fleur, : | | c’est l'aurore, c’est le mai Voyez : 4:
cette phrase ; n'est-ce pasjolhi ? Voÿez ce | 7: stylé ; n’est.ce pas charmant ? ” Je ne conteste pas ces éloges mérités.
Je soutiens aussi que cét écrivain est charmant. Maïs, comme disait DeMaistre, :
j'entends que ce mot soit uné critique. .:
Tout jeune qu'il soit de pensées et de:
stylé, M. l'abbé Casgrain se laisse volén- , 4 ticrs appeler lé père dela littérature ca: * D + nadienne, et Placide Lépine, qui proba :
1 blément écrivait sous sà dictée, l'a pro- { clamé pompeusement. Plusiéurs fois, il à :
fait comprendre lui même que ce beat- l:
titre lui appartenait, ‘Aussi, lui est il arri- : f vé de parler de notre littérature comme | un père de sa fille, et lorsque M. de Gas:
pé lui fit lecture des Anciens Cane diens,
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c'est au nom des lettres canadiennes qu'il hui sauta au cou et lui cria : merci ! Quel père n’en eut pas fait autant à la vue du riche héritage qu'un bienfaiteur inattendu apporta à sa fille!
À la première page de l'étude critique qu’il a publiée sur M. Chauveau, M. l'abbée Casgrain déclare que l'avenir de la Littérature canadienne est assuré depuis 1860. Je me suis demandé pourquoi cette date plutôt qu'une autre et je me suis aperçu que cette année-là (1860) avait vu paraître les Légendes.
. Certes, ce Livre est très joli, et j'excuse volontiers M. l'abbé Casgrain de croire qu'il a fait époque dans l’histoire littéraire de notre pays. L'illusion était faoile, M. l'abbé y faisait preuve d'un beau
et, comme de jeunes écrivains pleins de promesses firent leur apparition lmmédiatement après lui, il a pu croire
“qu'il les avait enfantés à la vie littéraire
et leur avait donné l'essor.
de crois, néanmoins, que c'est pure iltsion de sa part, et que”la littérature canadienne est née avant les Légendes. Mais ai l'on prétendait simplement que sa fantai-
sie paternelle doit lui être pardonnée à
‘eause de son amour des lettres canadiennes, je le.concéderais volontiers. Gar je
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je crois véritablement ami de notre liftérature, et s’il recherche un peu la scèñe et le bruit, il faut penser que c’est parintérêt pour elle et pour favoriser ses débuts dans le monde littéraire, comme un père s'impose des frais de représentation pour l'avenir de sa fille. | Aussi, accueille-t-il avec sympathie tou.
tes les œuvres qui voient le jour, et son bonheur ést centuplé lorsqu'il peut se - rendre le témoignage qu’il y a contribué.
Son désir de tous les jours ce seraïtd’exercer une espèce de magistrature sur tous les écrivains canadiens et de mettre un peu la main à tout ce qu’ils publient, Ce désir est en parti réalisé, mais je ne crois pas gs y ait hieu de l’en féliciter ; car il y a là pour lui .un danger réel, un
écueil qui s'appelle le pédantisme fitté- .
raire, et je crains qu’il n’ait pas ve su l’éviter. Il a formé avec quelques disciples une société d’admiration mu.
tuelle-perpétuelle, et ce sont pour lui &e mauvais amis littéraires. Ils ont leurs soirées où ils se lisent leurs œuvres, comme on faisait au seizièmesiècle,en France.
C'est Ronsard et ses amis se croyant modestemént les créateurs de la littérature canadienne. Ils s’applaudissent, ils se
félicitent, ils s'admirent, ils s’encoura-
HE
«gent, et la correction fraternelle est incou-
« Rue Cher eux. Ils conjuguent entre .eux
6e xerbe favori: je te loue, tu me loues, il
rs que, nous nous louons, vous ous Ier ils Se, vous, nous louent ! Ce culte ardent et Ecproque de leurs qualités Les -empéche de voir leurs défauts et nuit au développement de leurs talents.
C'estun malheur pour l'abbé Casgraia,
. ont la plume est remarquable, maissus-
æeptible de beaucoup de perfectionne:
ments, comme nous le démontrerons
. bientôt. : |
Il est, je crois, le plus fécond de nos
écrivains; mais il n'est pas le plus par-
fat. [Il unit de grandes qualités à de
. grandsdéfauts. . Ila une imagination très . vive et une grande facilité d'élocution. Il … possède la grâce, la hardiesse, la richesse et l'élégance de l'expression et une im.
mense capacité d'invention. Son style est harmonieux, généralement .correct et encombré de toutes les figures que la
Quels défauts ont pu prendre place au
. rhétorique possède.
- milieu de ces brillantes qualités ? C'est .:6e que nous allons voir. dans un examen . plus approfondi de ses œuvres...
Rs — à M. l'abbé Casgrain a un don naturel
qui le pousse à écrire, comme l'oiseau à
chanter... Et, si l'on me dit qu'il n’a pas seulement l'instinct, mais aussi les ailes de l'oiseau, je ne conteste pas. Seulement, il me. semble que ce ne sont pas
des ailes-d’aigle, à moins que l'on ne sou tienne qu'il a les ailes mais non les yeux
de cet giseau royal.
Le premier ouvrage de M. l'abbé Cas.
grain a révélé cette double faculté de sa
muse de chanter et de voltiger. Les Légendes sont-un chant, assez monotone d'ailleurs, —quoique répété avec grand accompagnement de variations—et une vol:
tige alerte, exécutée sur uneseule corde.
L'apparition de ce livre n’a pas causé tout l'effet que Fauteur attendait, quoiqu’il fût bien calculé pour cela. Car, é’est là une des faiblesses de notre excellent abbé : il-n’a pis la vertu de renonce-
- ment'au succès. Au contraire, il adore . le: succès..et il n'oublie rien de ce qui
peut y conduire. ‘Il connait à fond. toutes: les ficelles qui peuvent servir à hisser un auteur, sur le pavois et 1l ne dédaigne
. pas de les employer quand il met au jour . une œuvre nouvelle.
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Il ne tient pas non plus pour méprisable le succès qui rapporte un peu d'ar.
gent, ct, de tous nos littérateurs, il est probablement le seul qui ait sû retirer de bons bénéfices de sa littérature. |
Pour se convaincre que, dans l'esprit de l’auteur, les Légendes étaient un livre à effet, il suffit de parcourir la table des chapitres :: Apparition ! Silhouëctte ! Mori! . Vision ! La Vesprée ! Agonie! Lamentation !
Réve! Sang! Serpent! Hallucinations! Le Hirage du Lac! UnEsprit ! Comme un hth d'ivoire! Course! L'écho de la montagne !
* Une âme défleurie! Les visions ! Gazelles et tigres! L’orchestre infernal !
J’en passe quelques uns assez ronflants!
On ne voitrien d'aussi féérique dans les Mille et une nuits ou dans les contes d’'Hofmann. Il faut dire que les Légendes sont aussi des contes, avec une physionomie romantique très prononcée, |
Si des chapitres je passe aux épigraphes, le fantastique grandit &t la tendance à l'effet devient plus manifeste encore. Ils sont a lire et j'y renvoie le lecteur, qui pourra constater en même temps que la ponctuation ne‘le cède en rien à la prétention littéraire.
Malgré tout cet appareil, les Légendes p'ont pas créé toute la sensation désirée.
DCE | PR
Si peu. nt que:soit: le lécteur canadien, il a deviné tout ce qu’il y avait:
de: factice, de convenu, de maniéré dans cette éclosion: soudaine de poésie:lyrique .
et dramatique. :23.811%0 JH serait.trop long d’entrer dans ün'examen : critique détaillé de chacune:des trois légendes qui composent le volume.
Une. grande partie des observations que nous aurons à faire sur l’une d'elles s'applique, d’ailleurs, aux deux autrés, et c’est pourquoi nous nous bornerons à feuille- :
ter un peu la Jongieusé et là Fäntaisie qui:
lui-sert de:prologues:, ::: ‘oc:
-C'est l'œuvre capitale du poète. Aya, mis.toute son:habileté de-ciselèür, toute sa force d'artiste, toute sa richesse 'de co-’ loriste. Il a voulu élever son monument, bâtir ses colonnes d’Hercule, et ila cru:
qu'il avait réussi. : Il s’est trompé. : La:
Jongleuse forme à elle seule plus ‘de la:
moitié du volume, mais :6e-n’est :pas la mieux remplie. La ‘Fantaisie porte bien son:titre, mais n’est pas à sa place.! L’au.
teur sentait le besoin. de parler un: peu de lui-même.et de placer: quelque part des phrases faites, depuis: } ps ; Elles!
étaient :si fleuries, ces. chères phrases !
Elles avaient: tant ébloui leur'père lors:
de ue éclosion! Il: n'était pas possible
HAE | (Ab
bre les laisser plus dE an sous le bois-
Cut excuse qu'il tin uèr t avoir mis aù jour » nes er celle ci :
-4 Q joies de ma blonde enfance + 6o-
‘“lombes de mon cœur hors du nid t‘envolées-ne ferais je donc plus jamais &L résonnêer mes'eout res Sur vOs ail @ fré- ‘ missantes ?
Fâire résonner: sés sourires sur les ailes frémissantes des colombes de son: cœur qui sont les joies de sa ge e 1 C'est véritablement trop fort, :e licences poétiques doivent avoir sa terme. Si vous ‘le dépassez, vous tombez dans’ le ren dés Précieuses Ridicules.
Malheureusement cette phrase. n rest
pes isolée'; ik y'en a de semblables dans
aucoup de pâges de la Fantaisie et des Légendes!
‘Lisez encore la suivante : ) i
“KC'estique pattout se dressait devant k lui le por hideux d'une . société
pourrie ;=dleère gangrené, —eadavre: fé- (cédé, Pr À une drsière secousse pal
sc vai que: un: reste
st Prend a + UE ue fopinte igrélés, au ci fpbnt im bdeilé, iau ‘teint:hdbe et : Hivide, “oran rd glauque se vétreur, suunt le
w Yicé et ka débauche à travérs 6 peau ‘0 éom nant etét bourrée
oute cette se r0 - uvrée-
ù thÉtéS than n é de na Fe êt elle.
ne de a ad ste, 0 nâiréement
acieux. Peau voltairienne est
vais He Hs qu quañd ellé. St | vré ) répugné aussi, devoir Un f ne qüi est en. mËme eue -
#4 cad dre ce Le rele
con ci ta Fe -
Û Le Yoÿ je. A là- bfihé ‘une- «tête décrépite, ivre du vin de tous les.
«‘érimes ét Chéminant à travers le siècle ‘‘ en écorchant, à chaâque pas, ses mem-.
Ubrés chancelants sur les débris des & croix et des sceptres ?
“ Eniendez roue, au sein dela nuit, sa ce jrs onmé un glas funébre,.
«ba À due nee édéritée | Dane
tit it Ur $ Et in un fie.
# dédiée fs bnbair
ps Sr de ei tan su ak sé et qu.
— 20 per
ne contiennent absolument rien d pat ph hématoiies Ce qui n empêche pas none écrivain d'ajouter :
“Ætle monstre, en Yomissant ces vi phèmes, a poussé des ricanements d'en .
Te dan nous Tasée des monstres “‘sembila- ” bles! Et LE LE nous disent d’auséi :
beaux , ver [eur pardonnerai d’être fontômes— MAT ébres spectres et de » couvrir d’une pedu vollairiènne.
prends ces ques au hasard, et je AA en citer d’autres dans cette même . +4 Fantaisie. où la folle du logis.se Fons avec Deat pu trop de Hberié. |
On dirait si ge l'écrivain redoule là fa deur- et qu’il la.confond avec. la simpli-.
cité et le naturel s l'expression. Or, ces mots ne sont pas du tout synonimes, Il arrive même, dE rs Se le e jedl fleuri est très . cudéri
0 jonne, on, be ra Jus ut de je es ’'enfh .
en ‘81, - C1 es. 8. , = w veici d'autres firés de ons AH Re
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