Livre aux pourceaux la grâce et la pudeur des biches
S'il voit que les pourceaux aient un nom et soient riches;
Et les salons dorés vous seront indulgents,
Et vous direz aussi : « Nous les honnêtes gens ' »
Ah! cynisme de l'or! ah! pauvre espèce humaine! Cependant il n'est point à Paris de semaine Où quelque jeune fille, en sa première fleur, Ne se heurte et se brise à l'angle du malheur. Combien vont fatiguer les grabats d'un hospice ! Combien cherchent un gîte aux gains maudits propice, Dans ces lieux où la joie est pire que la mort ! Combien l'orgie en tue, et combien le remord ! Il en est, de misère et de vice amaigries, Qui font queue aux prisons afin d'être nourries ; D'autres que Dieu délaisse et qu'une vieille instruit, Qui de leur sein honteux font avorter le fruit ;
Il> HISTOIRE CONTEMPORAINE.
D'autres qui, ne pouvant j tenir davanta
Se jettent dans renier, d'un quatrième étage;
D'autres qui sous l'injure, à cause du passé,
Au milieu de leurs sœurs vivent, le fronl baissé,
El ne relèveront leur figure pâlie
Que pour montrer le rire affreux de la folie !...
El tout cela, messieurs, gentilshommes du jour,
Parce qu'ayant yingl ans. vous n'avez pas d'amour!
Une critique rigoureuse trouvera bien dans ce morceau quelques exagérations romantiques ; mais, à pari deux ou (rois taches légères, on peut le donner comme un chefd'œuvre. Emile Deschamps a le rhythme facile, élégant
et pur. Chez lui, la pensée se dégage avec une limpidité merveilleuse. Il ne tourmente point l'hémistiche et ne le fait pas trotter de saccade en saccade, comme la plupart des rimeurs de son école. Il est du nombre des poètes que le goût dirige, que la morale applaudit, et dont la postérité conservera précieusement le recueil. On nous affirme que parmi ses poésies inédites se trouve une admirable traduction de Y Avare, où il a su reproduire avec une fidélité parfaite et un talent exquis la versification de fauteur du Misanthrope et des Femmes savantes.
Le second morceau que nous avons promis de citer a pour titre :