Il était consul de France à Civita-Vecchia
THÉODORE LEGLERGQ
M. Théodore Leclercq, Tauteur des Proverbes
dramatiques, est mort le 15 février 1851, à la suite
d'une douloureuse maladie, dont il avait ressenti
les premières atteintes il y avait près de trois ans.
Personne n'avait mieux conservé ces traditions de
politesse et d'urbanité qui distinguaient la société
française du xviii» siècle, mais les manières de
M. Théodore Leclercq n'étaient pas de celles qui
s'apprennent et qui sont à l'usage de tout le monde.
E'ies étaient l'expression d'un esprit vif et délicat,
d'un cœur bienveillant et expansif. Ajoutez à cela
'^n enjouement plein de grâce, une certaine coquet-
^ï*ie naturelle, et surtout le désir de plaire, dis-
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position qui n'a rien de commun avec le désir de briller. M. Leclercq voulait se faire aimer, et il y réussissait. Un bon mot s'arrêtait sur ses lèvres s'il pouvait blesser quelque susceptibilité, et il semblait ne vouloir se servir de son esprit que pour mettre en relief celui des autres.
Sa conversation était charmante. Personne n'a su raconter plus agréablement. On pouvait deviner l'auteur et l'acteur des Proverbes aux changements rapides de sa physionomie et aux expressions variées de sa voix; mais tout cela était si naturel, si improvisé, qu'un sot môme n'eût osé l'accuser de préparation. Sa gaieté était communicative, et nous n'y pouvions nVsister nous-mêmes, nous autres grands enfants du xix' siècle, qui nous étudiions à être graves et tristes. Dans les dernières années de sa vie, M. Leclercq futéprouvô par des pertes cruelles. La mort d'une sœur et celle de M. Fiévée, son ami d'enfance, dont il ne s'était jamais séparé, lui portèrent un coup terrible. On le retrouva toujours bienveillant, aimable, spirituel ; mais sa gaieté devant ses hôtes élait un elTort, et l'on sentait que l'effort était douloureux.
Il était né à Paris, on 1777, d'une famille honorable et dan-s l'aisance. So."^ parents voulaient qu'il
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H quelque chose, qu'il eût un état, et lui ne se pouvait pas de vocation décidée. On eut quelque )eine à lui faire accepter une place de finance qui l'exigeait que peu de soins, peu de travail, et qui •apportait des émoluments considérables, fort aulessus de son ambition de jeune homme. Au bout le quelques mois, la charge parut trop lourde à ;on humeur indépendante. Une caisse à garder, des luballernes à surveiller, des réprimandes à faire, les solliciteurs h éconduire, que de tracas ! il en lerdait la tête. Sa responsabilité, c'était comme un ;peclre attaché à ses pas. Il se dit, après dix-huit mois de gestion, qu'il n'avait que faire de tant i'argent,que8a liberté valaitcentfois mieux, et, sa ilémission donnée, il se retrouva aussi heureux que le savetier do son proverbe, lorsqu'il s'est débarrassé du sac d'écus.
C'est h M"' de Genlis qu'il dut la révélation de son talent dramatique. Un jour elle daigna le choisir pour lui donner la réplique dans un proverbe qu'elle jouait en bonne et nombreuse compagnie. Lo rôle de M"' de Genlis élait celui d'une femme de lettres ridicule (je pense qu'elle le jouait assez bien); M. Leclercq représentait un jeune pointe h sa première élégie. Dans un aparté de cinq minutes, le
canevas fut arrangé entre les deux interlocuteurs et, quant au dialogue, on devait Timproviser. L'au ditolre trouva que M"" deGenlis n'avait jamaiseï tant d'esprit; elle en sut gré à son jeune acteur e; l'engagea à composer des comédies. Il fallait les encouragements de cette femme illustre pour vaincre la timidité naturelle de M. Leclercq. Quant aux conseils qu'elle lui donna dans l'art d'écrire, on en peut jugerpar l'anecdote suivante, que je tiens de M. Leclercq lui-môme. Un jour, il lui racontai! une scène plaisante à laquelle il venait d'assister. « C'est bien, dit-elle, mais il faut changer la (in. — Comment I s'écria-t-il, mais j'ai vu cela de mei yeux ; c'est la vérité. — Eh I qu'importe la vérité' Il faut être amusant avant tout. » On voit, en lisan les Proverbes dramatiques^ qu'il ne suivit pas à lî lettre les leçons de M"" de Genlis. Il sut ôtn amusant, mais il resta toujours vrai.
Ses premiers proverbes furent composés et joué; à Hambourg, dans une petite société française qu( les événements politiques y avaient réunie au com mencement de l'Empire. Des militaires, des diplomates furent ses premiers acteurs, et lui, comme Shakspeare et Molière, auteur, directeur, acteur Tâme de la troupe en un mot. En 1814 et 1815.