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Ce vœu a été réalisé depuis

lOG PORTRAITS HISTORIQUES KT LITTÉRAIRES

J'ai connu Beyie vers 1820; depuis cette époque jusqu'à sa mort, malgré la différence de nos âges, nos relations ont toujours été intimes -et suivies. Peu d'hommes m'ont plu davantage; il n'y en a point dont l'amitié m'ait été plus précieuse. Sauf quelques préférences et quelques aversions littéraires, nous n'avions peut-être pas une idée en commun, et il y avait peu de sujets sur lesquels nous fussions d'accord. Nous passions notre temps à nous disputer l'un et l'autre de la meilleure foi du monde, chacun soupçonnant l'autre d'entêtement et de paradoxe; au demeurant bons amis, et toujours charmés de recommencer nos discussions. Quelque temps je l'ai soupçonné de viser à l'originalité. J'ai fini par le croire parfaitement sincère. Aujourd'hui, rappelant tous mes souvenirs, je suis persuadé que ses bizarreries étaient très-naturelles, et ses paradoxes le résultat ordinaire de l'exagération où la contradiction entraîne insensiblement.

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Alceste est parfaitement naturel et de bonne foi

lorsque, pressé d'exprimer quelques regrets d'avoir

été si rigoureux pour les vers d'Oronte, il s'écrie

« qu'un homme est pendable après les avoir faits, j»

Les boutades de Beyle n'étaient, à mon avis, que

l'expression exagérée d'une conviction profonde.

Je n'ai jamais su d'où lui venaient ses opinions sur un sujet où il avait le malheur de se trouver en opposition avec presque tout le monde. Ce que j'ai appris de sa première éducation se réduit à ce seul fait : que, fort jeune, il avait été confié aux soins d'un ecclésiastique vieux et morose, dont la discipline lui avait laissé une rancune qui ne s'effaça jamais. A la vérité, l'esprit de Beyle se révoltait contre toute contrainte et même contre toute autorité. On pouvait le séduire, et la chose était facile pourvu qu'on l'amusât; mais lui imposer une opinion était impossible, car quiconque prenait dans ses rapports avec lui l'apparence d'une supériorité le blessait au vif. Il racontait avec amertume, après quarante ans, qu'un jour, ayant déchiré en jouant un habit neuf, l'abbé chargé de son éducation le réprimanda vertement pour ce méfait devant ses camarades, et lui dit « qu'il était une honte pour la religion et pour sa famille. »

Voilà une de ces exagérations dont je parlais loi à l'heure. Nous riions quand Beyle nous raconta cette histoire ; mais lui n'y voyait qu'une tyranni cléricale et une horrible injustice, où il n'y ava pas le mot pour rire, et il sentait aussi vivemet qu'au premier jour la blessure faite à son jeun amour-propre.

c Nos parents et nos maîtres, disait-il, sont no ennemis naturels quand nous entrons dans 1 monde. » C'était un de ses aphorismes. On pens bien que ce ne fut pas à ses précepteurs qu'il em prurita ses croyances. Il citait souvent Helvétius ave grande admiration, et môme il m'obligea de lire I livre de l'Esprit ; mais jamais, à ma prière, il n consentit à le relire. Je suppose qu'il y avait pris entre autres opinions, celle de l'égalité des inlelli gonces humaines. Du moins il ne pouvait se per suader que ce qui lui semblait faux pût paraltn véritable à un autre. Il s'imaginait, et de très-bonm foi, je pense, qu'au fond chacun partageait se idées, mais qu'on tenait un autre langage par intérêt, par affectation, par mode ou par entêtement Il était fort impie, matérialiste outrageux, ou, pou: mieux dire, ennemi personnel de la Providence peut-être par suite de l'aphorisme que je rapportai

tout à rheure. Il niait Dieu, et, nonobstant, il lui en voulait comme à un maître. Jamais il n*a cru qu'un dévot fût sincère. Je pense que le long séjour qu'il avait fait en Italie n'avait pas peu contribué à donner à son esprit cette tournure irréligieuse et agressive qui se montre dans tous ses ouvrages, et qu'on lui a si vivement reprochée.

M. Sainte-Beuve, avec sa sagacité ordinaire, a signalé un des traits les plus frappants du caractère de Beyle : l'inquiétude d'être pris pour dupe ^i une constante préoccupation de se garantir de ce Malheur. De là, cet endurcissement factice, cette analyse désespérante des mobiles bas de toutes les ^<^ tiens généreuses, cette résistance au\ premiers 'Mouvements du cœur, beaucoup plus affectée que réelle chez lui, à ce qu'il me semble. L'aversion et ^^ mépris qu'il avait pour la fausse sensibilité le ^^^îsaient tomber souvent dans l'exagération con- ^ï'aire, au grand scandale de ceux qui, ne le connaissant pas intimement, prenaient à la lettre ce ^u'il disait de lui-même. Non-seulement il n'attachait aucune importance à rectifier les interprétations plus ou moins malveillantes qu'on donnait à ses paroles ou à ses écrits, mais encore il trouvait ua malin plaisir, de vanité, je pense, à passer aux

yeu\ des gens pour un monstre d'immoralité. Il a dit, dans je ne sais laquelle de ses préfaces : «Je n'écris que pour une vingtaine de personnes que je n'ai jamais vues, mais qui me comprennent, j'espère.. » Pour lui, il n'y avait dans le monde que deux espèces de gens : ceux avec qui il s'amusait, et ceux auprès desquels il s'ennuyait. Faire le moindre sacrifice, se donner la moindre peine pour se concilier l'estime ou l'affection des derniers, c'était s'exposer à des relations qui lui étaient insupportables. L'esprit indépendant, ou, si l'on veut, vagabond, de Bevie se refusait à toute contrainte. Tout ce qui gênait sa liberté lui était odieux, el je ne sais pas trop s'il faisait une distinction bien nette entre un ennuveux et un méchant homme. Sa euriosité constante de connaître tous les mystères du cœur humain l'attirait même parfois auprès des gens pour lesquels il avait peu d'estime. « Mais, disait-il, au moins avec eux il y a quelque chose à apprendre. » D'ailleurs, son esprit fier, loyal, incapable d'une bassesse, l'éloignait de pareille compagnie dès qu'il s'y ronconlrait quelque avantage autre qu'une satisfaction de curiosité.

Sesjugements sur les hommes et les choses étaient dictés le plus souvent par le souvenir de l'ennui ou

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du plaisir qu'il en avait éprouvé. Il ne pouvait endurer Tennui et partageait l'avis de ces docteurs en médecine qui autorisèrent le duc deLauraguais à poursuivre au criminel un ennuyeux pour tentative d'homicide. Il n'est sorte d'exagérations que sa mauvaise humeur ne lui suggérât contre les livres ou les gens qui avaient eu le malheur de le faire hâiller. Homme d'imagination et de premier mouvement, Beyie n'en avait pas moins de grandes prétentions à raisonner tout et à se conduire en tout selon les règles de la logique. Ce mol revenait souvent dans sa conversation, et ses amis se souviennent de l'emphase particulière qu'il mettait à le prononcer lentement, séparant les deux syllabes par une virgule : la lo, gique. C'était toujours la logique qui devait nous guider dans toutes nos actions; mais la sienne n'était pas celle de tout le monde, et l'on était parfois assez embarrassé pour deviner le fil de ses raisonnements. Je me souviens qu'un jour nous voulûmes faire ensemble un dranw^ont le héros, coupable d'un crime, avait des remords. fPourse délivrer d'un remords, queditlaLO-ciQUE?» Il réfléchit un instant : — t II faut fonder une école d'enseignement mutuel. » Notre drame en resta là. Il disait qu'à son Ciilrée dans la vie un homme

devait avoir toule prête sa provision de maximes ' pour les accidents qui se présentent le plus ordinairement. Une fois qu on les a adoptées, il ne faut plus les discuter; il suffit d'examiner rapidement si le cas particulier, au sujet duquel on est perplexe, peut se résoudre par* un des préceptes généraux qu'on a dans sa réserve. — Ne jamais pardonner un mensonge, — Saisir aux cheveux la première occasion de duel à son début dans le monde, — Ne jamais se repentir d'une sottise faite ou dite, voL\^ quelques-unes de ses maximes.

Bien qu'il n'ait jamais été très-hardi auprès Abs femmes, il prêchait la témérité aux jeunes gens - « On réussit, disait-il, une fois sur dix. Mettons un^ fois sur vingt; est-ce que la chance d'être heureux une fois ne vaut pas la peine de risquer dix-neuf affronts et même dix-neuf ridicules ? »

Il se moquait de moi en me voyant étudier le grec t\ vingt ans : « Vous êtes sur le champ de bataille, disait-il ; ce n'est plus le moment de polir votre fusil : il faut tirer. »

Après les maximes, venaient les recettes, qu'il offrait garanties. Je m'en rappelle quelques-unes. Une des grandes causes de nos tourments, c'est la mauvaise honte. Pour un jeune homme, c'est une

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atîaireque d'entrer dans un salon. Il s'imagine que tout le monde le regarde, et meurt de peurqu'il n y ait quelque choae dans sa tenue qui ne soit pas absolument irréprochable. Un de nos amis soulîrait plus que personne de cette timidité, et Beyle disait de lui que, lorsqu'il entrait dans le salon ie M™® Pasta, on croyait toujours qu'il avait cassé quelque porcelaine dans l'antichambre: « Je vous conseille ma recette d'autrefois, lui disait-il. Entrez avec l'attitude que le hasard vous a fait prendre sur Tescalier ; Convenable ou non, peu importe ; soyez comme la statue du Commandeur, et ne changez de maintien H\ie lorsque l'émotion de l'entrée aura complètement disparu. »

Voici sa recette pour le premier duel : < Pendant tju'on vous vise, regardez un arbre et appliquezvous à en compter les feuilles. Une préoccupation distrait d'une autre préoccupation plus grave. En ajustant votre adversaire, récitez deux vers latins, cela vous empochera de tirer trop vite et remédiera au cinq pour cent d'émotion qui a envoyé tant de balles vingt pieds plus haut qu'il ne fallait. »

« Si vous vous trouvez seul avec une femme, je vous donne cinq minutes pour vous préparer à l'elTort prodigieux de lui dire : Je vous aime. Dites-

VOUS : « Je suis un lâche si je n'ai pas dit cela avant cinq minutes. » N'importede quel air et dans quels termes vous ferez votre compliment. Suffitque la glace soit brisée et que vous soyez bien déterminé à vous mépriser vous-même si vous manquez è cœur. » ^1

Beyle, qui prêchait Vamour-goût^ était très-capable. damowr-/)a5.vfow. Il y avait une personne doni il ne pouvait prononcer le nom sans que sa voix s'altérât. En 1836, je le revis après une longae absence. Nous nous étions donné rendez-vous è une trentaine de lieues de Paris, et nous avioiii mille choses à nous dire. Nous devisâmes longtemps le soir, allant et revenant sur la promenade publique d'une petite ville, c'est-à-dire dans un des lieux les plus solitaires de la France. Là il me parla de ses amours avec une émotion profonde. C'est la seule fois que je l'aie vu pleurer. Une affection, qui datait de très-loin, n'était plus partagée. Sa maîtresse devenait raisonnable, etiuiétaitdemeuréfoucommc à vingt ans. « Gomment pouvez-vous m'aimer encore ? disait-elle. J'ai quarante-cinq ans. » — «Pour moi, me disait Beyle, elle a l'âge qu'elle avail lorsqu'elle s'est donnée à moi pour la première fois. ■ Il voyait dans un avenir prochain la rupture d'une

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liaison qu'il avait toujours chérie. Une pensée à laquelle il rapportait tout allait être effacée. Il me racontait les témérités d'autrefois de cette femme -ujourd'hui si prudente, et ses souvenirs le transl'Ortaient. Puis, avec l'esprit d'observation qui ne l'abandonnait jamais, il détaillait tous les petits symptômes, toutes les indications d'indifférence croissante qu'il avait dû remarquer. La lo-gique n'était pas oubliée. « Sa conduite, après tout, disait- ", estraisonnable. Elle aimait le whist, elle nel'ailûe plus ; tant pis pour moi si j'aime encore le whist. Elle est d'un pays où le ridicule est le plus grand de tous les malheurs. Aimer à son âge est ridicule. 1' y a dix-huitmois qu'elle risque ce malheur pour rooi. C'est pour moi dix-huit mois de bonheur que j'ai volés. » Nous discutâmes longuement sur la vérité de ces vers du Dante :

Nessun maggior dolore

Ghe ricordarsi del tempo felice NeUa miseria.

Il prétendait que Dante avait tort, et que les souvenirs du temps heureux sont partout et toujours du bonheur. Je me souviens que je défendais le

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poêle. Aujourd'hui il me semble que Beyle a raison.

11 avait eu un autre amour en Italie dont il • tait de parler. Cependant il me raconta lui-mé la fin tragique de cet amour. La dame avait mari fort jaloux, à ce qu'elle prétendait, eti l'obligeait à prendre de grandes précautions. 1 entrevues ne pouvaient être que rares et acco pagnées djj plus profond mystère. Pour déjouer t( les soupçons, Beyle se résigna à se cacher dans i) petite ville éloignée de dix lieues du séjour de belle. Lorsqu'on lui donnait un rendez-vous, partait incognito, changeait plusieurs fois de v

ture pour dérouter les espions dont il se croy entouré ; enfin, arrivant à la nuit close, bien en loppé dans un manteau couleur de muraille, il él introduit dans la maison de sa maltresse par i femme de chambre d'une discrétion éprouvée. T alla bien pendant quelque temps, jusqu'à ce ( la femme de chambre, querellée par sa maître ou gagnée par la générosité de Beyle, lui fit i révélation foudroyante : Monsieur n'était pas loux; madame, malgré la bonne foi des dai italiennes, qu'il opposait sans cesse à la coquette des nôtres , n'exigeait tant de mystère que p(

éviter que Beyle ne se rencontrât avec un rival, ou, îour mieux dire avec des rivaux, car il y en avait plusieurs, et la femme de chambre offrit d'en donner la preuve. Beyie accepta. Il vint à la ville un jour qu'il n'était pas attendu, et, caché parla femme de chambre dans un petit cabinet noir, il vit, des yeux de la téte^ par un trou ménagé dans la cloisoD, la trahison qu'on lui faisait à trois pieds de sa cachette.

« Vous croirez peut-être, ajoutait Beyle, que je sortis du caj)inet pour les poignarder? Nullement. Il me sembla que j'assistais à la scène la plus bouffonne, et mon unique préoccupation fut de ne pas éclater de rire pour ne pas gâter le mystère. Je sortis de mon cabinet noir aussi discrètement que j'y étais entré, ne pensant qu'au ridicule de l'aventure, en riant tout seul ; au demeurant plein de mépris pour la dame, et fort aise, après tout, d'avoir ainsi recouvré ma liberté. J'allai prendre une glace, et je rencontrai des gens de ma connaissance qui furent frappés de mon air gai, accompagné de quelïue distraction; ils me dirent que j'avais l'air d'un îomme qui vient d'avoir une bonne fortune. Tout m causant avec eux et prenant ma glace, il me renait des envies de rire irrésistibles, et les ma-

rionnetles que j'avais vues une heure avant da saient devant mes yeux. Rentré chez moi, je dorn comme à 1 ordinaire. Le lendemain matin, lavisi du cabinet noir avait cessé de m'apparaître se son aspect bouffon. Cela me sembla vilain, tri et sale. Chaque jour cette image devint de plus plus triste et odieuse, chaque jour ajoutait unn< veau poids à mon malheur. Pendant dix-huit n je demeurai comme abruti, incapable de tout 1 vail, hors d'état d'écrire, de parler et de pen Je me sentais oppressé d'un mal insupportai sans pouvoir me rendre compte nettement de ce j'éprouvais. Il n'y a pas de malheur plus gra car il ôte toute énergie. Depuis, un peu remis cette langueur accablante, j'éprouvais une ci site singulière à connaître toutes les infidé qu'on m'avait faites. Cela me faisait un mal affn mais pourtant j'avais un certain plaisir phys^ à me la représenter dans le cours de ses nomb SOS traliisons. Je me suis vengé, mais bétem ()ar du [)ersillage. Elle s'affligea de notre rup et me demanda pardon avec larmes. J'eus le i cule orgueil de la repousser avec dédain. Il semble encore la voir me suivre, s'attachant à : h ibit et se traînant à genoux le long d'une gn

a\erie. Je fus un sot de ne pas lui pardonner, car i«&xirément elle ne m*a jamais tant aimé que ce joar-là. »

La constante préoccupation de Beyle était l'étude des passions. Lorsque quelque provincial lui de- ' mandait quelle était sa profession, il répondait gravement: t Observateur du cœur humain.» [Un jour il fît celte réponse à un sot qui faillit en tomber à la renverse, s'imaginant que c'était un euphémisme pour dire espion de police.] Dans chaque anecdote pouvant servir à porter la lumière dans quelque coin du cœur, il retenait toujours ce qu'il appelait le traita c'est-à-dire le mot ou l'action qui révèle la passion. Se traînera genoux^ voilà pour lui le trait dans l'historiette que je viens de . raconter, et, selon son habitude de tirer des faits à lui particuliers des conclusions générales, ij tenait que eette façon de faire était l'expression même du remords et de l'amour passionné.

Pour terminer sur le sujet de l'amour, Beyle royait qu'il n'y avait de bonheur possible en ce aonde que pour un homme amoureux. « Tout se >eint en beau pour lui, disait-il. Je voudrais être moureux de mademoiselle Flore des Variétés, et 3 ne porterais pas envie à don Juan. »

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Âpres l'amour, la littérature avait la plus grande part dans les affections de Beyle. Il aimait à lire et écrivait sans cesse. Nulla dies sine linea^ me disait-il souvent, en me reprochant ma paresse. Quelques négligences qu'on remarque dans sesoavrages, ils n'en étaient pas moins longuement travaillés. Tous ses livres ont été copiés plusieurs fois avant d'être livrés à l'impression ; mais ses corrections ne portaient guère sur le style. Il écrivait toajours rapidement, changeant sa pensée et s'inquifetant fort peu de la forme. Il avait môme dumfe^ pris pour le style et prétendait qu'un auteur avai ^ atteint la perfection lorsqu'on se souvenait de se^ idées sans pouvoir se rappeler ses phrases. Pleim de haine pour la recherche et la prétention, il était impitoyable pour les écrivains qui s'appliquent à rapprocher des mots surpris de se trouver ensemble, à polir leurs périodes, adonner aux pensées les plus triviales un tour bizarre qui fasse effet. Nos grands prosateurs des xvii® et xviii® siècles étaient de sa part l'objet d'une admiration sincère et bien sentie. Il les relisait sans cesse, afin.de se préserver, disait-il, de la contagion du style à la mode de son temps.

Pour lui la poésie était lettre close. Souvent il

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lui arrivan d'estropier des vers français en les cilanl. Bien qu'il parlât Titalien purement et facilement, et qu'il sût assez bien l'anglais, il ne connaissait ni le mètre ni l'accentuation des vers anglais et italiens. Cependant il était sensible à certaines beautés de Shakspeare et du Dante, qui sont intimement unies à la forme du vers. Il a dit son dernier mot sur la poésie dans son livre de l Amour : « Les vers furent inventés pour aider la mémoire ; lesconserver dans l'art dramatique, reste de barbavie. I Racine lui déplaisait souverainement. Le grand reproche que nous adressions à Racine, vers 18i0, c'est qu'il manque absolument aux mœurs ou à ce que, dans notre jargon romantique, nous appelions alors la couleur locale. Shakspeare, que nous opposions toujours à Racine, a fait, en ce genre, des fautes cent fois plus grossières, que nous nous gardions bien de citer, c Mais, disait Beyle, Shakspeare a mieux connu le cœur humain. Il n'y a pas une passion, pas un sentiment qu'il n'ait peint avec une admirable vérité, avec ses nuances. La vie et l'individualité inimitable de tous ses personnages le mettent au-dessus de tous les auteurs dramatiques. — Et Molière, lui répondait-on,

quelle place lui donnerez-vous? — Molière est un

I6i POKTKAITS HlSTOHigthS KT LITTÉRAIRES

coquin, qui n*a pas voulu mettre sur la scène le Courtisan^ parce que Louis XIV ne le trouvait pas bon. »

Beyle a beaucoup écrit sur les beaux-arts, et a eu des idées h lui dans un temps où tout le monde acceptait sans examen les opinions les plus fausses, pourvu qu'elles fussent autorisées par un auteur célèbre. On pourrait dire qu'il a découvert Rossini et la musique italienne. Ses contemporains se rappelleront les assauts qu'il eut à soutenir pour défendre l'auteur du Barbier et de Sémiramis conlrft les habitués de l'Opéra-Gomique d'alors. Dans Ie& premières années de la Restauration, le souvenir de nos revers avait exaspéré l'orgueil national, et l'on faisait, de toute discussion, une question patriotique. Préférer une musique étrangère àlamusique française, c'était presque trahir le pays. De très-bonne heure, Beyle s'était mis au-dessus des préjugés vulgaires, et sur ce point il lui arriva peut-être quelquefois de dépasser le but. Aujourd'hui que la civilisation a fait tant de progrès, on a peine à se représenter le courage qu'il fallait avoir, on 1818, pour dire que tel opéra italien valait mieux que tel opéra français. Il faut se reporter aux grandes querelles du romantisme

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et du classicisme pour s'expliquer les précautions oratoires dont Beyie accompagne quelquesuns de ses jugements en matière d'art. Hardis et téméraires mémo lorsqu'il les publia, ils semblent, à présent, des vérités de M. de la Palisse, des truisms, selon l'expression favorite de leur auteur. Sans être musicien, Bcyle avait un sentiment très-vif de la mélodie, cultivé et perfectionné par une certaine érudition qu'il devait à ses voyages en Italie et en Allemagne. Il me semble qu'il aimait et recherchait surtout, dans la musique, les effets dramatiques, ou plutôt qu'en analysant ses impressions personnelles, il les expliquait par la langue dramatique, la seule qu'il connût ou qu'il crût intelligible à ses lecteurs.

Il en était de même pour les arts du dessin. Admirateur passionné des grands maîtres des écoles romairie, florentine et lombarde, il leur a prêté souvent des intentions dramatiques qui, à mon avis, leur furent étrangères. Lorsqu'il découvre, dans une Vierge de Raphaël ou du Corrége, son maître de prédilection, une foule dépassions ou de nuances de passions que la peinture ne saurait exprimer, on se demande s'il a compris les intentions et le but de ces grands maîtres. Mais il raconte à sa

manière les émolions qu'il a ressenties devant le ouvrages ; il décrit TefTet, dans l'impuissance d expliquer la cause. Probablement, s'il avait ess<' d'écrire à différenles reprises ses impressions ( vaut un même tableau, il aurait été surpris li môme de leur variété. Comme tous les critiqui Beyle luttait contre une difficulté probablement soluble. Notre langue, ni aucune autre que sache, ne peut décrire avec exactitude les qualii d'une œuvre d'art. Elle est assez riche pour disti jçuer les couleurs ; mais, entre deux nuances q ont un nom, combien yen a-t-il, appréciables a yeux, qu'il est absolument impossible de détem ner par des mots I La pauvreté des langues dévie encore bien plus sensible lorsqu'il s'agit de form( non plus de couleurs. Un œil médiocrement exei reconnaît facilement un contour vicieux. Quicc que examine la statuette de la Vernis de Milo i duite par le procédé Collas, reconnaît aussitôt q le nez n'est point antique. Pourtant la différer entre ce nez rapporté et le nez du statuaire grec peut consister qu'en une fraction de millimètre: quels mots pourront caractériser cette forme, de la beauté dépend d'une fraction de millimètre plus.ou en moins ? Ce qui se sent avec tant de fa

lité, on ne peut l'exprimer arec du noir sur du blanc^ comme disait Beyle. De celte impossibilité d'être exact est venu le besoin de chercher des termes de comparaison, qui ne sont guère propres à porter (juelque clarté dans une question si obscure. Le côté dramatique dans les arts est ce que nous comprenons le mieux, nous autres Français, et c'est probablement pour ce motif que Beyle explique ia beauté par la passion. Malgré sa prétention à être cosmopolite, il était parfaitement Français d'esprit :omme de cœur.

il m'a paru beaucoup moins sensible à la sculpture qu'à la peinture. Les statues antiques lui semblaient trop dépourvues de passion, et il leur reprochait de donner l'idée de belles personnes sans esprit. Son sculpteur favori était Canova, dont il admirait la grâce, tout en avouant qu'il était un peu maniéré. Je crois qu'il vantait Michel-Ange plus qu'il ne l'aimait au fond. Lorsqu'il me mena voir le Moïse du tombeau de Jules II, il ne trouva d'autre éloge à m'en faire, sinon qu'on ne pouvait mieux rendre l'expression d'inflexible férocité.

Beyle faisait peu de cas des coloristes. Nous avions le grandes discussions à ce sujet. Il méprisait profondémenl Rubens et son école, il reprochait aux

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Flamands et môme aux Vénitiens la trivialité des formes et la bassesse de Texpression. Le Corrége, selon Bcyle, avait réuni, au suprême degré, le mérite de la forme et l'art de la perspective aérienne. Pour lui, c'était le peintre le plus gracieux, et Michel-Ange le plus poétiquement terrible.

Il s'était fort pou occupé de l'architecture- et n'avait considéré les monuments que sous leur asj)ect pittoresque, sans s'embarrassers'ils convenaient à leur destination. Il avait horreur de tout ce qui était laid et triste, et il trouvait ces deux défauts dans notre architecture nationale. Je crois lui avoir appris à distinguer une église romaine d'une église gothique, et, qui plus est, à regarder l'une et l'autre; mais il les enveloppait toutes deuxdanslemême analhème. — Nos églises sombres et lugubres avaient été inventées, disait-il, par des moines fripons qui voulaient s'enrichir en faisant peur aux gens timides. L'architecture italienne de la Renaissance lui plaisait par son élégance et sa coquetterie. An reste, il ne s'attachait qu'à ses détails gracieux et nullement à ses dispositions générales. En dépit de la lO'fjiqne^ ce n'était pas sa raison qui jugeait, mais son imagiiialion.

Beyle avait été officier qnehiues mois, et, comme

xuditeur, il avait fait plusieurs campagnes, entre autres celle de Russie, en 1812, avec le quartier général de Tempereur. Nous aimions à l'entendre parler des campagnes qu'il avait faites avec lui. Ses récits ne ressemblaient en rien aux relations officielles. On en jugera. Naturellement brave, il avait observé la guerre avec curiosité et froidement. Sans être insensible aux grandes et poétiques scènes qu'il avait vues, c'était surtout par ses côtés bizarres et grotesques qu'il se plaisait à la montrer. D'ailleurs, il avait en horreur les exagérations de vanité nationale, et, par esprit de contradiction, il se jetait souvent dans l'excès contraire. De môme que Courier, il se moquait impitoyablement de ce qu'on a depuis appelé le chauvinisme^ sentiment qui, après tout, a son bon côté, car il fait qu'un -conscrit se bat comme un vieux soldat.

11 niait de parti pris toutes les harangues, tous les mots sublimes dits sur les champs de bataille, t Savez-vous ce que c'est que l'éloquence militaire? nous disait-il. En voici un exemple : dans une affaire fort chaude, un de nos plus braves généraux (ie cavalerie * haranguait en ces termes ses soldats

^' Mural.

18S PUKTHAirS HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES

près de se débander : c En avant, s... f J'ai le c. » rond comme une pomme t J'ai le c. rond comme » une pomme! » Ce qu'il y a de drôle, c'est que, dans le moment du danger, cela paraissait une harangue comme une autre, qu'on fit volte-face et qu'on repoussa l'ennemi. Croyez que César et Alexandre, en pareille occasion, parlaient à leurs soldats d'une façon non moins sublime. »

Autre exemple d'éloquence martiale : t Partis de Moscou, nous nous perdîmes le troisième jour de la retraite, et nous nous trouvâmes, à la nuit tombante, au nombre d'environ quinze cents hommes, séparés du gros de l'armée par une forte division russe. On passa une partie delà nuit à se lamenter. Puis les gens énergiques haranguèrent les poltrons et firent si bien qu'on résolut de s'ouvrir un chemin l'épée à la main dès que le jour permettrait de distinguer l'ennemi. Ne croyez pas qu'on dît alors : « Braves soldats, » etc. Non. « Tas de canailles, » vous serez tous morts demain, car vous êtes trop ï j... pour prendre un fusil etvous en servir. »Cette allocution héroïque ayant produit son efl'et, à la petite pointe du jour, nous marchâmes résolument aux Russes, dont nous voyions encore briller les feux de bivac. Nous arrivons la baïonnette baissée

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sans être découverts, et nous trouvons un chien tout seul. Les Russes étaient partis dans la nuit, i

Pendant la retraite, il disait qu'il n'avait pas trop souiïert de la faim; mais il lui était absolument impossible de se rappeler comment il avait mangé ni ce qu'il avait mangé, si ce n'est un morceau de suif, qu'il avait payé vingt francs, et dont il se souvenait encore avec délices.

En sortant de Moscou il avait emporté le volume des Facéties de Voltaire, relié en maroquin rouge, qu'il avait pris dans un palais en feu. Ses camarades le blâmèrent lorsqu'il en lisait le soirquelques pages à la lueur d'un feu de bivac. On trouvait l'action légère. Dé|)arciller une magnifique éditron! Lui-même en éprouvait une espèce de remords, el, au'bout* de quelques jours, il laissa le volume sur la neige.

Il fut du petit nombre de ceux qui, au milieu de

toutes les misères que notre armée eut à souffrir

dans la désastreuse retraite de Moscou, conservèrent

toujours leur énergie morale, le respect des autres

e^'eux-mêmes. Un jour, aux environs de la Béré-

«^na, Beyle se présenta devant son chef, M. Daru,

^'"ïséet habillé avec quelque recherche. M. Daru

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lui dit : t Vous avez fait votre barbe, monsieur? Vous êtes un homme de cœur. »

M. Bergonié, auditeur au conseil d*État et attaché au quartier général, m*a raconté qu'il devait la vie à Beyle, qui, prévoyant rencombrement des ponts au passage de la Bérésina. Tobligea de passer sur Tautre rive le soir qui précéda la déroute. Il fallut presque employer la force pour décider M. Bergonié à faire quelques centaines de pas. Il faisait le plus grand éloge du sang-froid de Beyle et du bon sens qui ne l'abandonna jamais au moment où les plus résolus perdaient la tête. Beyle était homme de ressources dans les circonstances graves; il disait modestement qu'il devait cet avantage à sa provision de maximes toutes faites, au moyen desquelles il se trouvait prêt pour agir lorsque les autres perdaient leur temps à délibérer. %

De même que beaucoup de gens de son âge, Beyle me paraissait juger ses contemporains avec beaucoup de sévérité, et notre génération avec un peu d'indulgence. Il admirait le goût pour l'étude et la curiosité de connaître le fond des choses qui distinguaient les jeunes gens de vingt ans, lorsqu'il en avait quarante. 11 se moquait un peu de notre gra — vite et de notre pédanterie, mais disait que nou^

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n'étions pas des dupes, comme on l'était de son

temps. Selon son habitude de se montrer pire qu'il n'était, il affectait de mépriser l'enthousiasme qui a fait faire de si grandes choses aux hommes de son époque. « Nous avions le feu sacré, disait-il ; et moi aussi, quoique indigne. On m'avait envoyé à Brunswick pour lever une contribution extraordinaire de cinq millions. J'en ai fait payer sept, et j'ai manqué d'être assommé par la canaille qui s'insurgea, exaspérée par l'e^ccès de mon zèle. Mais l'empereur demanda quel était l'auditeur qui avait fait cela, et dit : « C'est bien. »

Il était difticilede savoir quels étaient ses sentiments à l'égard de Napoléon. Presque toujours il était de l'opinion contraire à celle qu'on mettait en avant. Tour à tour frondeur ou enthousiaste, quelquefois il en parlait comme d'un parvenu ébloui par les oripeaux, manquant sans cesse aux règles de la lo-gique; d'autres fois c'était une admiration presque idolâtre. Tour à tour il était frondeur comme Courier et servile comme Las Cases. Les hommes de 'Empire étaient traités aussi diversement que leur ^*iltre, mais il convenait de la fascination exercée /^^V l'empereur sur tout ce qui l'approchait. Il avait ^^rumencé une histoire de Napoléon qui s'est retrou-

rj2 rOKTHAlTS UISTOHIQUES £T LITTÉRAIRES

vée dans ses papiers. On en peut voir un fragment écrit avec verve dans ses voyages en France : c'est l'arrivée de Tempereur à Grenoble en 1815. Si j'en juge par les récits de Beyie, il me semble que vers répoque de sa jeunesse î1 y avait moins d'égoîsme qu'aujourd'hui, et que les affectations à la mode étaient d'un genre plus noble. Ainsi BeyIe, bien qu'aimant la bonne chère, se gardait bien d'en convenir. Il trouvait même du temps perdu celui qu'on passe à manger, et souhaitait qu'en avalant une pilule le matin on fût quitte de la faim pour toute la journée. Aujourd'hui on est gourmand, et Ton s'en vante. Du temps de Beyle, un homme prétendait, avant tout, à l'énergie et au courage. Gomment faire campagne si on est gastronome?

Beyle aimait /es réunions intimes et peu nombreuses. Dans un petit cercle, entouré d'amis ou de gens contre lesquels il n'avait pas de préventions, il s'abandonnait avec bonheur à toute la gaieté de son caractère. Il ne cherchait nullement à briller, seulement à s'amuser et à amuser les autres; t car, « disait-il, il faut payer son entrée. » Toujours en verve, il était parfois un peu fou, voire même inconvenant; mais il faisait rire, et il était impossible à la pruderie de garder son sérieux. La pré-

sence d'un ennuyeux ou d'un esprit malveillant le glaçait et le mettait promptement en fuite. Jamais il n'eut l'art de savoir s'ennuyer. Il disait que la vie est courte et que le temps perdu h bâiller ne se retrouve plus. Il admirait beaucoup ce mot de M. de M... t que le mauvais goût mène au crime. » La bonne foi était un des traits du caractère de Beyle. Personne n'était plus loyal ni d'un commerce plus sûr. Je n'ai jamais connu d'homme de lettres plus franc dans ses critiques ni qui reçût plus galamment celles de ses amis. 11 aimait à communiquer ses manuscrits et demandait qu'on les annotât sévèrement. Quelque dures, quelque injustes même que fussent les observations, jamais il ne s'en fâchait. Une de ses maximes était que quiconque fait le métier de mettre du noir sur du blanc ne doit ni s'étonner ni s'offenser lorsqu'on lui dit qu'il est une bêle. Cetle maxime, il la pratiquait à lalettre, et, de sa part,ce n'était pas indifférence réelle ni affectée. Les critiques le préoccupaient beaucoup; il les discutait vivement, mais sans aigreur, et comme s'il se fût agi des ouvrages d'un auteur mort depuis plusieurs siècles.

Il avait pris l'habitude bizarre de s'entourer de niystère dans les actions les plus indifférentes, afin

de dérouler la police, qu'il croyait probablement assez simple pour s'occuper des bavardages de salons. Jamais il n'écrivait une lettre sans la signer d'un nom supposé César Dombet, Colonet, etc. ; il la datait à! Abeille au lieu de Civita-Vecchia^ etsouvent les commençait par une telle phrase ; « J'ai * 1 reçu vos soies grèges, et les ai emmagasinées en » attendant leur embarquement. » Les notes qu'il prenait sans cesse étaient des espèces d'énigmes dont il était souvent lui-même hors d'état de deviner le sens quand elles remontaient à quelques jours.

Il ne craignait pas la mort, mais il n'aimait pas à en parler, la tenant pour une chose sale et vilaine plutôt que terrible. Il a eu celle qu'il désirait, celle que César avait souhaitée : Repentinam inopi-

natamque.

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