‹ Portraits et souvenirs littérairesChapitre 12 sur 26 · ROSSINI · texte numérisé non relu

ROSSINI

C'était une chose curieuse que d'entendre llossini parler de ses biographes qui tous ont prétendu avoir vécu dans son intimité, bien qu'il n'ait connu aucun d'entre eux. Voici ce qui lui est arrivé avec Stendhal. Sa biographie avait été déjà publiée depuis longtemps par le spirituel écrivain, sans que Rossini l'eût jamais rencontré. Un jour, il entra chez le directeur du Théâtre-Italien, où se trouvait 31"^^ Pasta, en conversation avec un gros 3Ionsieur d'uiK^ apparence assez lourde ; celui-ci se leva, à l'arrivée de Rossini, le salua et sortit sans mot dire . — « Est ce que vous êtes lâchés, » dit M"^'^ Pasia à l{()ssini. — u Moi, fâché, aNccipii?)) — a Mais avec ce Monsieur (jui vient de sortir! » — u Je ne le connais pas, je ne l'ai jamais vu ^> -- a Voilà qui est singulier, dit M'^^^ i\isla, c'est M. Sten-

1>()RTUAITS ET SOU Vl^MRS

(Ihal. » — c( Ah! celui qui a écrit mon histoire, reprit llossini, je ne suis pas fâché de l'avoir vu une fois chius ma vie. »

Cette anecckite m'a été racontée par Rossini, et je lui ai entendu dire également qu'il n'avait ni vu ni connu l'auteur allemand d'une de ses ])iog'raphies en trois volumes, traduite en Belgi- (jue, et qui n'était d'ailleurs qu'un long et méchant roman.

Rossini a toujours été plein de malice, mais de malice gracieuse* car la grâce était une des heureuses qualités dont il était doué. Une dame ir**, fort intrigante et fort ennuyeuse,, qui s'attachait à toutes les célébrités, et particulièrement aux célébrités musicales, voulait s'imposer chez Rossini. Madame Rossini, qui craignait qu'elle ne fit fuir sa société, l'accueillit assez mal et prit le parti de la décourager de venir la voir, par une de ces politesses un peu sérieuses dont les femmes les moins susceptibles sont obligées de comprendre le sens.

Cette dame rencontra quelque temps après Rossini sur le boulevard des Italiens, sa promenade favorite. Elle alla se plaindre à lui. Rossini parut entrer dans ses intérêts, et lui dit à Toleille, comme en confidence: — « Que voulez-

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