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ASPECTS DILB DE FRANCE

tout la vie au limbe des plaincs vertes et des champs ftendus : rYerre, la Marne et l'Oise sur la droite da petiole robuste; et, sur la gauche, le Loing, l'Essonnes et TOrge. L'Epte et l'Eure siparent la feuille tranfaise de la feuille normande ; l'Aisne et PYonne la relient i la feuille champe noise. Millc veinules confluentcs donnent, elles-mfemes, aux nervures essentielles la vigueur de leurs ondes accrues de l'apport de tant de rus frais et chits jaillis en torrents du sol gtntreux.

II faudrait dire les noms d'argent de ces rivieres et le bruit d'ondes froiss6es que prom&ne leur cours entre les rives vertes. Alors on saurait tout le charme de la feuille fran^aise et que les cours d'eau qui la sillonnent sent autant de chemins alternes venant des forfets et des champs de culture vers la large valine de Seine.

Toute la partie fran^aise du Gatinais est arrosee par le Loing; et,plus avant,c'est PEcole qui se jette dans le fleuve a Ponthierry ; le ru Balory, k Seine- Port, fait tourner les grandes roues de trois vieux moulins, cependant qu'i Melun, venant du bois de Villeferraoy, TAlmont se confond £ la Seine, proche d'une Tile ver/loyante, non loin de la mai-^ son ou Amyot est n6.

Le Hurepoix connait deux rives enchant£es:

celle que l'Essonnes suit, & gauche, en venant de 1'Orlianais, et celle que trace, k droite, en de clairs

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lineaments, TYerre bord£e de roseaux. L'Yerre descend de la iortt de Crfcy; TYvron, TAvon et le R6veillon, la Barban^onne et le ru de la Beuronnerie sont les noms clairs des affluents qui la. grossissent. Mais ceux des rividres qui se jettent dans TEssonnes ne sont pas moins que ceux-la exquis k prononcer, puisque c'est & Etampes, au pied de la tour Guinette, que la Juine rencontre la Louette et la Chalouette et en conduit les eaux jusqu'aux siennes, qui les recueillent.

II y a, dans le Hurepoix occidental, trois valines d£licieuses.

Celle de l'Orge commence au plus loin de la forfit de l'Ouye ; elle est fertile et g6n£reuse ; elie baigne les bois de Dourdan et de Saint-Ch6ron et les limpides rivieres qu'elle accueille dans son onde : la Gironde, le Renard et la Saillemouille, la Remarde, grossie de la Rabette et de TAulne, sont cristallines et murmurantes; leurs noms sont harmonieux comme les mots d'un poeme !

A Villemoisson, les eaux de i'Yvette s'ajoutent a celles de TOrge. II faut suivre l'Ywtte i pied depuissa source initiate; alors on saura ce qu'a d'admirable sa valine abondante en souvenirs: Dampierre et son chateau, les sites aimables de Chevreuse et les moulins de Bures, dont les hautes roues tournent avec bruit dans l'onde 6cumeuse.

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Les coteaux de la valine de Bi£vre sont charges de champs et de vergers; Hugo en a chant* les « carres de bl£ d'or », les ormeaux et les sanies. De cela, ils sont aussi immortels que de la beaut£ de leurs jardins en fleurs.

Cest li, entre Buc et Biivre, aux Loges et £ Jouy, que les beaux paturages inclines, sillonn£s de ruisseaux, couronn£s de bois £pais, exposent la fraicheur fertile de leurs pentes.

La Marne, que Reclus appelle « la paisible », re^oit la Beuvronne & Souilly ; elle vient de Champagne; elle a suivi les flancs de tant de vallons rutilants de grappes, s'est r£pandue en une courbe si vaste* en m£andres capriceux au milieu de tant de vignobles mtiris que son cours en est devenu lent et tranquille comme est la marche d'un homme apr&s une bonne ivresse.

L'Oise sdpare le Valois du Vexin; sa ligne, comme ferait une veine en courant sur le poignet d'un bras robuste, $e replie en anneaux jusqu'a l'artdre de Seine. Le bassin qu'elle arrose est si beau qu'il n'y a peut-£tre, nulle part ailleurs, en He de France, des campagnes plus heureuses que celles qu'ellfc abreuve d'une urne jamais tarie.

L'Aisne rejoint l'Oise en amont de CompiSgne, un peu aprfes Choisy-au-Bac; les hauts pins de la forit se mirent dans ses eaux. A Verberie, TOise ouvre son lit au flot que lui apporte la gra-

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cieuse Authonne. Est-il plus s6duisante rive que celle de la fraiche Authonne ?

La Launette entoure, k Ermenonville, Tile des Peupliers, ou le tombeau de Rousseau offre son petit temple; elle en porte le souvenir aux eaux de la Nonette ; celles- ci ont mir£ la beaut6 de Sylvie, 4 Senlis, au temps oil G6rard de Nerval venait, en Valois, cueillir des fraises mures et chercher des I6gendes; enfin, la Nonette retrouve TOiseaprds avoir baign6 Chantilly de sa fralcheur.

Cest un cours njerveilleux que ceiui de la belle Thfeve; le pays de Valois en est plus glorieux que celui d'aucune autre rivire. II a vu Pontarm£ et la forfit de Coye, les bois d'Orry lui ont jet£ de leurs feuilles. La Thfeve ! Gerard 1'appelle « la soeur de la Nonette » ; elle descend des mftmes coteaux bois& de tilleuls et de peupliers ; les cygnes de la reine Blanche s'Sbattent encore aux bords ou Jean-Jacques venait promener ses pens^es, oil parfois aujourd'hui, le chien d'une meute perdue vient calmer en buvant la soif d* une longue course.

Et, sur son autre rive, TOise re^oit les ondes vives de TAronde, de la Briche grossie de PArre, du Thirain qui est le fleuve du Beauvaisis, du M6ru, de la Viosne et du Sausseron limpide.

L'Aubette, qui rejoint la Seine i Meulan, en face d'une rive chargie de pampres, est la derniire

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des nervures de cette feuille fran^aise d'une si splendide richesse de cours d'eau. Heureux le poite qui en suivit pas k pas les mfeandres plus capricieux que ceux d'aucun fleuve, plus charmants et varies que ceux que dicrivent les plus nobles rivifcres du monde sous le del ! II a — celui-li — embrassfe Tile de France tout enttere de son regard. II connait la beaut6 de sa face et le secret de sa force, qui, de toutes parts, jaillit en sources et en fontaines de la terre s£quanaise.

Arbres :

Dans la forfit de Fontainebleau, plusieurs arbres ont re^u des noms de grands pontes. II y a & le Banville, TAuguste Barbier et le Chateaubriand ; on y voit le Fenelon et les deux Racine ; ce sont des hymnes vivants de la nature dddifes au g6nie des grands hommes. Mais il y a aussi des arbres anonymes qui sont beaux comme des chants naturels. Ceux-li se nomment simplement le chfene, le hfetre et le peuplier; le charme et le sycomore n'atteignent pas & leurs branches; le pommier sauvage et le n6flier sont plus petits encore que le charme et le sycomore, mais ils dominent de leurs cimes le fusain, le prunellier et le vert troine; et ceux-ci, de leurs frondaisons, couronnent la bruydre et le petit houx. Ainsi,

de la terre au ciel se poursuit Fhymne des arbres ; il va du bruissement de l'herbe k l'orgue des grands chines. Les for£ts ressemblent k des harpes tendues... Les arbres d'lle de France s'assemblent parfois, corame des amis, en grande quantity de la m£me esp&ce. Que de cerisiers aux cerisaies de Montmorency, de chitaigniers aux chataigneraies de la Vallde aux-Loups !

Dans la forfit de Saint-Germain, il y a un chine d£di6 i Sainte Anne; il est 6norme et part d'exvoto; sur son flanc sont graves d'anciens vers d'Anais S6galas; des pampres et des guirlandes parent son tronc antique. Je comprends la pi£t£ des fiddles. Cet arbre-l& est beau comme un Dieu.

Villes :

Les villes, ici, ont de jolis noras :

Cest Marnes-la-Coquette, ombragle sous les pampres, aux portes de Saint-Cloud;

Cest Mantes-la-Jolie, inclinfee sur la Seine, audessus d'un vieux pont ; c'est Bellevue ;

Cest Neuilly, qu f on appelle Plaisance ;

Et, enfin, c'est Plaisir...

Maisons :

« Je ne vois jamais une vieille maison fran^aise de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne, avec son

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jardin aux palissades taiiltes, sans que mon imagination me reprfcente les livres aust&res qu'on a lus sous ces allies. » (Ernest Renan, Souvenirs)*

Ainsi ai-je vu, aux Granges de Port-Royal, la ferme qu'habitirent Arnauld, Nicole, M. Singlin et leurs amis. Blaise Pascal a compost quelquesuns de ses Merits sous ces arbres ; le doux Racine y est venu mdditer d'Athalie et d'Esther. Cest un lieu discret et charmant ; les allies d'herbes y sont r£guli£res et taill£es; le pigeonnier a gard£ son toit de tuiles du temps des Messieurs...

Ces vieilles maisons sont coifRes d'ardoises et construites de briques rouges qui les font accueillantes. Ainsi est la maison de Bud6 & Yerres, flanqu£e de deux hautes tours roses qui se perdent dans les arbres. II y a, au deli des murs qui la prot£gent, une belle source qui coule aussi limpide qu'au temps oil le vieil humaniste y venait promener ses rfeves platoniciens. A deux pas, & Crosne, rue Saint-Simon, au-dessus d'un portail ancien, une plaque de marbre indique que Boileau naquit 1&. Cest au coin d'une vieille place exquise comme il y en a tant dans les cit6s d'lle de France. De vieilles places borddes de maisons construites de tuiles et de briques anciennes...

Je pense & la « Place aux Giteaux », k Senlis. Elle est tranquille et baignSe de soleil; e'est Ik

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que se r6unissaient autrefois les gar^ons pour le jeu de Tare et que dansaient les filles au bruit des musettes. II n'y passe plus aujourd'hui que des enfants d'6cole ou que quelque vieille femme £ la figure usie et couleur de chitaigne...

Bals:

Des bals, il y en eut autrefois £ Loisy, ou venaient tous ceux de Pontarm6, de Charlepont et de Chaalis. Bien avant, jusqu'au soir, dansaient les couples sous les tilleuls. Le bruit s'en faisait entendre jusqu'£ Senlis et Ermenonville. Les danses ne s'achevaient qu'aux lumteres Steintes; les amoureux se quittaient et rentraient au village en tenant leurs sabots £ la main pour ne pas 6veilier les parents difiants...

— Au bal de Sceaux venait M. de Balzac avec son habit £ basques et sa grande canne £ pomme d'or.

— M. de Musset dansait £ Romainville ou dans Tile damour, ses blondes boucles m&16es aux boucles blondes de Mi mi.

— Schaunard dansait £ Robinson avec des grisettes.

— Le bachelier de Jules Vall&s ne dansait pas ; e'est pour un duel qu'il 6tait venu £ Robinson.

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