AUX MANES D'UN POÈTE
Jusqu'en ce cimetière, où le nom de Parnasse Semble offrir au poète un asile plus doux, J'ai suivi ton cercueil en pleurant sur ta trace, Seul, de tes vieux amis, au triste rendez-vous.
J'allais, me rappelant ta jeunesse, ta grâce,
Ton esprit si brillant qui nous séduisait tous.
Tes amours plus changeants que les amours d'Horace,
Tes conquêtes d'un jour dont j'étais si jaloux.
Tu chantas la beauté, tn chantas la patrie.
L'amitié, la famille, et ton âme attendrie
Non moins que dans tes yeux éclatait dans ta voix.
0 maître en l'art des vers, ô rival de Pétrarque, Sur le sombre navire oti ta muse s'embarque. J'inscris, avec mes pleurs, le sonnet d'autrefois.
LETTRES D'ÉVÂRISTE BOULÂY-PÀTY
Mon bien cher Ami,
Combien j'ai regretté que vous ne fussiez plus à Rennes lorsque j'y suis arrivé'! Pourquoi donc n'avez vous pas profité du voyage fait, pour rester quelque temps dans la vieille ville qui vous a inspiré des vers si jolis? On aime, malgré Paris et le présent qui nous presse, à parcourir ces rues tranquilles qui rappellent le passé. On retrouve mille émotions dans ces lieux chéris autrefois. La belle jeunesse nous sourit de loin et nous fait encore signe du doigt. Écrivez-moi et mettez-moi au courant de ce qui se passe là-bas. Dites-moi les nouvelles littéraires. Avancez-vous votre livre? Je ne fais rien de nouveau.
Évariste Boulay-Paty.
17 août 1851.
Mon cher Ami,
J'attendais toujours, pour vous répondre, à avoir vu dans le Siècle votre article : il n'a point encore paru. Je vous remercie d'avance. Je serai heureux le
jour OÙ je le lirai. Mon volume va supérieurement. Rolle m'a fait lundi dans VOrdre un très bel article de sept colonnes de feuilleton, et Saint-Victor dans le PaijSy le môme jour; Nisard m'en a fait un excellent dans le Journal de Vinstruction publique. J'attends le vôtre avec impatience dans le Siècle. Je suis bien content que mon livre vous ait fait ce plaisir, et je vous remercie de ce que vous en dites. Je viens de recevoir de Lamartine, qui est à Saint-Point, une lettre bien belle et bien expansive. Il place mon livre trop haut, puisqu'il égale mes sonnets à ceux de Pétrarque. Je voudrais être à causer avec vous poésie sous vos feuillages.
Tout à vous de cœur.
Évariste Boulay-Paty.