MM. Charles oi Philippe Dupin
2. Le même qui sollicita, avec Malesherbes, le dangereux honneur d'assister de ses conseils le roi Louis XVI.
neuve, dont il devint bientôl le premier clerc. .Jamais de promenades, jamais de distractions. L'étudiant ><i faisait apportera manger d'un gargol du voisinage, el remontait,
le soir, dans une petite mansarde, au sixième étage, où ralfendaient encore des livres. On va loin quand on esl doué d'une telle persévérance.
Èonaparte, alors premier consul, venait de rouvrir les écoles.
André-Marie-Jean-Jacques se présenta pour soutenir sa thèse et fut reçu le premier dans une séance solennelle, présidée parle ministre de la justice. Ses examens furent brillants. Après avoir de prime abord emporté la licence, il conquit le doctorat, de sorte qu'on put voir un jeune homme cle vingt-trois ans proclamé doyen de tous les docteurs de cette époque. On le félicitait, un jour, du courage qu'il avait déployé dans des circonstances si ingrates pour l'étude.
— Hum ! fit-il, ce n'était pas du courage, c'était de la peur.
— Allons donc !
— Oui, vraiment. Je tremblais quand je voyais le premier consul passer des revues au Champ de Mars, et je me disais : ce Ce gaillard -là nous prendra tous pour faire de la chair à canon : il faut que je lui échappe ! »
Ainsi M. Dupin voulut être un grand légiste pour qu'on ne le contraignît point à devenir un grand capitaine. Il détestait cordialement l'Empire.
Toujours premier clerc chez son avoué de la rue Bourbon-Villeneuve, il se mit à publier certain petit livre, qui lui attira sur les doigts, pour quelques allusions passablement directes, un coup de la férule impériale. C'était un
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Manuel du droit romain 4. Notre jeune émule de Cuias en discutant les lois de l'ancienne Rome et en rappelant quelques souvenirs historiques, avait donné au duc d'Enghien les traits de Germanicus et à Bonaparte ceux de Tibère. Son livre fut saisi par la police. En outre, comme il se présentait, en ce moment-là même, pour une chaire à la Faculté de droit, il fut éliminé du concours.
— Consolez-vous, jeune homme, consolez-vous ! lui dit le conventionnel Merlin, ex-ministre de la justice sous le Directoire, et très-influent à la Cour de cassation : je ferai en sorte de vous caser ici.
Effectivement, il le proposa pour une place d'avocat général qui se trouvait vacante. Mais le grand maître de T Université, M. de Fontanes, glissa un autre candidat entre Merlin et son protégé. La place fut donnée à M. Joubert.
Dupin jura qu'on lui payerait ce passe-droit.
Sa réputation au barreau commençait à devenir colossale. Il avait une manière de plaider, moitié sérieuse et moitié bouffonne, qui amusait les juges et lui faisait gagner souvent les causes les plus désespérées. Comme Sancho Pança, de verbeuse et joviale mémoire, M. Dupin était farci de drôlichonneries et de proverbes. Il contait agréablement l'anecdote , hasardait parfois le calembour et revenait à la cause, après ces petites échappées, pour fournir les arguments les plus irrésistibles et les plus victorieux. Teste disait de lui :
— C'est un paillasse doublé de Démosthènes.
i. Il publia successivement douze ou quinze opuscules destinés à faciliter l'étude du droit. « Ces petits traités, dit Cormenin, ne sont guère que des compilations de science commune, brefs, concis, judicieux, mais sans original.té. If. Dupin a la philosophie de l'expérience, il n'a pas la philosophie de l'invention ; il ne sait pas créer. Il arrange, il broche un manuel; il ne composerait pas un livre. ï
M. Qupin avait un geste plein de saccades. Sis bras, comme ceux du télégraphe, montaient, descendaient sans cesse e1 se livraient aux évolutions les plus contournées el les plus bizarres ; mais sa voix étail ferme, sa logique vigoureuse el sa science profonde. Il était rare que son discours n'obtint pas l'effet qu'il voulait produire. Brusque, mordant, sarcastique, il tenait l'audience entière suspendue à sa phrase, quelquefois triviale, mais toujours vive et toujours empreinte d'un cachet d'originalité.
En 1810, le grand juge 1 adjoignit le célèbre avocat à une commission chargée de classer et de mettre en ordre la multitude prodigieuse des décrets rendus par Napoléon . Ces décrets passaient à l'état de lois de l'Empire. M. Dupin débrouilla le chaos. Il fit à lui seul la besogne de tous ses collègues, par amour pur du Code et sans cesser de garder rancune au pouvoir. On ne venait à lui, du reste, qu'en raison du besoin qu'on avait de sa science, et l'on n'oubliait ni Germanicus ni Tibère.
Nous devons le dire ici, le malheur de M. Dupin est d'avoir fait des excursions en dehors de la magistrature. Les dragées politiques tentaient sa gourmandise. Il voulut d'abord en goûter quelques-unes, puis il s'affrianda et se mit à croquer la boîte entière. M. Dupin était né pour être magistrat, pour rester magistrat. La robe, dans notre société moderne , obtient la considération dont elle est digne, parce qu'on la voit rarement sortir du temple de la justice et balayer les antichambres. Pourquoi M. Dupin n'a-t-il pas imité le plus grand nombre de ses collègues? Ont-il abandonné comme lui leur chaise curule