‹ Portraits et silhouettes au XIXe siècleChapitre 27 sur 51 · Les Célébrités catholiques du jour, page · texte numérisé non relu

Les Célébrités catholiques du jour, page

portrait en tête du volume, avec un autographe à la On, sans nom d'auteur précisé, en un mot de manière à laisser croire que je donnais une nouvelle série biographique

sous le voile de l'anonyme.

Cela ne tendait à rien moins qu'à déshonorer mon œuvre.

Le petit livre publié sur monseigneur Dupanloup, dans les circonstances que je viens d'expliquer, n'est qu'une diatribe hypocrite et déloyable, où le zèle du prélat, cette flamme sacrée, cette vive ardeur apostolique, dont parle M. de Riancey, change complètement de nature et se transforme en ambition pure et simple; où Tàrne, le cœur, la pensée, tout, jusqu'à la conscience, sanctuaire intime réservé à Dieu seul, sont fouillés par une main profane et mondaine, par une plume audacieuse et malveillante, qui juge et apprécie ce qu'il sera toujours impossible de juger et d'apprécier sans la foi qui éclaire et sans la charité qui donne aux actions chrétiennes leur véritable sens.

Inutile de dire que je répudie de toute la force de mon indignation ce volume glissé perfidement parmi les miens.

Monseigneur Dupanloup est né au pied des Alpes, dans cette partie de la Savoie que le premier empire avait annexée à la France, sous le nom de département du Mont- Blanc. Le petit village de Saint-Félix, perdu dans les forêts alpestres à quelque distance de Ghambéry est le lieu de naissance de celui qui devait être au dix-neuvième siècle un des chefs de l'Église militante.

Cet enfant béni fut présenté au baptême, le 3 janvier 1802, et reçut avec l'eau sainte les prénoms de Félix- Antoine-Philibert.

Une mère pieuse le berça sur ses genoux. Elle fut Fange gardien visible de cette jeune âme, où les facultés les plus précieuses se trouvaient en germe et ne demandaient qu'a éclore. Dès l'âge de six ans elle le confia à son frère, respectable prêtre du diocèse* de Chambéry, qui lui enseigna les premiers éléments de la langue latine. Il découvrit chez son neveu des ressources intellectuelles si étendues qu'il eut peur de les voir décroître, si on ne leur donnait pas l'émulation pour stimulant.

Mais il n'était pas facile de trouver un collège convenable, à cette époque *où l'université impériale, imbue de voltairianisme, et par cela même plus qu'indifférente en matière religieuse, s'appliquait à former des soldats plutôt que des chrétiens.

On était au milieu de 1810, c'est-à-dire en pleine épopée militaire.

L'oncle de Félix envoya le jeune élève à Paris dans un pensionnat ecclésiastique, situé rue du Regard, et dirigé par l'abbé Tesseyre. Il était sûr que là du moins on ferait marcher simultanément la religion et la science. En effet, dès la première, année, Félix, non-seulement remporta tous les prix de sa classe, mais encore il obtint au catéchisme de Saint-Sulpice les notes les plus favorables et les plus brillantes récompenses.

Après avoir passé trois ans dans la pension de la rue du Regard, il entra au séminaire de Saint-Nicolas du Ghardonnet.

Dans cet établissement les classes étaient très-fortes, et l'usage voulait que chaque éjève redoublât celle qu'il venait de faire dans un autre pensionnat ou collège. Félix avait terminé sa quatrième avec un succès éclatant, on n'en exigea pas moins qu'il fût soumis à la loi commune.

-2-2(i HISTOIRE CONTEMPORAINE

Un seul moyen lui restail de passer en troisième. Quand un élève se présentait avec des notes distinguées, le professeur donnail à cel élève une composition de dix

thèmes, que celui-ci devait rendre le même jour .-ans une seule faute.

Cette épreuve solennelle n'effraya point l'adolescent. Il alla présenter ses dix thèmes à l'abbé Thavanet, vère examinateur, qui crut voir une inexactitude dans, certaine tournure latine, un peu déplacée peut-être, mais qui n'était suspecte que d'un excès d'élégance. On décida que Félix Dupanloup redoublerait sa quatrième.

Son chagrin fut profond sans doute, mais n'alla pas jusqu'à la révolte, ainsi que le prétend le biographe détracteur qui a voulu se cacher sous notre manteau.

« Le jeune homme, dit-il, s'indigna contre cette mesure, qu'il taxait d'injuste prévention.

— « Ah ! c'est ainsi ! on me fait redoubler une classe malgré moi? s'écria-t-il. Soit, je ne résisterai pas, mais je ne ferai rien .

« Et scrupuleusement, et religieusement, il tint parole. Il s'empara tout d'abord de la dernière place, et les plus mauvais élèves ne purent le déloger. Promesses, admonitions, pensums, rien n'y fit, — si bien que les professeurs, désespérant de triompher de cette fermeté de caractère, qu'ils appelaient féroce entêtement, le placèrent en troisième, afin de lui prouver par l'évidence qu'il n'était pas de force a entrer en lice avec les élèves de cette classe. » Tous ces détails sont d'une fausseté notoire. Le jeune Dupanloup se résigna, suivit les cours de quatrième, obtint sans coup férir les premières places , et distança tellement ses condisciples par la supériorité de ses compositions, que le professeur reconnut qu'il ne pouvait

le laisser dans cette classe sans commettre une injustice envers les autres élèves. On l'envoya donc en troisième, où il remporta tous les prix à la fin de Tannée scolaire.

Bien loin d'être un élève indocile, Félix Dupanloup était cité comme un modèle d'obéissance et de piété sincère.

« La voix secrète et irrésistible de la grâce, dit M. de Riancey, se fait entendre à cette nature douce et impétueuse à la fois, l'assouplit et la captive. Peu à peu le jeune. Samuel écoute cet ineffable langage qui fait pénétrer jusqu'en ses plus secrètes veines 1 esprit de foi, de sacrifice, de prosélytisme et de charité. Sa vocation ne sera ni le coup de foudre du chemin de Damas, ni le rayon du Toile, lege; non, elle sera l'épanouissement progressif d'une intelligence aimante et libre, qui s'ouvre de plus en plus sous le soleil de la grâce comme une fleur vigoureuse plantée sur une terre propice, environnée de soins habiles, abritée des orages, vivifiée par la rosée ; qui grandit, se développe, se colore et se parfume aux chauds rayons du jour. Heureux les prêtres que le Tout-Puissant arrache au monde par une de ces saintes violences ! Plus heureux ceux qu'il prévient dès l'enfance, ceux qu'il choisit de longue main et qu'il élève à l'abri de son sanctuaire ! Ceux-là ont je ne sais quelle incomparable candeur, qui reluit doucement, même sous leurs cheveux blanchis. L'évêque d'Orléans est un de ces privilégiés, et je me persuade que ce privilège n'est pas pour peu dans l'affection qu'il a portée toujours à ces asiles vénérés, à ces pépinières sacrées de la foi, à ces petits séminaires, espoir de l'Église et giron de sa maternité sacerdotale 1. »

En 1850, Félix Dupanloup entrait au séminaire de Saint. Sulpice.

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