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En même temps, Suger profitait de la double puissance dont il était investi pour opérer» dans diverses «rogrég*» lion», les réformes qu'il avait introduites et maintenue» dans l'abbaye de Saint-Denis. La réforme du chapitre de Sainte-Geneviève exigea une fermeté et une persévérant* qui révélèrent toute la profondeur du mal. Un jour, «n présence du pape Eugène II) et de Louis le Jeune, des religieux de ee chapitre s'étaient oubliés au point d'arracher aux gens du pape un riehe tapis sur lequel il avait marché pendant foffiee, et qui, d'après l'usage, devait leur revenir. Le roi s'étant approché pour faire cesser le scandale, les chanoines de Sainte -Geneviève le frappèrent comme les autres '* « Saint-Père, s'écria le roi, à qui porterai-je plainte des outrages que j'ai reçus, et qui me rendra justice? Je recourt à vous ; punissez-les et vengez-moi. » La punition fut lente à venir* car, plusieurs années après, la réforme n'était pas encore opérée. Il était réservé à Suger de déjouer les intri* gués par lesquelles les chanoines de Sainte-Geneviève traversèrent les desseins du roi, du pape et de saint Bernard lui-même, que le luxe et les habitudes mondaines de cette congrégation indignaient. On impesa aux chanoines, malgré

4 Bum, Hait aUot, validis ictibus (rffecerunt. (Fie dp uùtà 0tf»i~ kntme <fcc Paraclet, dans dont Bouquet, cité par M. Combe*, p, 1 94.)

la résistance désespérée qu'ils avaient faite à cette mesure, un supérieur, l'abbé Odon, choisi dans le couvent de Saint- Victor* Malheureusement, les abus reparurent à la mort de Suger, et l'abbé Odon, mal soutenu contre l'opposition dont il était l'objet, se retira deux ans après, impuissant et dé* courage. La réforme non moins urgente du chapitre de SaintrGornille, à Compiègne, dont Philippe, frère du roi , était trésorier, rencontra aussi chez les intéressés et dans la reine mère elle-même une opposition formidable. Fort d'une bulle du pape, Suger remplaça les chanoines par dea moines* et nomma un nouvel abbé. A cette nouvelle , les chanoines, Philippe en tète, lèvent une petite année de clercs et de laïques, se rendent à Noyon, dont l'évèque leur était hostile, l'insultent et pillent son abbaye, ses reliques et son trésor. Indignés de ces violences sacrilèges, les bourgeois de Compiègne intervinrent, et, grâce à eux, les chanoines révoltés furent mis à la raison. Par égard pour son rang, le frère du roi fut épargné, mais la réforme eut son cours. C'était une victoire éclatante. En l'annonçant au pape, Suger dit dans le style figuré du temps : « Le fort de l'iniquité a été détruit; à sa place s'élève celui de la piété. Dans les lieux que de véritables dragons habitaient, on verra dorénavant croître un vert gazon. »

Chef d'une armée de cent mille hommes, qui s'était gros* aie, en traversant l'Empire et la Hongrie, d'un nombre à peu près égal de croisés, Louis VII, il l'avait plusieurs fois écrit à Suger, croyait marcher à une victoire certaine. La longueur de la route, les divisions, les jalousies, la multitude des gens inutiles, des pèlerins et des femmes qui suivaient l'armée, enfin des fautes et des malheurs de toute sorte qu'on aurait dû prévoir, vinrent bientôt renverser

toutes les espérances, abattre tous les courages. Il faut lire dans les chroniqueurs du temps la série des revers qui assaillirent la seconde croisade, et comment se fondit cette armée qui se croyait trop puissante pour la tâche qu'elle avait entreprise. Toujours ferme dans ses desseins et dévoué à sa mission, malgré les défaillances et les perfidies dont il était environné, Louis le Jeune poursuivait Suger de demandes d'argent , dans l'espoir de combler, par des sacrifices nouveaux, les vides que la mort et la désertion faisaient autour de lui. «Votre prudence, lui écrivait-il le 4 octobre 1147, sait assez combien l'argent nous est nécessaire pour nos usages journaliers; aussi vous en demanderonsnous avec toute l'instance de nos plus ardentes prières, et vous supplions-nous, par notre foi, par l'affection que vous avez pour nous, d'en amasser par tous les moyens qui vous seront possibles, et de nous l'envoyer aussitôt avec la .plus grande diligence. » Pour comble de malheur, la reine désespérait Louis VII par ses scandales, et celui-ci, ulcéré de la perfidie d'Aliénor, informait Suger qu'il la répudierait dès qu'il serait de retour en France.

Le régent envoyait au roi tout l'argent qu'il pouvait lever sur le royaume ; mais en même temps il le pressait de la manière la plus forte et avec les instances les plus vives de revenir en France. « A quoi pensez-vous, seigneur, lui écrivait-il, de laisser ainsi les brebis qui vous sont confiées à la merci des loups? Comment pouvez-vous vous dissimuler le péril dont les ravisseurs qui vous ont devancé menacent vos États?» Suger assurait ensuite le roi, avec un juste orgueil, qu'il trouverait ses manoirs et ses palais en bon état. « J'étais déjà vieux, ajoutait-il avec tristesse; les soucis dont j'ai accepté le fardeau pour obéir aux ordres de Dieu m'ont vieilli bien plus encore. Quant à la reine votre épouse, vous devez, si les choses sont telles que vous le croyez, cacher à tout le monde les ressentiments de votre cœur, jusqu'à ce

que, de retour dans votre royaume par la protection divine, vous puissiez prendre une détermination , tant sur cette affaire que sur les autres. »

Les périls dont Suger avait parlé au roi n'étaient pas imaginaires. Au nombre des seigneurs qui s'étaient empressés de revenir en France, dès qu'ils avaient vu les chances de • la guerre tourner contre les. chrétiens, figurait Robert de Dreux, l'un des frères du roi, qui l'avait accompagné en Palestine. Héritier présumé de la couronne, ses deux autres frères étant entrés dans les ordres sacrés et le roi n'ayant pas d'enfant mâle; craignant, d'un autre côté, les effets du nouveau mariage que Louis le Jeune semblait déjà préméditer, Robert de Dreux ne songeait à rien moins qu'à le détrôner. Naturellement, de nombreux mécontents se groupèrent autour de lui, les ufts par ambition, les autres, la majorité, comme le dit un chroniqueur contemporain, par mobilité pure et amour du changement1. On reprochait d'ailleurs à Suger d'écraser le peuple d'impôts pour fournir aux dépenses de la croisade, et, sous ce rapport, il parait certain que l'expédition du roi dans la terre sainte avait provoqué les plaintes les plus vives '. Suger ne se prêtant pas, on l'a vu plus haut, à toutes les exigences des membres du clergé, ceux-qi prodiguèrent à Robert les plus basses adulations. Ils disaient notamment que Suger distribuait tous les bénéfices ecclésiastiques à d'indignes favoris. Saint Bernard lui-même , auprès duquel il avait cru devoir se dis-

1 Vie de Suger, par le moine Guillaume. «Populareo qui ad nota facile concitantur. »

* Raoul de Dieeto, chroniqueur anglais du douzième siècle : « Begia iter multis imprecationitras omncs persequebantur. »

îtû PORTRAITS HISTORIQUES.

culper à ce sujet, lui avait répondu qu'on reconnaissait un homme juste au soin qu'il prenait de fuir la société des impies. On peut conclure de là que Suger recherchait et récompensait avant tout les dévouements absolus à l'auto rite royale, et se préoccupait moins d*autres qualités qui paraissaient indispensables à saint Bernard.

Enfin, quelques grands vassaux, bassement jaloux de l'élévation de Suger, lui reprochaient jusqu'à son humble naissance (obscuritatem generis), et, soit sottise > soit par un vil sentiment de rivalité, blâmaient sa sévérité, la vigueur de son commandement, et jusqu'à l'éclat impérieux de son regard auquel rien ne résistait1. Il n'en fallait pas tant pour que Robert de Dreux fût assuré de rencontrer de nombreux complices. Le danger était donc grave et imminent. Déjà le peuple accompagnait Robert de Dreux de ses acclamations, en lui souhaitant une longue Yie et l'empire2. Averti du péril, surveillant les trames coupables, tenant en quelque sorte dans ses mains les fils de la conspiration, Suger enjoignit d'abord au chancelier Cadurce, qui en était un des membres les plus redoutables, de se rendre auprès de lui pour aller ensemble au-devant du roi, dont on annonçait le retour, En même temps, il convoqua à Soissons une assemblée générale des grands et des évêques du royaume, auxquels il dévoila le plan de Robert de Dreux. Bien plus, il les obligea de le désavouer en face, afin de les maintenir ainsi dans le devoir. Tant de hardiesse unie à tant d'énergie eut un plein succès. Robert, les grands vassaux et le peuple restèrent soumis. A la même époque, le pape Eugène 1H, que Suger avait instruit des projets qui se pré-

* «... Et qood erat constant!», feritati deputabant. » Vie de Suger, par Guillaume le moine, citée par M. Combes, p. 201.

1 « ...Eique. imprecantur vitam lougsvàm cuœ imperlo. » Ibid., p. 207.

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paraient dan* l'ombre, écrivit aux prélats français qu'il avait promis au roi de mettre son royaume sous la protection de l'Église- U les engageait donc fortement à seconder Suger de tous leurs efforts, menaçant d'excommunier tous ceux qui oseraient troubler là paix du royaume* Grâce à ce concours, toute crainte de danger disparut, et Suger n'eut pas môme à. sévir contre les coupables. Ainsi, reconnaissant des services que i*oui* le Jeune avait ambitionné de Fendre 4 l'Église, en dirigeant lui-même la seconde croisade, Eugène HI contribua, avec Suger, à épargner à la monarchie française une crise de laquelle, faible et entourée d'enne*. mis puissant^ comme elle Tétait encore alors, elle serait peuV4tre sortie difficilement.

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