CG PORTRAITS
Ce n'est évidemment pas sans raison, et les écrits du grand liumoriste allemand (car Schopenhauer est à mes yeux un humoriste bien plus qu'un philosophe), faisaient vibrer en lui des fibres profondes. Mais il y a, à côté du pic Schopenhauer, une montagne plus élevée encore, à laquelle il avait donné le nom de pic Kant. C*est Kant qui était son philosophe de prédilection. Dans les heures de maladie et de découragement, dans les jours d'inaction forcée, où la patience, même d'un Russe, a besoin d'être aidée, c'est la critique de la raison pure et la critique de la raison pratique qui ont été les compagnes de sa solitude, les consolatrices de ses souffrances. Seul dans sa cabane d'Ayiru, il pouvait contempler à loisir les deux choses que Kant déclarait les plus sublimes qu'il y eût au monde : le ciel étoile au-dessus de sa tête et le sentiment du devoir au fond de son cœur. Cet homme qui aimait à vivre au milieu des sauvages dont les mœurs le reportaient aux premiers âges de l'humanité, et dont la principale occupation était de mesurer des crânes, de disséquer des cerveaux, était l'idéaliste le plus sincère et le plus conséquent qu'il m'ait été donné de rencontrer. En même temps, cet idéaliste doux et patient était un homme d'action infatigable. Idéaliste et homme d'action, n'est-ce pas la [définition du héros ? N. de Mikluho-Maclay a été un héros, dans la plus noble et la plus large acception du mot.