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Ces lettres sont conservées aux Archives nationales

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sons de Béranger avec accompagnement de guitare. Enfin, le 3 février 1827, Michelet était nommé, par monseigneur Frayssinous, maître de conférences de philosophie et d'histoire ^. H avait adressé au ministre un plan détaillé de son cours, qui malheureusement ne nous a pas été conservé. Ce ne devait être que le dévdioppement de la formule présentée à Guéneau de Mussy : l'unité religieuse de l'histoire et de la philosophie. H considéra en effet ces deux enseignements comme étroitement liés et sa première leçon fut une introduction générale aux deux cours, c Jusqu'ici, disait-il en commençant, la philosophie et l'histoire ont été l'objet de deux études entièrement distinctes. Cependant elles sont la preuve l'une de l'autre : elles ne peuvent ni l'une ni l'autre prétendre à un haut degré de certitude si on ne les compare. La philosophie s'est bornée à des phénomènes bien fugitifs de la pensée individuelle. Si elle s'était assise sur la base plus large de l'espèce et de l'individu, elle aurait fait plus de progrès, et la plupart des faux systèmes n'auraient pas réussi. Nous allons embrasser dans une seule étude l'histoire et la philosophie. Ainsi unies par une heureuse alliance, elles se prêteront un mutuel secours. »

1. On voit dans la préface écrite pour V Histoire de France en 1869 que Michelet s'imagina plus tard avoir été nommé sous Martignac par Yatimesnil ; tous ses biographes ont reproduit cette erreur. U ne dut à Vatimesnil que sa première augmentation de traitement.

L'histoire étudiera les faits, la philosophie les lois; rhistoire rhomme collectif, la philosophie rhomme individuel. La psychologie de l'individu trouvera sa confirmation dans celle de l'espèce; car l'humanité comme l'individu passe de la spontanéité à la réflexion, de l'instinct à la raison, de la fatalité à la liberté. Le développement religieux de l'humanité est la confirmation des conclusions spiritualistes de la philosophie.

Les deux premiers cours d'histoire de Hichelet traitèrent de l'histoire générale depuis l'Egypte jusqu'aux Croisades. U commença par l'Orient, faisant de l'histoire orientale la préface de l'histoire de la Grèce et de Rome. U montra l'humanité se dégageant peu à peu des fatalités de la nature pour prendre conscience d'elle-même ; il insista sur l'histoire des Juifs, parce que leur religion est une préparation au christianisme, et salua dans le triomphe des idées chrétiennes la victoire définitive de la liberté sur la fatalité, de l'homme sur la nature. En 1828-1829 il s'occupa plus spécialement de la France et du Moyen âge et s'étendit avec complaisance sur yfes origines celtiques. Dans ces cours, comme plus «• tard dans son Histoire de France, il fait une large place à la géographie^ qu'il s'agisse de l'Asie, de la Grèce ou de l'Italie. La géographie est pour lui < le V^atérialisme de l'histoire », D montre au milieu de quelles circoastances physiologiques, physiques, botaniques, zoologiques, minéralogiques « s'est déve-

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loppé l'être humain, Téire moral, le spiritualisme de l'histoire ».

Son cours de philosophie fut presque exclusivement un cours de psychologie. Le fond ou du moins le plan en était emprunté aux Écossais; mais il les contredisait souvent et les complétait par Kant et Schelling; « les premiers, disait-il, nous donnent le point de départ, le bon sens ; les seconds y ajoutent la science » . Ce qui prétait une originalité charmante et imprévue à ce cours, c'était l'appel constant que faisait le psychologue aux souvenirs de l'historien, et l'apparition de Tibère ou de Néron, des chevaliers du XIV® siècle ou des souliers à la poulaine, au milieu de l'analyse des facultés.

Michelet commençait par établir là différence des sciences physiques et des sciences philosophiques, puis montrait la supériorité des méthodes d'observation en psychologie sur leur emploi dans les sciences physiques. Il passait ensuite en revue les facultés de l'âme, critiquait les systèmes de Laromiguière, des Écossais et de Kaat, et insistait sur la nécessité de considérer les facultés non isolément, mais dans leur enchaînement et leur réaction mutuelle. Il étudiait alors successivement la conscience, la perception, l'abstraction, la généralisation, la mémoire, l'association des idées, l'imagination, le raisonnement, l'induction, la méthode, les signes, les classifications et le langage. S'il prenait comme point de départ la théorie des facultés de Dugald Stewart et

la théorie des signes de De Gérando, il y mêlait beaucoup de vues personnelles, surtout dans les chapitres sur Tassociation des idées et Timagination, et les applications historiques les plus inattendues. L'examen de rinfluence des lumières sur la moralité lui suggérait un brillant développement sur la supériorité morale de la société romaine sous l'Empire comparée à celle de la République ou de la Grèce. « La Rome toute sanguinaire et barbare des Scipions est inférieure à la Rome, voluptueuse peut-être, mais humanisée des Césars. La loi civile qui régnait alors atteste le progrès de l'humanité. » A propos de l'association des idées, il parlait de la mode au xiv^ siècle, pendant la Révolution et sous la Restauration. Il présentait les observations les plus ingénieuses sur l'histoire des arts, des lettres et des langues. En parlant de la perception, il faisait observer que les hommes ont fait dériver la connaissance, d'abord du monde extérieur, puis des Dieux, enfin de la conscience et du moi, et que Kant et Fichte ont donné la philosophie de la Révolution française, qui est le triomphe de la croyance à la liberté de l'homme. De même quand il traitait des idées générales, il montrait ces idées placées par les philosophes d'abord en Dieu, puis dans les choses, enfin dans l'homme.

Le rôle de l'homme, le rôle de la liberté humaine, c'est à cette idée que sa pensée revient toujours, invinciblement. C'est cette idée qui dirigera toutes les recherches de l'historien, comme c'est à elle qu'a-

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boutissent les analyses du psychologue. On peut déjà en^evoir que la France lui apparaîtra comme la principale représentante de la liberté morale et que deux époques l'attireront entre toutes comme celles où se sont jouées les scènes décisives du drame de la liberté : le xvi^ siècle avec la Renaissance et la Réforme, le xvin®avec la Révolution. Mais pour bien comprendre le christianisme qui a commencé Tœuvre libératrice, la France qui Ta achevée, il faut connaître Rome. Cette idée, exprimée en 1830 en un magnifique langage dans Y Introduction à FHistoire universelle y était déjà partout visible dans les cours de 1827 à 1830. Michelet pensait, dès 1828, en faisant ses leçons d'histoire romaine, ce qu'il écrivait en 1830:

d Rome a été le nœud d'un drame immense, du drame de la liberté. C'est en nous plaçant au sommet du Capitole que nous embrasserons, du double regard de Janus, et le monde ancien qui s'y termine, et le monde moderne que notre patrie conduit désormais dans la route mystérieuse de lavenir. »

En décembre 1827 avait paru une édition incomplète du Précis d'histoire moderne, fruit de ses cinq années d'enseignement à Sainte-Barbe, qui fut publié sous sa forme définitive en 1828. Il employa ses vacances de 1828 à un voyage en Allemagne, où il visita Heidelberg, Francfort, Mayence, Bonn, pour se perfectionner dans l'allemand, recueillir des livres»

voir Creuzer, Gœrres, Welcker. Il est alors tout plein du Moyen âge, commence à étudier Luther, prépare une Encyclopédie des chaïUs populaires^ rêve de doter la France d'un livre analogue aux Deutsche RechtscUterthûmer de Grimm, et cherche dans le vieux droit allemand les Origines du droit français, sur lesquelles il accumula des notes qui formèrent le volume publié sous ce titre en 1837.

Ces études nouvelles ne produisirent pas tout de suite leur effet dans son enseignement. L'histoire n'en occupe encore que la moindre part. En 1828-1829, il consacre deux de ses trois conférences à la philosophie, et ajoute à son cours de psychologie un cours de morale qui avait pour base un commentaire de Théétête, du Philèbe et de l'Euthyphron. Mais, en 1829, un heureux événement vint l'arracher, bien malgré lui, à la philosophie, pour le donner tout entier à l'histoire. Le ministère Polignac, dont M. de Montbel faisait partie comme ministre de l'Instruction publique, réforma l'École préparatoire, augmenta le nombre des chaires, sépara l'enseignement de l'histoire de celui de la philosophie, et limita le cours d'histoire à l'histoire ancienne, à la géographie comparée et à l'archéologie. Michelet, prévenu d'avance des projets de M. de Montbel, lui écrivait dès le 22 septembre ; « Si Votre Excellence se proposait de séparer l'enseignement de la philosophie de celui de l'histoire, j'ose espérer qu'elle me permettrait de conserver le plus important et le plus élevé des deux,

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celui de la philosophie. Au cas où la traductiou des œuvres de Vico ne semblerait pas un titre suffisant^ je présenterais la traduction achevée de deux ouvrages de Reid et de Dugald Stewart. » M. de Montbel ne fit pas droit à cette demande. Hichelet était suspect de tendances cousiniennes et la philosophie de Cousin était alors mal vue du pouvoir, comme entachée de libéralisme. On lui préféra M. Saphary, un condillacien qui offrait, disait-on, les plus sûres garanties au point de vue religieux, mais dont les élèves refusèrent si obstinément de suivre les leçons, qu'il fallut se résigner à le remplacer par Jouffroy après la révolution de Juillet.

Dubois, qui était alors l'interprète le plus autorisé du partit Ubéral dans TUniversité, se plaignit amèrement, dans le Globe du i8 novembre, de l'acte d'autorité qui imposait à Michelet un enseignement pour lequel il n'était pas préparé. Mais Michelet^ après un moment de mauvaise humeur, se plia bien vile à sa nouvelle situation et justifia la décision de M. de Montbel par le cours d'Histoire romaine qu'il fit dans l'hiver de 1829-1830. Tout y était nouveau pour ses auditeurs, le plan, les idées, les conclusions. Tout y était exprimé avec une originalité, une force, un éclat incomparables. Les deux première leçons avaient pour objet de marquer la place de Rome dans l'histoire dé l'humanité. La troisième était consacrée à la géographie de l'Italie, la quatrième et la cinquième à sa population. La

religion, les institutions, les arts des Étrusques occupaient trois leçons; les trois suivantes étudiaient le Latium, les Latins, leur agriculture, leur industrie, leur culte. La discussion des documents relatifs à la primitive histoire de Rome, l'examen des systèmes de Vico et de Niebuhr, la démonstration de l'incertitude des premiers siècles de Rome prenaient cinq autres leçons. Ensuite venaient la topographie de Rome, rhistoire des origines, une leçon sur Servius Tullius, une sur la population de Rome^ une sur les plébéiens et les patriciens, deux sur Yager romanus et les colonies, deux sur les révolutions de Rome jusqu'à 405, enfin quatre leçons très approfondies sur la loi des XII Tables.

Le travail excessif, auquel Michelet s'était hvré depuis son entrée à l'École préparatoire, avait profondément ébranlé un organisme qui fut toujours frêle. U dut prendre un congé de deux mois et se faire remplacer en mars et avril 1830 par M. Chardin. U consacra ce temps de repos forcé à visiter l'Italie et surtout Rome. Nous pouvons l'y suivre pas à pas dans le beau journal de voyage que la piété de sa veuve nous a fait connaître^ Au retour, son Histoire de la Républiqw romaine était achevée dans son cerveau, sinon entièrement écrite. Elle parut en 1831 . Elle devait être complétée par une histoire des Empereurs. Celle-ci fut plusieurs fois ébauchée dans les

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