Régnier, «lue de Massa
pour aller s'asseoir sur un tabouret au pied du trône, pour se mêler aux intrigues des partis? Non, vraiment. Ils ont respecté la magistrature, ils ont compris qu'elle était un sacerdoce ; il se sont gardés de Faffubler de ce costume d'arlequin que la politique prête à ceux qui la fréquentent, et nous les en félicitons de grand cœur, tout en ayant le regret de ne pouvoir adresser les mêmes félicitations à M. Dupin.
Au lieu de s'incliner en silence devant le héros tombé, qui allait dans l'exi! expier sa gloire, il applaudit bruyamment à sa chute.
Porté une première fois à la Chambre par les électeurs de Chàteau-Chinon, il fut un des antagonistes les plus acharnés du gouvernement des Cent- Jours 4. M. Dupin se mit à la tête de cette opposition systématique et antinationale qui jeta le lacet aux jambes de César, en s'indignant de le voir encore debout. Il fut un de ceux qui lui suscitèrent le plus d'obstacles et qui anéantirent son effort suprême. Grâce à M. Dupin et à ses amis, les hordes du Nord pénétrèrent dans nos murs. Elles insultèrent à la civilisation par leur hideuse présence 2.
Mais, répondra b ex-représentant de la Nièvre, nous devions sauver la liberté
La liberté , ce n'était pas la Restauration qui devait
(.Quand Félix Lepelletier proposa d'élever «ne statue à Napoléon, sur les bonis du polfe Juan, avec celle inscription : Au sauveur de la patrie, le député de la Nièvre s'écria : « Eh quoi ! le poison de la (laiterie clicrchc-i-il déjà à se glisser dans cette enceinte? » Il combattit le projet et le (il rejeter.
2. Un témoin oculaire nous affirme que les Cosaques attachaient leurs chevaux aux piliers des galeries du Palais-Koyal On les voyait, laver leurs chemises dans Les bassins et les étendre ensuite pour séchersur les statues; ils tordaient le cou aux cvirncs et les mangeaient, les prenant pour des canards, l'n soir, tout le quartier Saint-Honoré fut plongé dans les ténèbres, parce
qu'ils avaient employé l'huile des réverbères à assaisonner de la salade, in 17
vous La rendre. 11 fallait empêcher la honte delà patrie, sauf à lutter ensuite contre le dictateur. Quand les barbares sont aux portes de Rome, on ne discute pas au sénat.
Vous oubliez, nous dira-t-on, que M. Dupin avait ,m venger la saisie de son livre?
C'est juste. Qp comprend que la puissance de ce motif de haine l'ait décidé à combattre énergiquement, dans le comité secret du ii juin, le vœu de la Chambre tendant à proclamer Napoléon II, après l'abdication de l'Empereur à Fontainebleau.
Par sa conduite étrange, M. Dupin avait choqué le sentiment national. Bientôt on le lui fit sentir.
Louis XVIII, revenu de Gand, voulait conserver le député plein d'audace qui avait donné le dernier coup de massue au lion de Corse. En conséquence, on nomma M. Dupin président du collège électoral de Chàteau-Chinon. Mais, bien que deux arrondissements de la Nièvre l'eussent présenté comme leur candidat, on le vit échouer à répreuve décisive, et le collège départemental lui refusa ses suffrages.
Devinant la cause de cet échec, M. Dupin vira de bord. Il résolut d'effacer de l'esprit des électeurs une impression qui lui était nuisible. Les circonstances favorisèrent cette brusque volte-face .
Toujours au pouvoir des armées ennemies, la capitale voyait naître une réaction aveugle, qui s'étendit bientôt dans les provinces. La terreur blanche relevait les échafaucls. Des cours prévôtales, fonctionnant d'un bout du pays à l'autre, imitaient la justice expéditive de 93 et se livraient à de sinistres représailles. Ce fut alors que M. Dupin publia le fameux opuscule qui a pour titre : De
la libre défense des accusés. Il y avait là, certes, quel qu'en fût le mobile, un véritable élan de courage. En se replaçant sous l'égide de la magistrature, M. Dupin recevait d'elle un reflet de loyauté, de noblesse et cle vertu.
A cette époque de son histoire, le biographe trouve des pages qui semblent écrites pour Matthieu Mole et d'Aguesseau .
Nous savons qu'on lui reproche, même alors , d'avoir fait payer double ses plaidoiries. Peu nous importe. L'avocat vit du barreau comme le prêtre vit de l'autel, et beaucoup des confrères de M. Dupin n'auraient pas voulu pour tout l'or du monde s'exposer aux périls qu'il a bravés. On ne peut en disconvenir , il a donné , dans ces mauvais jours, des marques éclatantes de courage civil. M. Dupin défendit le maréchal Ney devant la Chambre haute [ et déploya pour obtenir son salut toutes les ressources du talent oratoire. Mais une implacable volonté paralysa ses efforts. La victime était condamnée d'avance. Il ne fut même pas possible d'invoquer en faveur du glorieux soldat l'article 12 de la capitulation de Paris.
Dix années après (nous sommes loin des pages héroïques), on vit avec surprise M. Dupin assister au convoi du procureur général Bellart 2.
— Que voulez-vous ? répondit-il à ceux qui lui en faisaient reproche : il y a si longtemps que les défenseurs du maréchal ont envie de réciter le De profundis pour ses bourreaux!
Chez nous une réponse adroite sauve un homme.
1. MM. Berryer prie ci lils l'assistaient dans celle défense. Après la condamnation du maréchal j M. Dupin lui chargé de rédiger ses Mémoires.