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Célébrités catholiques, pages 3 et i

Félix Dupanloup suivit à Saint-Sulpice le cours de philosophie de l'abbé Merle ; il étudia la théologie sous la direction du père Roy.

Les espérances que fondait l'Église sur cette nature si merveilleusement douée s'accrurent encore dans la sphère des hautes études. M. Feutrier, curé de la Madeleine, pria les supérieurs de lui adjoindre le jeune séminariste pour l'aider à créer dans sa paroisse un catéchisme de persévérance. Bientôt le succès le plus éclatant justifia le choix du digne pasteur. Au troisième catéchisme la chapelle se trouva trop étroite. Tous les enfants avaient amené leur mère.

M. Dupanloup fut ordonné prêtre en 1825 par monseigneur de Quélen, qui Favait pris en affection et le protégeait chaleureusement.

L archevêque le nomma vicaire de la Madeleine 4, où le catéchisme de persévérance continuait et produisait d'admirables résultats. Dans son zèle ardent, le jeune prêtre allait reproduire ses instructions dans d'autres églises. Il y appelait les pauvres, les ouvriers et surtout les jeunes gens de toutes les conditions sociales. Il créa pour ces derniers la célèbre académie religieuse connue sous le nom d" Académie Saint-Hyacinthe.

Combien de ses membres, aujourd'hui dans la maturité de l'âge, doivent à M. Dupanloup d'avoir conservé la foi, en ce siècle maudit, où l'enfer et l'impiété unissent leurs efforts pour la déraciner dans les âmes !

Grégoire XVI écrivait au vicaire de la Madeleine : « Vous êtes L'apôtre de la jeunesse, Tues apùstolusjuventutis. »

l. Il serait plus exact <l<i dire l'Assomption, car la nouvelle église n'était pas encore inaugurée. Mais, comme c'esl toujours la même paroisse, le détail n'a pas d'importance.

Le clergé de Paris rencourageail comme le pape, el sa réputation grandissail chaque jour. Bientôt la duchesse d'Ângoulême, qui étail venue l'entendre, le demanda pour son aumônier. Elle le chargea de l'éducation chrétienne des enfants de France, auxquels ne tardèrent pas à se joindre les jeunes princes de la maison d'Orléans. Plusieurs ministres célèbres de la Restauration et nombre de diplomates de haut bord voulurent le prendre pour directeur de leur conscience.

Rarement orateur sacré obtint dans la chaire évangélique de plus beaux triomphes que l'abbé Dupanloup.

Sa taille noble et imposante, son beau visage, où l'enthousiasme et la charité rayonnent de toutes leurs splendeurs, venaient en aide à sa puissance oratoire.

Chez lui le physique donne au moral un ascendant victorieux.

Sa voix sonore et pleine d'harmonie, tantôt calme comme celle d'un ange, tantôt énergique et passionnée comme celle d'un apôtre, fait tour à tour passer des larmes au frémissement et du frémissement aux larmes. Chaque parole rend en quelque sorte visibles sur ses lèvres les vibrations du cœur et jette dans son regard un éclat prodigieux de sensibilité, de zèle et d'amour. Jamais on n'a vu, si je puis m'exprimer ainsi, effluves magnétiques plus irrésistibles se communiquer plus vivement à une assemblée chrétienne.

Au mois de février 1834, monseigneur de Quélen chargea l'abbé Dupanloup d'ouvrir les conférences de Notre- Dame.

On n'a pas oublié ces beaux jours de l'éloquence catholique; on ne les a pas oubliés, même après avoir

entendu plus tard Lacordaire, Ravignan et le père

Chacune de ces gloires de la chaire sacrée conserve son cachet sublime et son éblouissante auréole.

Le discours prononcé en l'honneur de Jeanne d'Arc par monseigneur Dupanlonp, lors de son installation "au siège d'Orléans, a fait tressaillir la fibre nationale d'un bout de la France à l'autre. Les nobles accents de l'orateur ont trouvé, même chez les Anglais, des échos sympathiques et de francs éloges. A l'Académie française, où siège aujourd'hui l'illustre prélat, il n'y a pas de plus belles heures pour ses confrères que celles où il leur est donné de l'entendre. On peut dire que la douceur de Fénélon s'unit à la force de Bossuet dans l'éloquence de monseigneur Dupanloup. C'est un cygne qui, à un moment donné, se transforme et devient un aigle.

Mais nous anticipons sur l'ordre biographique.

L'abbé Dupanloup, nommé supérieur du petit séminaire de Saint-Nicolas, après le succès de ses conférences, déclina modestement cette charge honorable et n'accepta que l'emploi de préfet des études. Envoyé, l'année suivante, comme premier vicaire à M. Olivier, curé de Saint- Roch, il prêcha dans cette paroisse les carêmes de i83G et de 1837 avec une puissance de logique admirable et une onction vraiment céleste. De nombreuses conversions suivaient chacun de ses discours. Marie-Amélie, cachée dans la foule, venait entendre régulièrement le célèbre» prédicateur.

Enfin les instances de l'archevêque, — on pouf même dire les ordres, — décidèrent l'abbé Dupanloup à accepter lu placede supérieur du petit séminaire.

Plusieurs écrivains hostiles, qui alors l'onl accusé

d'ambition, ignoraienl probablement qu'à diverses reprises il avait îvfusr les deux plus grandes cures de la

capitale.

Déjà la presse antireligieuse prenait à partie ce courageux lutteur et cherchait à l'amoindrir. On essaya de tourner en ridicule la conversion du vieux prince de Talleyrand, due à la persévérance et au zèle de l'abbé Dupanloup. Le National et les journaux de même trempe reproduisaient à l'envi ce quatrain scandaleux, où Ton accusait le trop célèbre ministre d'avoir été fourbe jusqu'à sa dernière heure et d'avoir joué au bord de la tombe une comédie odieuse :

Il a, dit-on, trompé du même coup,

Si ce n'est vrai, c'est du moins vraisemblable,

Le bon Dieu, le monde et le diable,

Et de Quélen et Dupanloup.

Messieurs les journalistes ne réussirent pas à donner le change à la conscience publique.

Un homme meurt impénitent, — cela se voit de temps à autre, — mais il ne meurt pas hypocrite. L'ancien évêque d'Autun, ce renégat du sacerdoce, avait résisté à toutes les démarches, à toutes les tentatives du clergé de Paris et de son premier pasteur. On priait dans beaucoup de paroisses, notamment à Notre-Dame-des-Yictoires , pour obtenir du ciel qu'un rayon de la grâce éclairât ce grand pécheur.

Une nièce du prince allait faire sa première communion.

L'abbé Dupanloup engagea la famille à conduire au chevet du malade cette enfant, parée de sa robe blanche et de son voile.

Elle s'agenouilla, et prit la main de son oncle qu'elle mouilla de ses pleurs.

0 prodige ! ô larmes bénies ! Le vieux diplomate est ému. Il entend la jeune fille lui demander sa bénédiction avant d'aller recevoir le pain des anges. Un soupir d'angoisse et de remords s'échappe de sa poitrine, l'endurcissement est vaincu.

« — Va, mon enfant, dit-il, va commu-nier, et prie pour moi ! »

A dater de ce moment, ce fut un autre homme. Il appela de lui-même le supérieur de Saint-Nicolas, signa de sa main défaillante une rétractation solennelle, se confessa et reçut les secours et le pardon de l'Eglise.

« — Rarement, a dit M. Dupanloup, j'ai vu repentir plus complet. »

La rétractation du prince de Talleyrand fut publiée pendant la semaine qui suivit sa mort, et messieurs les journalistes libres-penseurs furent réduits au silence. Ils ne doutèrent plus de cette fin chrétienne.

Dieu leur fasse à tous pareille grâce, ils en ont besoin !

Au petit séminaire, dont on lui avait confié la direction, l'abbé Dupanloup opéra de véritables prodiges. « Dans ces vieux murs si malsains, dit l'auteur des Célébrités catholiques, dans cet édifice si étroit, si sombre, quelle gaîté, quel travail, quelle piété ! Une vraie ruche d'abeilles, moins les fleurs des champs, mais avec les fleurs de l'innocence. — L'abbé Dupanloup avait fort à faire. De la prédication, du ministère paroissial, il se trouvait jeté tout à coup dans la carrière de l'enseignement, dans le gouvernement d'une maison d'éducation. Il ne pouvait renoncer ni à la chaire ni au confessional ] ; il fallait son

1. M- de Riancey a oublié de mentionner que l'abbé Dupanloup était alors

activité, son entrain, son dévouement. Il s'y esl usé, mais il a réussi. — Dn jour, on ose dire que les études cléricales sont affaiblies par les pratiques religieuses. Le supérieur de Saint-Nicolas se lève ei jette ce défi aux hommes de l'université : « A nombre ég$l, concourant avec quelque collège que ce soit, les élèves du petit séminaire seront de force pareille, sinon supérieure! » L'acte paraissait hardi, mais l'abbé Dupanloup savait bien ce qu'il faisait. Il était parfaitement sûr que ses élèves seraient les plus forts, et l'université recula : prélude d'une plus sûre et plus éclatante défaite. — Il ne voulait que la paix e1 la liberté. Ces deux grands biens, il les stipula pour l'Eglise à l'avènement de la république, entre M. de Montalembert et M. Thiers, sous la loyale initiative de M. de Falloux. Il avait été à la peine, il fut à l'honneur. — Quel beau souvenir! En un même homme, l'éducation chrétienne rencontre son docteur, son vengeur et son libérateur i . »

Nombre de journaux impies, — ce pourrait bien être la Revue des Deux-Mondes, le Siècle ou le Journal des Débats, peut-être tous les trois ensemble, — ont plus d'une fois accusé l'abbé Dupanloup d'aimer le luxe et b^s pompes exagérées. Les auteurs de cette critique déloyale

directeur de la reine, ce qui désolait M. Villemain, alors oceupé à élaborer le fameux projet de loi sur l'enseignement. Ballotte entre son ministre, qui accusait le clergé de vouloir tout envahir, et Marie-Amélie, qui demandait la liberté pour les prêtres connue pour les autres citoyens, Louis-Philippe ne savait quel parti prendre. « Le poids de l'indécision royale, dit un biographe, retomba si* lourdement sur M. Villemain, que celui-ci faillit en perdre la tête. » Pauvre ministre! quel prix de son dévouement à une si belle cause! Ne pouvoir empêcher les eoelésiastiques d'instruire la jeunesse et de donner à leurs ('■lèves la religion pour appui à la science : il y avait là de quoi devenir complètement fou.

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