Voir la biographie de Gérard de Nerval
2. Nous puisons ce renseignement dans la Galerie de la Presse (article Théophile Gautier).
Soulié, puis à Alexandre Dumas, qui n'avaient pris ni l'un ni L'autre ce travail au sérieux. On appela Gérard. Mai ne voulut pas accepter les honneurs de cette rédaction sans y foire participer son frère Gautier. Il se décidèr< A cumuler les deux feuilletons, celui de la Charte et celui de la Presse. On devail les rédiger en commun et Les - gner G. G. Cet arrangement ne fut pas du goût de M. de Girardin; il demanda formellement nue signature en toutes lettres, et Fauteur de Sylvie, toujours prêt à s'effacer, dit à Théophile :
— Signe ! Moi, je n'y tiens pas.
Néanmoins il continua de faire la meilleure part du feuilleton. La paresse de Gautier, quand il s'agit de rendre compte des œuvres dramatiques, est très-connue. Toujours il a eu besoin d'un collaborateur pour remplir sa tâche théâtrale. Il ne peut pas tenir en place pendant les représentations. On le voit flâner dans les corridors, au foyer, dans la rue, et jamais il ne sait le premier mot de la pièce dont il doit rendre compte. Il s'en rapporte à ses aides,. qui parfois le compromettent gravement aux yeux de la Presse. Ainsi M. Rover, jeune musicastre, chargé de la partie lyrique des feuilletons de Gautier, s'avisa de maltraiter un jour un opéra de M. Maillard, frère du sociétaire du Théâtre-Français. Cet opéra s'appelait la Croix de Marie. Or, en ce moment-là mémo, le frère du compositeur répétait un rôle dans Lady Tartuffe. Mme de Girardin tança Gautier, qui répara la maladresse de son collaborateur , et fit l'amende honorable la plus complète.
Un autre jour, notre étourneau de musicastre abîma un ténor qui débutait sous la protection de mademoiselle Ozy. Il faut dire que Gautier professait une grande admiration pour mademoiselle Ozy, qu'il considérait comme
le type le plus pur de la beauté grecque, sauf le nez. Une seconde amende honorable eut lieu.
Si quelquefois il consentait à voir un acte, c'est lorsqu'il accompagnait au théâtre mademoiselle Ozy ou mademoiselle Carlotta Grisi, la cantatrice des Italiens. Cette dernière était sa protégée quand même, notes justes ou notes fausses. Le jour où elle cessa d'être engagée aux Bouffes, la Presse devint subitement indifférente pour ce théâtre, et ne s'en occupa plus.
Après Gérard, Théophile eut pour aide feuilletoniste M. Noël Parfait, écrivain de mérite et démocrate honnête, qu'un destin fatal contraignit à jouer partout, même en politique, le rôle de doublure. Gautier rétribuait mal Noël , qui travaillait pourtant comme un nègre, c'est-à-dire comme un nègre qui travaille, puisque nous avons dit plus haut qu'Alexandre Dumas mécontentait Girardin par sa paresse. Lorsque Noël demandait à Gautier la rémunération de sa besogne, celui-ci ne manquait pas de lui répondre :
— Ouvre le tiroir, prends tout ce qu'il y a !
Jamais dans le tiroir il n'y eut plus de dix francs, et Noël n'osait guère hasarder ce genre de réclamation plus de deux fois la semaine 1.
Allégé d'une tâche ingrate, qui toutefois engraissait son budget, Guilier consacra ses loisirs à la composition du roman de Fortanio, où il continua de prêcher l'évangile
1. Théophile Gautier avait alors avec la Presse un traité magnifique : dôme mille francs par an, pour sofltoatc feuilletons, soit de critique de théâtre, soit <!t; comptes-rendus de l'exposition de peinture, il pouvait, en outre, y placer au nrôme prix un certain nombre de feuilletons-romans. Depuis, ers conditions oui été modifiées. La Presse, dans un moment difficile, en 1848, jugea convenable de réduire le prix do la rédaction, et Gautier ne. fut plus payé qu'à raison de quinze centimes la ligne Lorsque les temps devinrent meilleurs, M. de GirarJin déclara que le prix resterait le même.
de la forme el les maximes païennes. Ce second rom esl la déification rtc> instincts matériels, de la volupté, de la richesse et du caprice. Fortunio, fils sauvage de l'Orient, vient implanter les mœurs du sérail au milieu même de Paris. Grâce à la puissance de For, ce Nabab orné de vingt millions de revenus, se permet, à deux pas delà lanterne du commissaire de police, des fantais que la cour d'assises ne tolère pas ordinairement chez nous. Il brûle l'hôtel de sa maîtresse, un soir, en guise de passe-temps, et coupe la tête à des esclaves pour se divertir. Mépris du cœur et du sentiment, soufflet réitéré de page en page sur les deux joues de la morale, voilà toute l'analyse du livre i.
Gomme son héros, Théophile est un Turc égaré dans la civilisation moderne, et le ciel chrétien ne lui sourit pas, sans quoi nous lui donnerions sérieusement le conseil de se mettre au plus vite, de cabinet de lecture en cabinet de lecture , à la recherche de ses deux méchants livres , d'en racheter à tout prix les exemplaires, et de les brûler sans miséricorde pour ne pas compromettre son salut.
Mais il se gardera bien de suivre cet avis. Gautier ne comprend même pas qu'on puisse lui jeter un blâme. Il est immoral avec une candeur effrayante.
« Qui vous a mordu? s'écrie-t-il, qui vous a piqué? Que diable avez-vous donc pour crier si haut, et que vous a fait ce pauvre vice pour lui en tant vouloir, lui qui esl si bonhomme, si facile à vivre, et qui ne demande qu'à
1. Après Fortunio, Gautier publia Une Larme du Diable et Tra los Montes, livre admirable comme couleur descriptive, mais très-pauvre en observations de mœurs. Un bas-bleu émérite disait, après avoir parcouru ces deux volumes : « Je viens de lire Tra los Montes. C'est véritablement un voyage en Espagne; mais il paraît qu'il n'y avait pas d'Espagnols quand M. Théophile Gautier y est allé. »
s'amuser lui-même et à ne pas ennuyer les autres, si faire se peut? Agissez avec le vice comme Serre avec le gendarme : embrassez-vous et que la querelle finisse ! Croyez-moi, vous vous en trouverez bien. Eh! mon Dieu, messieurs les prédicateurs, que feriez-vous sans le vice ? Vous seriez réduits, clos demain, à la mendicité, si Ton vous écoutait aujourd'hui. »
Quand on parle à l'auteur de Forlunio de la vertu, des mœurs, de la décence, et de la nécessité de respecter tout cela, ne fût-ce qu'au point de vue social, il vous considère avec stupeur et tombe du plus haut des nues. Il prend son libraire Michel Lévy pour un fou, lorsque ce dernier lui demande quelques lignes d'éloges dans la Presse ou dans le Moniteur' pour les œuvres des écrivains réputés moraux.
— Eh! s'écrie Gautier, va-t-on longtemps me tourmenter ainsi? faudra-t-il entendre parler nuit et jour de la littérature Souveslre? Ces animaux-là font des livres pour prouver qu'on ne doit pas se mettre les doigts dans le nez. Qu'on leur inflige le prix Montyon, ce sera bien fait !
Yoilà Thomme avec toute sa bonhomie dans le vice et toute sa naïveté dans la dépravation. Jamais l'auteur de Mademoiselle de Maupin n'a compris Picciola, Magdeleine, le Philosophe sous les toits et le Conscrit, parce que ces ouvrages s'adressent au cœur et se trouvent, par le fait mémo, en dehors de sa compétence.'
Gautier, sans être ni haineux ni jaloux de personne, est néanmoins d'un naturel caustique et se fait craindre par sa langue.
Il fut un temps i où les écrivains de V Artiste et de la