‹ Portraits et silhouettes au XIXe siècleChapitre 43 sur 51 · Sa correspondance avec l'ex-dictateur a été* publiée · texte numérisé non relu

Sa correspondance avec l'ex-dictateur a été* publiée

tisme, el mettaienl en avant des considérations tiré»

àe l'intérêt catholique, auquel se rattachaient leuw sympathies communes. Pour mettre un terme à sea irrésolutions/ il nefallul rien moins qtfun message de FfohsdorfE et Tordre formel de l'abbé Dupanloup, son

confesseur.

Installé au ministère de L'instruction publique et des

cultes, M. de Falloux s'occupa de réaliser le rêve de toute

sa viey c est-à-dire la loi sur renseignement.

Le 'cabinet dont il était membre entra en fonctions dans les derniers jours de 1848, et le Moniteur du 4 janvier 1849 contenait déjà deux rapports du nouveau ministre au chef du pouvoir, précédant et motivant la nomination de deux commissions chargées de préparer une loi sur l'instruction primaire et une loi sur l'instruction secondaire. Ces commissions se composaient des abbés Dupanloup et Sibour, de MM. Cousin, de Montalembert, de Corcelles, de Melun, de Riancey, Cuvier, Fresneau, Cochin, de Montreuil, Saint-Marc Girardin, Dubois, Laurentie, Roux-Lavergne, Tbiers, Freslon, Janvier, Peupin, Bellaguet, Michel, etc., etc.

Nous citons tout exprès cette liste aux éléments hétérogènes, afin de montrer quà cette époque les idées conciliatrices prenaient faveur, et que l'alliance succédait à la lutte entre les diverses fractions du parti de

Tordre.

Le projet de loi qu'élabora la commission ne visait pas le moins du monde à la ruine de l'Université. Seulement il introduisait dans le corps enseignanl des améliorations indispensables, et lui suscitait de loyales et salutaires concurrences, principalement celle du clergé.

Comme on peut le comprendre, là se trouvait l'écueil.

M. de Falloux sut l'éviter, en appelant à son aide l'esprit de sagesse et de modération.

Il ne commit pas l'imprudence de montrer une soutane partout où il y avait un frac : c'eût été causer à la religion un tort énorme, au lieu de lui être utile, et plusieurs journaux catholiques eurent tort de combattre ces mesures conciliatrices. Ils accrurent les oppositions et les colères, en déclarant que la loi resterait une loi de monopole, tant que l'instruction ne serait pas confiée aux prêtres sur toute la ligne, et tant qu'on n'aurait pas chassé le dernier laïque du dernier de nos collèges. Il ne fallut rien moins qu'un ordre du souverain pontife pour imposer silence à ces imprudentes argumentations.

M. de Falloux, pendant son séjour à l'hôtel du ministère, ne donna point de hal, comme c'était l'usage, même chez nos excellences républicaines ; il se bornait à réunir un assez grand nombre d'invités à des concerts, où la musique sacrée avait le pas sur la profane.

Au premier de ces divertissements spirituels, un groupe de clames, en toilette dansante, fit une irruption soudaine au milieu des salons, peuplés d'ecclésiastiques et de prélats. On sait que nos aimables Parisiennes, si collets montés à la ville, ont l'habitude, sous le rayonnement des bougies , de se décolleter avec une audace naïve. Parmi les invités se trouvait un jeune diacre frais émoulu du séminaire. Madame la comtesse de B*** vint s'asseoir dans son voisinage. Les charmes victorieux de celle magnifique personne et la riche blancheur de sa peau satinée causèrent au pauvre jeune homme de singuliers éblnuissements. Tout à coup il se lève et quitte la place.

— Où allez-voris? lui dit-on.

838 HISTOIKE CON1 EMPORAINE.

— Veuillez m'excuser, répond-il. Impossible de demeurer plus longtemps : on me mei à La porte par les épaules.

Ceci nous l'ail souvenir de la piquante réplique d'un

évêque à certaine soirée des Tuilerie.-. 11 s'agissait de traverser un salon rempli de daines, et les crinolines accaparaient L'espace.

— Que voulez-vous? la mode est tyrannique, Monseigneur, dit une héroïne delà fête; nous en subissons les

exigences.

— Ah ! répondit le prélat avec un fin sourire, vous ne me ferez jamais croire, Mesdames, .qu'une mode qui vous donne une si grande quantité d'étoffe pour la jupe ne vous en laisse plus du tout pour le corsage.

Les réunions du ministre de l'intruction publique n'étaient pas exclusivement musicales. Il y avait certaines soirées littéraires, où des poètes de la force de M . Viennet étaient admis quelquefois, par surprise, à lire leurs chefsd'œuvre. Un écrivain dramatique ambitionna le même honneur, et s'empressa de solliciter une audience de M. de Falloux. Il le supplia de lui permettre de lire, à ses réunions du soir, une pièce que la Porte-Saint-Martin venait d'accueillir.

— C'est un drame superbe, monsieur le comte, lui dit-il.

— Un drame! s'écria le ministre effrayé. Vous n'y songez pas ! Si c'était une tragédie, passe encore.

— Je croyais, répondit le dramaturge en s'inclinant, que Votre Excellence protégeait tous les cultes.

L'auteur dont nous parlons est juif et démocrate, en sorte que dans sa bouche le mot parut piquant, surtout joint aux expressions d'Excellence et de Monsieur le comte, donnés à un ministre en pleine République.

Cependant les électeurs de Maine-et-Loire continuaient k M. de Falloux son mandat pour l'Assemblée législative.

On le distingua parmi les plus intrépides soutiens de l'expédition de Rome et de la papauté fugitive à Gaëte.

Lorsqu'il s'agit de réprimer les tentatives anarcbiques des clubs, on put le voir à la tribune dénoncer hardiment le désordre, sans prendre le moindre souci des insolentes interruptions et des hurlements démagogiques de la gauche. Dans toutes les luttes décisives, M. de Falloux montra la même intrépidité parlementaire.

Une fois la loi sur l'enseignement votée par la Chambre, il résigna son portefeuille, prouvant ainsi que l'intérêt de la cause religieuse, et non l'ambition, lui avait fait accepter le pouvoir.

Il partit presque aussitôt pour l'Italie. A Naples, où il séjourna quelque temps, le roi lui offrit un de ses châteaux en l'invitant à y fixer sa résidence; mais M. de Falloux dut se rendre à Rome, où l'attendait son frère. On assure que celui-ci est en possession du mouchoir de sainte Véronique, sur lequel se trouve imprimée la face sanglante du Sauveur. Dans la famille du comte l'au- ' thenticité de cette relique n'est pas mise en doute, et l'on a pour elle une vénération sans égale.

M. l'abbé de Falloux a plus d'une fois encouru le reproche d'inconséquence politique.

Ses revirements et ses tergiversations établirent même, à certaine époque, une barrière entre Alfred et lui. Trèsexalté (bâbord dans son dévouement aux rois légitimes, l'abbé passa tout à coup, avec armes et bagages, sous le drapeau àe la branche cadette, et les d'Orléans n'emvni pas de prôneur plus enthousiaste. Il alla même, dit-on,

jusqu'à se permettre sur l<i «lue de Bordeaux des insinuations hostiles, ci le comte son frère crut un moment son crédil perdu à Frohsdorff. Ce peu de consistance dans les opinions du chanoine de Saint-Pierre de Rome le place en médiocre estime chez messieurs les légitimistes sans alliage. On lui prête assez bon nombre de ridicules, et les anciens de la cour de Charles X ne lui ménagent point les quolibets.

Monseigneur de Falloux, comme la plupart des prélats Tomains, pèche par un excès d'élégance et de fatuité. Sa plus grande joie est de multiplier son image, et Ton ne cite pas une dame qui lui ait rendu visite sans avoir reçu en cadeau sa miniature .

— Vous avez vu F abbé de Falloux? demandait un jour le comte de Chambord à une duchesse qui revenait de Rome. Nécessairement il vous a donné son portrait ?

— Sire, il m'en a donné deux, répondit la duchesse : un pour moi, qu'il connaît à peine, et l'autre pour une baronne de mes amies, qu'il ne connaît pas du tout.

Les dissidences politiques entre les deux frères ne produisirent jamais, du reste, que des refroidissement^ passagers. On se réconciliait à la première occasion. Ce fut le chanoine qui présenta le comte Alfred au pape. Le Vatican fit au ministre démissionnaire un accueil princier. De retour à Paris, le comte adhéra pleinement à la fusion.

Peu d'hommes politiques ont eu, dans le cours de leur carrière, des allures aussi dignes et une conduite aussi franche. En face de ses ennemis les plus à craindre, M. do Falloux n'a jamais renié son opinion ni caché ses espérances.

Ministre de Louis Bonaparte, il prêta l'appui de son

talent à l'Elysée, remplit son mandat avec une loyauté parfaite, et quitta le ministère dès qu'il eut deviné les tendances impérialistes, laissant à d'autres le soin de relever le trône de César. Délié de ses serments de ministre de la République, il se laissa porter à la présidence d'un cercle entièrement composé de représentants légitimistes.

Quelques jours avant le 2 décembre, il demandait qu'on rétablît le suffrage universel.

Vers cette époque , ayant converti en espèces un immeuble considérable, pour être prêt à tout événement, il faillit être victime de la plus audacieuse tentative de vol .

Un individu, qui se faisait appeler le chevalier R. de G***, parvint à capter sa confiance par des manœuvres hypocrites. M. de Falloux, accablé de travaux à la ville et à la Chambre, allait proposer à ce personnage une place de secrétaire, avec logement dans son hôtel, quand il reçut tout à coup de la rue de Jérusalem cette courte et significative épître :

« Je vous préviens que le chevalier de G*** sort de Brest, où il a fait cinq ans de travaux forcés.

« Carlier, préfet de police. »

Le comte se hâta de contremander son secrétaire, en se félicitant de trouver ses serrures encore intactes.

Investi de pouvoirs secrets par M. de Chambord, il avait la haute main sur toutes les opérations légitimistes. Mais rien n'est indiscipliné comme un parti. Les uns lui contestaient son mandat, les autres lui refusaient nettement obéissance. Un jour, M. Léo de Laborde moule à la tribune pour formuler une proposition relative aux hôtes <lii Frohsdorff. En ce moment, le comte de Fal-

lotix se promenail dans les couloirs avec M. de Persigny. On le prévient de ce qui se i>;i— <i. aussitôt il quitte son

interlocuteur, rentre dans la salle el apostrophe vivement M. Léo de Labordë.

— De quel droit, lui dit-il, faites-vous cette proposition?

— Et vous-même., de quel droit m'interrogez-vous? riposte l'orateur.

— Je parle au nom du roi, Monsieur! Montrez vos pouvoirs.

— Allez vous... promener! s'écrie M. de Laborde, employant une locution aussi connue et plus grossière que celle que nous venons de souligner.

La Chambre de cette époque en entendit bien d'autres. Certes, F urbanité de langage de M. de Failoux y comptait de rares imitateurs.

Malgré l'opposition taquine de certains légitimistes jaloux ou têtus, le comte grandit chaque jour aux yeux de la caste fidèle. Il finira par en être Tunique chef. Les sommités du parti sont entraînées elles-mêmes par la séduction puissante qu'il exerce, et Berryer ne souffre pas qu'on attaque M. de Failoux en sa présence.

— Respectez-le, dit-il ; c'est l'avenir de la légitimité. M. de Failoux, retiré dans ses terres depuis le coup

d'État, consacre ses loisirs à des recherches agricoles et à l'amélioration des races de bestiaux, sans s'émouvoir des plaisanteries plus ou moins piquantes du grand et du petit journalisme. Les succès de l'ancien ministre en ce genre, coïncidant avec sa candidature académique, lurent le signal d'une multitude de pointes plus ou moins spirituelles. On compta ses titres par le nombre de couronnes que lui avaient values au concours de Poissv ses

bœufs et ses moutons. Heureusement le futur immortel se cuirassait du plus stoïque dédain.

Eh quoi ! messieurs les économistes, ne voyez-vous pas que vous êtes ici en contradiction flagrante avec vousmêmes? Trouvez-vous déshonorant de pourvoir au premier, besoin de la patrie, l'agriculture ? Pour un homme public, n'est-ce pas la plus honorable des retraites? Après avoir tant prêché le labourage, est-ce ainsi que vous le tournez en ridicule ? Nous vous entendons perpétuellement gémir sur la cherté de la viande ; vous agitez chaque jour avec sollicitude la question des subsistances, et vous osez vous moquer de ceux qui visent à l'application de vos théories ! Si vous ne reculez pas devant la mauvaise action, reculez au moins devant l'énormité de la sottise.

Fermant F oreille aux criailleries de ces pharisiens de mauvais goût, l'ancien ministre de l'instruction publique continua son double personnage de littérateur et d'agronome. D'un côté comme de l'autre le succès lui échut.

Ses bœufs lui obtinrent plusieurs premiers prix au concours, outre le prix d'excellence qu'on lui décerna pour un bœuf d'une taille colossale.

Trois médailles, dont deux en or et une en argent, une coupe d'or ciselée et une somme de cinq mille francs furent les trophées qui constatèrent ses victoires agronomiques. M. de Falloux prit par la main l'habile directeur de sa ferme modèle, et l'emmena recevoir avec lui les couronnes, lui donnant ainsi publiquement moitié de son triomphe. Puis ils allèrent ensemble visiter et remercier les fermiers, qui, eux aussi, avaient une bonne part dans le succès.

Moins heureux au palais Mazarin, M. de Falloux perdil

trois ou quatre batailles électorales avant de conquérir Les palmes académiques.

('crics, le style e1 la conception de ses ouvrages le placent au niveau de la bonne moitié de nos Quarante. D'ailleurs, son incontestable talent oratoire suffisait pour attirer du premier coup sur lui le su tirage des plus exigeants. A quoi tinrent les échecs successifs dont nous avons parlé tout à l'heure? Nous allons vous le dire. Pour arriver, à l'époque actuelle, aux honneurs du fauteuil, le talent n'est pas nécessaire. Faites de beaux livres, si bon vous semble, mais gardez-vous de fonder vos prétentions sur ces livres mêmes. Ce serait une grave imprudence. Académicien ne veut pas dire aujourd'hui littérateur; cela veut dire homme politique. On ne vous demande plus à la porte : « Qu'avez-vous fait? » mais bien : « Quel est votre drapeau? » L'Institut, depuis le Deux décembre, est le refuge des mécontents de tous les partis. Ces messieurs transforment la salle des séances en une espèce de club où s'agitent les questions les moins littéraires. Du cénacle on fait une arène. Toute élection nouvelle est une concession aux sympathies de telle ou telle nuance politique en vogue pour le quart d'heure, et le suffragaut qui oserait se targuer d'indépendance serait considéré comme un traître. Celui-ci représente la légitimité, celui-là l'orléanisme, cet autre la fusion. Très-peu, en revanche, représentent la poésie, et encore moins la grammaire.

C'est une petite Convention de députés sans électeurs et de ministres sans portefeuille. On y parle, on y délibère, on s'y livre des combats de coqs (de vieux coqs), le tout dans la langue de Frohsdorff et de Claremont.

Ainsi M. de Broglie, par exemple, osa y prononcer un

panégyrique • de l'homme qui a laissé tomber la France dans le traquenard de 1848.

ce Ce prince, dit-il, appelé au trône clans des circonstances redoutables, avait plus d'un devoir à remplir, plus d'un péril à conjurer. Faire respecter partout au dehors les sentiments et les droits de la France, sans exciter, sans soutenir nulle part Y esprit de révolution ; maintenir Tordre sans verser le sang, sans lois ni mesures d'exception, sans coup d'Étal; couvrir le sol de travaux utiles sans accroître le fardeau des impôts ni celui de la dette publique, c'était là sa tâche... »

Que dites-vous de ces allusions, aussi hostiles qu'impudentes, lancées en plein cœur d'une assemblée littéraire? Du jour où l'Académie n'est plus que le réceptacle de vos rancunes et de vos intrigues , on doit vous en exclure, Messieurs, et en fermer les portes. Il est temps que les membres sains de l'Institut renversent tous ces drapeaux que vous agitez sur leur tête et en fassent un feu de joie. Vous vous imaginez peut-être donner des preuves d'indépendance ? Allons donc ! il n'y a dans votre conduite que sottise et déloyauté. Personnelle vous autorise à prendre le manteau littéraire pour en couvrir vos défroques de courtisans.

On répète chaque jour avec raison que les Broglie, les Noailles et tutti quanti volent avec impudence la place destinée aux gens de lettres.

En obéissant à d'absurdes manœuvres politiques, l'Académie a laissé mourir hors de son sein les Balzac, 1rs Frédéric Soulié, les Gozlan, et tant d'autres, dont la présence eût donné un peu de vie et d'autorité à ce troupeau de parlementaires en retraite et de burgraves ridicules. On ne voudra pas le croire peut-être, mais cette usurpa-

tion du fauteuil académique trouve des écrivains assez peu consciencieux pour l'applaudir el assez fous pour la défendre. Lisez plutôt les lignes suivantes, sign^

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