‹ Portraits historiquesChapitre 15 sur 26 · IV · texte numérisé non relu

IV

Même an fond de leur exil , les frères Paris avaient coiv servé, dans la capitale, quelques amis reconnaissants et dévoués. Un poète célèbre, Crébillon, dédia sa tragédie de Pfrrhm à l'aîné des quatre frères, Antoine Paris, au mo* ment même où les esprits étaient particulièrement excités contre eux. Deux ans après» le secrétaire d'État Le Blanc étant mort, le gouvernement se relâcha de la rigueur qui avait succédé à la faveur extrême dont ils avaient joui de-

1 Histoire de messieurs Paris, p. 1 17 et suiv. —Cette histoire s?arréte malheureusement au procès de Paris-Duverney. C'est un guide, partial peut-être, mais bien renseigné, qui va nous faire défaut.

puis la chute du Système jusqu'à celle du duc de Bourbon* Ils obtinrent la permission de revenir à Paris. Peu à peu ils participèrent de nouveau aux affaires de finances, principalement aux fournitures des armées. Vers 1741, Voltaire, à qui ils avaient déjà fait obtenir une pension sur la cassette de la reine, fut intéressé par eux dans la fourniture des vivres de l'armée d'Italie, et commença de la sorte l'immense fortune qu'il amassa par la suite '. « Voltaire, dit à ce sujet son dernier éditeur, raconte lui-même dans son Commentaire historique qu'il s'associa pour une opération de finances et qu'il fut heureux. Les frères Paris lui avaient accordé un intérêt dans la fourniture des vivres d'Italie, en 1734 ; pour solde de cet intérêt, il reçut 600,000 francs qu'il plaça à Cadix sur des armatures et cargaisons, et qui lui rapportèrent 32 à 33 pour cent. » Un état authentique des revenus de Voltaire, en 1749, constate en outre qu'il toucha, cette année, la somme de 17,000 livres sur les vivres de l'armée de Flandre dont les frères Paris étaient, depuis longtemps, les inévitables fournisseurs. Sous l'influence de cette abondante rosée aux effets de laquelle on sait qu'il fut, toute sa vie, particulièrement sensible, Voltaire fit, en 1748, dans son Panégyrique de Louis XV, l'éloge suivant de Paris-Duverney : « Il s'est trouvé un homme qui a soutenu le crédit de la nation par le sien ; crédit fondé à la fois sur l'industrie et la probité. C'était un des prodiges de notre siècle ; et ce prodige ne nous frappait peut-être pas assez; nous y étions accoutumés. Nos camps, devant tant de places assiégées, ont été semblables à des villes policées où régnent l'ordre, Taffhrence et la richesse. Ceux qui ont fait ainsi subsister nos armées étaient des hommes dignes de seconder ceux qui nous ont fait vaincre. » L'éloge est pompeux, magnifique; et Ton peut bien

1 Œuvres, édition Delangle,t. LXXVI, p. 293, note.

supposer, sans faire injure à Voltaire , que sa participation aux bénéfices des fournitures de l'armée de Flandre en fut la récompense. A la vérité, dix ans après, le 5 janvier 1759, à propos d'une autre guerre où les fournisseurs des vivres ne crurent pas sans (Joute devoir l'associer à leurs opérations, Voltaire écrivait au président de Brosses : « Les peuples seront-ils encore longtemps ruinés pour aller se faire bafouer, abhorrer et égorger en Germanie, et pour enrichir Marquet et compagnie,

« Et Parts, et fratres, et qui rapuere sub illis f ? »

Lorsque le cardinal Fleury, qui n'avait jamais dû oublier leur ligue avec le duc de Bourbon, fut mort à son tour, les frères Paris se trouvèrent encore une fois maîtres du terrain et presque aussi influents que jamais. « On sait que les Paris ne sont pas gens indifférents, écrivait, en 1743, Mm* de Tencin au duc de Richelieu ; ils ont beaucoup d'amis, tous les souterrains possibles et beaucoup d'argent à y répandre. Voyez , après cela , s'ils peuvent vous faire du bien ou du mal. » Richelieu, on en verra la preuve tout à l'heure, ne négligea pas cet avis. On a prétendu, en outre, que Paris- Duverney ayant prévu la faveur de la duchesse de Châteauroux, était devenu de ses amis, et que c'était chez lui, à Plaisance, maison de campagne qu'il avait auprès de Vincenries, que la favorite s'était trouvée pour la première fois avec Louis XV. Mais aucun document contemporain un peu digne de foi n'établit, je dois le dire, cette complicité 2. Un

1 Ménage et finances de Voltaire, par M. Louis Nicolardot, p. 42.

1 On trouve ces assertions dans un ouvrage intitulé : Correspondance inédite de A/me de Châleauroux avec le duc de Richelieu^ le maréchal de Bel le- 1 s le, MM, Duverney, de Chavigni, etc., par Mme Gacon- Dufour; 2 vol. in-12, Paris, 1S06. — Rien ne saurait dire le désap-

550 l>ORTRÀlt$ HtSÎQRlQtiÊS.

an après la prise de possession du pouvoir par rimpérieuga marquise de Pompadour, en décembre 1745, les frères Paris eurent, avec le contrôleur général Orry qu'elle détestait, un démêlé dont l'issue lui fut funeste. Fort de ses intentions, Orry ne voulut pas céder. « M. Orry, contrôleur général depuis quatorze ans, dit à ce sujet l'avocat Barbier, a eu une querelle avec les frères Paris, qui ont la conduite des vivres de Flandre et d'Allemagne, gens puissants. Paris de Monmartel est garde du trésor et fait l.a banque générale du royaume pour toutes les correspondances des pays étrangers. Cette dispute avec Paris-Duverney était au sujet d'un supplément que celui-ci demandait sur le marché des entrepreneurs des vivres qui perdaient, disaiton, c'est-à-dire qui ne gagnaient pas autant qu'ils auraient voulu ' . > Quand le contrôleur général Orry eut fait place à Machault d'Arnouville, Paris-Duverney inspira , suivant toutes les apparences , à celui-ci l'idée de cette caisse d'amortissement qu'il avait vainement essayé de faire adopter en 1725. Malheureusement, des obstacles non moins grands traversèrent encore une fois ce projet. Plusieurs années après, Paris- Duverney était, s'il faut en croire M™ du Hausse!, fort souvent consulté par la marquise de Pompadour. « M, Duver> ney, dit Muie du Hausset, était l'homme de confiance de

pointement que Ton prouve lorsque, croyant avoir mis la main sur des documents authentiques et inUmea, oq s'aperçoit, après une lecture de quelques pages, qu'on a été la dupe d'un faussaire. C'est l'impression que produit la Correspondance inédite de Mm* de Càâteauroux. Il n'est pas impossible que Mme Gacon-Dufour ait tu une ou deux lettres de cette favorite. Là-dessus, elle a imaginé tout un roman par lettres, qu'elle donne audacieusement au public comme vraies. Ces supercheries, que rien ne peut excuser,, ne sauraient, il me semble, tant pour la considération des personnages ainsi mis en scène, que dans l'intérêt de l'histoire, être blâmées trop sévèrement. 1 Journal de Barbier, etc., t. II, p. 472,

Madame (de Pompadour) pour ce qui concernait la guerre à laquelle on dit qu'il s'entendait fort bien, quoique n'étant pas militaire. Le vieux maréchal de Noailles l'appelait avec mépris le géfiétal des farines, et le iriaréchal de Saxe dit un jour à Madame que Duverney en savait plus que ce vieux général. Duverney vint un jour chez Madame où se trouvaient le roi, le ministre de la guélre et deux maréchaux, et il donna un plan de campagne qui fut généralement applaudi. Ce fut lui qui fit nommer M. de Richelieu pour commander l'armée à la place du maréchal d'Estrées l.»

On a vu en quels termes M"1* de Tencin informait, en 1743, le duc de Richelieu du crédit des frères Paris, qui avaient, disait -elle, « tous les souterrains possibles et beaucoup d'argent à y répandre. » Le duc de Richelieu, qui ne dédaignait pas les honneurs et encore moins l'argent, s'empressa probablement de profiter de cet avis. Une correspondance précieuse nous le montre, en 1756, en commerce réglé avec Paris-Duverney, et l'on peut inférer des termes mêmes de leurs lettres que cette liaison datait de loin *. Au moment où commence leur correspondance, le maréchal de Richelieu est â Toulon , où il va s'embarquer pour prendre le commandement de l'expédition de Minorque. Le maréchal, qui appelle Joseph Paris « son cher Duverney, » lui écrivit avant de mettre à la voile : «... Je n'ai pas voulu partir sans vous dire un petit adieu et que

1 Mémoires de M mo du Haussât, cités par M. de Loménie,~dans un de ses intéressants articles sur Beaumarchais, sa vie et son temps* (Revue des Deux-Mondes, 15 octobre 1851.)

* Correspondance particulière et historique du maréchal duc de Richelieu, en 1756, 175T et 17 58 , avec M '. Paris-Duverney , conseiller et État; Paris, 1 7&9; 2 vol. in-Ô°. — Cette correspondance, qui a tous les caractères d'authenticité désirables, a été publiée par le général Grimoard.

Micaud (c'était un neveu de Paris-Duverney) était destiné pour être major de notre tranchée, quand nous l'ouvrirons. Tout ce qui vous appartient m'est recommandable, et je saisirai toujours avec joie toutes les occasions de vous prouver ma tendre amitié. De Lille (un munitionnaire) a fait des merveilles : on ne saurait en être plus content. Je n'en étais pas en peine, .venant de votre main. »

De son côté, Paris-Duverney écrivait au maréchal en apprenant la prise d'un fort qui devait déterminer la reddition de l'île : « Si mon premier mouvement de joie a été pour la nation , le second a été pour vous. C'est le moment le plus glorieux de votre vie, et je vous suis trop attaché pour n'y pas prendre part. Recevez ce compliment avec cette bonté dont vous m'avez donné tant de marques et revenez promptement recueillir dans la capitale le fruit d'un exploit où vous vous êtes conduit en bon citoyen et en grand général. »

L'année suivante, la France, en guerre avec la Prusse, avait sur le Rhin une armée que le maréchal d'Estrées commandait en chef. C'est en ce moment que le crédit de Paris- Duverney dut être, s'il faut en croire Mme du Hausset, particulièrement utile au duc de Richelieu. Appelé, grâce à une intrigue, à remplacer le maréchal d'Estrées, il partit au moment où celui-ci venait de remporter la victoire d'Hastemberg. La première lettre que le duc de Richelieu écrivit à Paris-Duverney, respire , en même temps qu'un extrême contentement, la plus vive reconnaissance et la confiance la plus grande dans les lumières de ce dernier. « Ma fortune est au comble, écrit le duc au financier, et je ne crois pas avoir à rougir de ma réputation. Ce n'est donc que l'amour du bien public et la gloire qui peut me faire marcher ; mais je croirais rrC égarer si je ne vous avais pour compagnon et pour guide. » Dans les lettres qui suivirent, ce fut, du moins pendant quelque temps, une protestation

réciproque de dévouement, de la part de Paris-Duverney, et, de la part du duc de Richelieu, de déférence pour les conseils qui lui seraient donnés par « l'homme du monde dont l'approbation et l'amitié lui étaient le plus chères. » Le cas que la cour et les ministres faisaient de l'avis de Paris-Duverney, l'importance qu'ils y attachaient, apparaissent à chaque page de cette correspondance. « Je commence à faire, écrivait-il au maréchal, le 15 juillet 1757, un nouveau mémoire , qui aura pour objet un plan militaire , qu'il n'est pas probable que la cour de Vienne n'adopte pas. Si le roi l'agrée, je demanderai qu'on vous en envoie la copie, parce que toute l'exécution en roulera sur vous, «t j!ai tout lieu de penser que l'on conviendra qu'il ne faut rien changer aux dispositions qui sont actuellement arrêtées. Mais il me faut plusieurs jours pour faire cet ouvrage. » D'autres mémoires, sur les quartiers à prendre pendant l'hiver, sur l'opportunité de telle ou telle opération, suivirent celui dont il vient d'être parlé. Durant plusieurs mois, une intelligence parfaite régna entre le financier et le maréchal. Mais il vint un moment où, à la suite de divers échecs qu'avaient essuyés les troupes françaises, Paris-Duverney crut devoir, à raison de la part qu'il avait prise à la nomination du duc de Richelieu, lui tracer un plan de campagne dont la réalisation aurait, dans son opinion, réparé les fautes commises. Loin de se prêter à l'exécution de ce plan, le duc de Richelieu persévéra dans le sien. Alors, la correspondance, si affectueuse et si amicale pendant les premiers mois de la campagne, changea peu à peu de ton. On en jugera par les fragments de lettres suivants. Voici d'abord ce qu'écrivait, à diverses dates, le duc de Richelieu :

« — Il résulte de tout cela, mou cher Duverney, que nous ne

sommes pas du même avis, dont je suis bien étonné, .car certainement je connais toute l'étendue de vos lumières supérieures, et

vous avez un grand crédit sur mon esprit et sur mon cœur. Mais je vois et vous croyez; et il faut que je croie bien voir, pour, non-seulement ne pas me livrer à ce que vous pensez, mais même vous obstiner avec tant de fermeté

— « Vous finissez toujours, avec un air d'humeur, par me menacer de ne plus vous mêler de rien, si je ne faisais pas ce que vous désirez, dans le temps que je l'ai toujours prévenu jusqu'ici, huit jours avant d'avoir reçu votre lettre. C'est une suite de l'éloignement qui m'afflige ; mais je le suis bien plus sensiblement du peu de confiance que vous prenez en moi

— «11 faut absolument que quelque diable se soit mêlé de cette affaire, et je ne comprends pas comme vous avez pu vous y livrer et fermer les yeux sur ma façon de penser pour vous. Gomment est-il possible que vous ne m'ayez pas plaint si je me suis trompé quand vous savez que tout vous était soumis? et comment est-il possible que vous ayez été en colère et ayez peut-être cessé de m'aimer, parce que je me trompais? Je ne le puis croire encore, mon cher Duverney, et un cœur comme le vôtre et comme le mien ne doivent point souffrir d'altération pour des malentendus. Votre esprit est trop éclairé et trop juste pour condamner à une telle peine des méprises et abandonner votre ouvrage, car tout ceci vous appartient; je ne cesse de le penser et de le dire. Je vous dois trop, et suis trop content de vous devoir» pour cesser de le sentir, et pour n'être pas pénétré de la plus vive douleur. Je vous demande donc avec l'instance que peut exiger une amitié de trente ans, de mettre un à tout ceci, de prononcer, et d'être sûr que je suis toujours de votre avis, quand vous l'aurez pris définitif après mes représentations, que j'aurais cru vous manquer de ne pas faire. Je ne raisonne plus, je sens seulement et je souffre. Je vous demande, au nom de l'amitié la plus tendre, de céder à celle que j'ai et aurai toute ma vie pour vous, et à me répondre d'une façon qui puisse satisfaire mon cœur : je ne suis occupé que de cela. Je laisse donc le reste à votre prudence et à votre esprit, et j'espère que vous ne m'abuserez pas dans cette confiance

— « Je viens de recevoir encore une lettre de vous, mon cher Duverney, qui continue de déchirer la plaie que vous avez déjà faite dans mon cœur Je puis vous dire qu'il n'y a rien dans ma vie

dont j'aie été plus affecté; mais, malgré cela, je n'oublierai jamais les obligations que je vous ai, et ne cesserai jamais de vous aimer comme je le dois, et comme je crois qu'iî y a peu de gens qui vous aiment ; et je suis même très*-persuadé que vous serez affligé un jour de la douleur que vous me causez, quand vous verrez à quel point j'étais éloigné de m'être attiré ce que vous faites*., »

Puis enfin , le brillant maréchal , l'homme heureux par excellence dans cette société élégante et corrompue du dixhuitième siècle, que les satisfactions matérielles ont particulièrement préoccupée» adressait, le 24 septembre 1757, à Parift-Duverney, le billet suivant où se trouvent résumées en quelques lignes» comme en un cri de détresse, les sensations que lui causait par avance le résultat désormais prévu de la difficulté qui s'était élevée entre eux :

« Mon amitié sera plus forte, mon cher Duverney, que la dureté avec laquelle vous me traitez» et jamais il n'y a eu rien de pareil, je le puis dire. Vous êtes sûr que, si je me suis trompé, mon cœur au moins est sans reproche. Examinez le vôtre, et voyez si je n'ai pas lieu de m'en plaindre. C'est un des plus grands chagrins que j'ai eus en ma vie, où j'en ai essuyé beaucoup. »

De son côté, blessé au vif par l'opposition que quelquesuns de ses plans avaient rencontrée de la part du maréchal de Richelieu, Paris-Duverney se maintenait dans une réserve dont les protestations d'amitié les plus vives ne parvenaient pas à le faire sortir. Cette résistance s'explique à merveille. Tout le monde s'accordait à reconnaître que le duc de Richelieu entassait fautes sur fautes, et l'on en était venu à redouter que sa mollesse, l'indiscipline de son armée et les combinaisons qu'il avait adoptées n'aboutissent aune catastrophe. Bien plus, le bruit circulait à. l'armée, à la cour et dans les salons, que le maréchal, toujours besogneux ou avide , s'enrichissait par des moyens d'autant plus odieux

que, dans le même moment , l'armée manquait des subsistances les plus nécessaires. On se figure l'impression que ces faits et ces bruits devaient produire sur Paris-Duverney. Ne pouvant parler à cœur ouvert, incapable cependant de cacher entièrement sous la politesse des formes épistolaires, le fond, le repli secret de sa pensée, il répondait aux avances du duc de Richelieu par des faux-fuyants et d'une manière évasive, qui ne l'était cependant pas assez pour ne pas laisser percer le regret qu'il éprouvait d'avoir contribué, comme il l'avait fait, au choix du maréchal. Quelques extraits des lettres mêmes de Paris-Duverney caractérisent d'ailleurs, mieux que tout ce que je pourrais dire, sa situation vis-à-vis du duc pendant cette triste campagne de 1757.

Du 30 août 1757. — a Je ne sais pas qui a pu vous mander que je trouvais comme les autres que vous vous amusiez à Hanover. J'aurais désiré qu'il eût été possible de précipiter davantage vos mouvements sur M. le duc de Gumberland. Mais j'ai bien jugé que si vous ne le faisiez pas, ce ne pouvait être que parce que vous y trouviez des obstacles insurmontables....

Du! septembre. — « Du reste, Monseigneur, je cesse de ce

jour d'avoir des opinions sur tout ce qui concerne les subsistances de votre armée; je m'étais promis cent fois de m'en abstenir, et si j'ai continué à le faire depuis votre départ, ce n'a été que par rapport à vous. Que l'on fasse donc des marchés si cela est nécessaire ; que l'on fasse contribuer les pays conquis en blés, s'il n'y a que ce moyen de soutenir l'armée, mon intention n'est pas de discuter. Tout ceci devient trop fort pour moi, et je sais que, de tous les partis, le meilleur, pour mon repos et ma conservation,

est de ne plu9 m'en mêler Encore un coup, Monseigneur, on

ne trouvera plus d'obstacle de mon côté à tout ce qu'on voudra faire; je suis épuisé. Ma santé dépérit tous les jours; je n'ai plus qu'un souffle, et je voudrais que du moins ce souffle soit pour moi

Du \\ septembre. « — Je n'ai jamais prétendu contester les

faits, ni me refuser à l'évidence de ce que vous voyez ; mais si les

faits qui se passent sous vos yeux ont des causes qui sortent de l'ordre ordinaire des choses, est-ce une faute que de s'y tromper, et n'en est-ce pas une que de ne pas y remédier, surtout quand il s'agit de la subsistance d'une armée et du succès de ses opéra*

tions?

Du 24 septembre, « — Il est une vérité, c'est qu'en matière

d'administration et de subsistance, je n'ai pas ouvert un avis qui n'ait été rejeté ou frondé. Or, n'était-il pas nature* que j'en tirasse cette conséquence, ou que mes avis n'étaient pas bons, ou qu'on ne voulait pas les suivre, et que, dès lors, je devais m'abstenir d'en donner. En un mot, Monseigneur, si tout est dans l'ordre à votre armée, qu'importe que je m'en mêle ou non? et si les choses n'y sont pas ce qu'elles devraient être, ou par abus, ou faute de les entendre, me conseillerez-vous de m'en faire le réformateur, au risque de soulever tout le monde contre moi. »

Veut-on savoir maintenant quelle fut la réponse de Paris- Duverney à la lettre laconique que le maréchal de Richelieu lui avait écrite le 24 septembre , et que j'ai reproduite en entier ? Paris-Duverney proteste d'abord contre des reproches qui l'humilient et l'accablent, et il assure le duc de son attachement inviolable, de sa reconnaissance , etc. Tout ceci est, on le pensé bien, de protocole. Puis; le vieux financier se redresse, et, sous l'impression, des plus généreux sentiments, il rappelle le maréchal à des principes d'humanité dont l'oubli avait, à ce qu'il paraît , vivement indisposé les esprits contre lui, et qui seront désormais, il faut bien l'espérer, de tous lés pays et de tous les temps.

« Je ne puis m'empêcher de vous représenter, Monseigneur, que si vous voulez éviter les reproches qui ont rendu le roi de Prusse si odieux à toute l'Europe, il faut que vous ne permettiez pas que la subsistance des hommes soit livrée au pillage. J'ai vu le fourrage dans les granges, j'en ai vu enlever lès grains pour la nourriture des chevaux, mais avec défenses aux soldats de les battre, sous peine de la vie. Ce roi de Prusse lui-même, contre lequel on déclame

tant, a respecté les froments et les seigles. Il a pu ordonner d'en apporter sur les marchés, en y Bxant un prix ; mais je n'ai vu nulle part qu'il en eût fait lever de vive force par les troupes; je parle surtout des grains battus. C'est pour votre réputation et pour votre gloire que je reviens sur une observation que j'ai déjà faite dans plus d'une occasion et sur laquelle, il me semble, que je ne puis assez revenir. »

Cette correspondance unit, comme on devait s'y attendre, de la manière' ki plus aigre. Le 29 septembre, le maréchal de Richelieu accusa amèrement Paris-Duverney de Tavoir accablé de nouveau et oulragé, en lui disant qu'il avait contrarie toutes ses idées. « J'ai discuté les miennes, ajoutait-il, et tout soumis aux vôtres : voilà ce que vous appelez contrarier et contre-carrer. Je croyais être sûr de votre confiance et j'en use, et je me vois abusé, puisque l'usage que vous en avez fait, a été de m'abandonner. Si vous persistez, je ferai de même. Je sais qu'indépendamment de tout ce que mon cœur exige, la raison l'exige autant. Vous manquez , je crois, à tous les sentiments que je croyais mériter de votre part. » La réponse de Paris-Duverney ne fut pas de nature à rétablir des relations si compromises. « Je prendrais à honneur vos plaintes et vos reproches , écrivit-il au duc de Richelieu, huit jours après, si je vous étais moins sincèrement attaché, et que je fusse plus disposé à satisfaire mon amour-propre que mon cœur ; mais ce sont de ces goût* que Von ne connaît plus à mon âge, et je vous demande en grâce, encore un coup , de vouloir bien me regarder des mêmes yeux que vous l'avez toujours fait, parce que, dans le vrai , il n'y a aucun changement chef moi. »

On était alors au commencement d'octobre. Il était facile de voir, au langage de Paris-Duverney, qu'il ne tiendrait pas à lui que le maréchal de Richelieu ne fût promptement remplacé. Il lui tardait en quelque sorte de réparer son erreur. On conçoit d'ailleurs tout le chagrin qu'il devait

LES PRÈHES P1RIA, 55ff

éprouver d'avoir fait ôter le commandement à un général victorieux pour le transmettra à un homme qui donnait lieu à tant de plaintes. Cependant, la marquise de Pompadour soutenait encore le maréchal de Richelieu, espérant toujours qu'il ramènerait l'opinion par quelque coup d'éclat et de vigueur, comme il qn avait eu plusieurs dans sa vie militaire. Mais il vint un moment où les plaintes furent si vives, les récriminations si fortes, les actes d'indiscipline de l'armée si flagrants, que le maréchal de Richelieu dut être sacrifié. Remplacé en janvier 1768 par un prince du sang, le comte de Clermont, il revint à Paris, Quelles furent, depuis ce jour, WH relations avec Paris-Duverney ? C'est un point sur lequel l'éditeur 4é leur correspondance ne fournit aucun renseignement.

Une autre correspondance que Paris-Duverney entretint avec le cardinal de Remis, et qui ne dura pas moins de dixsept ans, nous fait voir le célèbre financier sous un jour nouveau. Formées, suivant toutes les apparences, dans les salons de Mrae de Pompadour, les relations de Paris-Duverney et du cardinal survécurent, et ce fait honore l'un et l'autre, à la disgrâce de ce dernier. Lorsque l'abbé de Rernis (il ne fut nommé cardinal qu'en 1757) partit pour l'ambassade de Venise que la protection toute-puissante de la favorite lui avait fait obtenir, en attendant de le porter à un poste plus important, Paris-Duverney eut avec le nouveau diplomate un commerce de lettres sur un ton très-affectueux qui, de part et d'autre, ne se démentit jamais un instant. « Un cœur comme le vôtre, écrivait, en termes pleins de délicatesse, Paris-Duverney à son ami, est cent fois plus rare que l'esprit que vous avez, quoique je n'en aie jamais connu de si étendu. Je plains les gens qui ne sentent pas toute la ten-

dresse de votre âme; elle met un charme dans vos liaisons avec vos amis qui les rend délicieuses et éternelles '. » Dans la plupart de ses lettres, Paris-Duverney parle à l'abbé de Bernis d'une bonne et généreuse amie qu'il a laissée à Paris et qui n'y néglige pas ses intérêts. De son côté, Paris-Duverney faisait une cour assidue à cette amie, qui n'était autre que M"» de Pompadour. Confiante dans son habileté éprouvée, celle-ci le chargea, vers 1753, d'une négociation des plus délicates. Elle avait eu de son mari, Lenormand d'Étiolle, une fille nommée Alexandrine, qu'un prince allemand avait demandée en mariage. Les envoyés de ce prince étant venus à Paris pour cet objet , Mme de Pompadour chargea Paris-Duverney de les voir et de s'entendre avec eux. La mort de la jeune fille vint tout à coup renverser ce projet; mais la marquise de Pompadour n'oublia pas le service que lui avait rendu Paris-Duverney • Quelques billets qu'elle lui adressa, et qui sont écrits avec cette familiarité de grisette qu'elle se permettait d'ailleurs avec tout le monde, prouvent que, même avant cette négociation, Paris- Duverney faisait déjà partie du cercle intime de la marquise. Il est bon d'avertir le lecteur que les billets suivants ont été copiés textuellement sur les originaux :

Novembre 4751. « J'ai oublié, mon cher Nigaud *, de vous demander ce que vous avez fait pour l'abbé de Berny : mandez-lemoi, je vous prie, car il doit venir dimanche. »

42 janvier 4757. « Le roi m'ordonne de vous mander, mon

1 Correspondance du cardinal de Bernis, conseiller d'État, avec M* Paris-Duverney, depuis 1752 jusqu'en 1760 ; 1. 1, p. 15.

3 Conformément à un usage usité dans beaucoup de cours, les principaux personnages de celle de Louis XV avaient chacun leur sobriquets. Le marquis de Maurepas avait été surnommé Faquinet, le cardinal de Bernis, pigeon patu. D'autres personnages avaient des sobriquets d'un goût moins délicat.

Nigaud, que la politique entrant pour beaucoup dans votre projet, il faut que vous le confiiez à l'abbé de Bernis. Le maréchal de Belle-Isle a été un peu récalcitrant au Danube ; caressez-le quand vous le verrez. A l'égard de M. de Richelieu, le roi lui parle ce

soir. Je vous avertis qu'il ne cache rien à Mm* de L Ainsi, prenez

vos précautions» Bonsoir, mon Nigaud, je vous embrasse *. »

La correspondance de* Paris-Duverney avec le maréchal de Richelieu nous montre le financier, le munitionnaire, aux prises avec les difficultés des affaires. Celle avec le cardinal de Bernis, sauf une partie également consacrée aux affaires, nous fait voir l'homme, autant du moins qu'il est possible de le retrouver dans des lettres, et, bien que moins accidentée en quelque sorte, et par conséquent se prêtant moins à des découpures, elle offre un intérêt plus réel. Dans l'une de ces lettres, Paris-Duverney nous apparaît désolé de la mort d'une fille qu'il vient de perdre. D'autres fois, l'École militaire, pour l'établissement de laquelle il n'épargne ni ses soins ni son argent, le préoccupe et le tracasse à tel point qu'il s'écrie, dans un moment de découragement : « Si nous* n'avons la vie que sous la condition d'y être contrariés, je puis dire que je remplis bien ma tâche. » Par intervalles, des pensées sérieuses, comme les suivantes, se font jour et trahissent une plume naturellement habile, au service d'un esprit intelligent, étendu :

— « Tout ce qui peut arriver de plus heureux aux vieillards est cette espèce d'insensibilité que ressentent les gens qui sont tous exposés à un même danger, et qui, tout occupés de leur propre conservation, ne sauraient être touchés de la destruction des autres. Mais je suis fait de manière à ne pas prétendre à une indifférence de cette espèce. La sensibilité de mon âme s'accroît à mesure que

1 Correspondance du cardinal de Bernis, etc. , 1. 1, p. 17 (préface), et t. II, p. 40.

562 PORTlUlïft HISTORIEES.

ftion corps s'affaiblit, ei je Bais que de tous tes maux qui pourront m'arriver, ceux du cœiir auront seuls te droit de m'accabler et de m'abattre..... »

— • Les tomates, indépendamment du nâraétèrn qui teUr est propre, reçoivent du climat où ils sont nés et de l'éducation qa'on leur donné, des impressions que tes plus habitai ont de in peine è démêler. C'est ce qui fait qu'on se trompe fort souvent en jugeant des antres par soinnéme, ni en ptàsaàt que te qui nous parait n'être que l'eflfet dé l'attaetonfent et du sèie doit leur paraître de même; Il est heureux qu'on ne se corrige pas de cette erreur» parce qu'il se ferait moins de bien encore qu'il ne s'en fait l. »

L'École militaire, à la Fondation de laquelle Pari9-Î)uverney s'était activement employé, avait d'abbfd rencontré de puissants obstacles. Mtae dé ^otiipàdour les leva en faisant Valoir qu'un établissement de de genre avait été projeté par le cardinal Mâiarin et par LoUvois éiiï-mèmfes. En 1724, un des frères Paris avait proposé de fondfefr uhe école analogue à Billancourt; remplacement était même déjà choisi, lorsque be projet fiit suspendu encore une fois \ En le reprenant vers 1750, t*arts-DUverttey poursuivît là réalisation dé son idée avec l'ardeur qu'il mettait en toutes choses. Grâce à l'appui qu'il trouva dans la favorite, l*ëdit de création fut signé au mois de janvier 1751. On se souvient de la manière peu flatteuse dont l'avocat Barbier qualifiait, en 1726, les opérations de Paris-Duverney sur les grains. Les animosités dont ^avocat parisien avait alors été l'interprète s'étaient sans doute calmées avec le temps, car le même chroniqueur fait* à l'occasion de la fondation de

1 Correspondance du cardinal de Bernls, 1. 1, p. 10 ; t. II, p. 187 . * Encyclopédie méthodique; Art militaire : École.

LES FftèfcES frâfetSi 56&

rÊeote rïiilitaifè, les remarques suivantes : «C'est H. Parïs- Dttveriiéy qtti est à la tête de ce projet, qui en a dirigé le plan,' et qui, dit-on, avance les fonds. 11 était muhitioiinaire général dans 1* dernière guerre. C'est un homme de betol* coup d'esprit et d'Un très-grartd détail; Gel établissement est admirable et plaît beaucoup à tout le public. On Verra deux hôtels voisin*, l'un lé berceau, et l'autre le tombeau de* militaires»,. Que, de cinq eefttë gentilshommes eftftmts, qui se renouvelleront au moin* tous les dix ans, il en sorte seulement vingt qui excellent, soit dans le génie, Soit dans les autres partie» de là guette, et l!on sera sûr d'avance d'avoir de bons géttérâUx ' ...» De son fcôtè, Pârts-DUverney , qui "avâitèté tit>mihé iïftehdant de l'École militaire, écrivait à l'abbé de Berfcis, att àujet des obstacles que rencontrait 1'organisalkm de cette école i « 11 est tout naturel que j'aie quelque vivaeité sur cet àrticteJà, paf*ey*e je tuis vif sur tout.. * Ce ne serait rien encore ai je pouvais faire aller toute cette machine à ma mode ; mais je suis précisément comme un homme qu'on aurait mis en liberté eîi hii laissant de* fers aux mains... » Puis, dans une autre occasion : « Mon objet a toujours été de faire de l'École militaire un fonds d'archives pour la noblesse', je ne vivrai pas assez pour cela ; et quand je vivrais assez, peut-être serais-je faiblement seconde dans des vues aussi utiles *. *

Paris-Duverney disait vrai. L'École militaire était fondée depuis neuf ans, et, frappée en quelque sorte de discrédit» elle languissait, victime de l'indifférence deâ ministres et de la cour. On se figure l'impatience du vieux financier. 11 avait beau solliciter une visite officielle du roi; M** de Pompadour elle-même, alors sur son déclin, né portait plus assez d'intérêt à l'œuvre qu'elle avait jadis favorisée, pour

1 Journal de Barbier, etc., t. III, p. 220 et suit* * Correspondance, etc., 1. 1, p. 36 et 86,

obtenir de Louis XV cette visite après laquelle Paris-Duverney soupirait. Une lettre de Beaumarchais constate ces faits et le genre df intervention qui lui fût demandé à ce sujet. < En 1760, dit-il, M. Duverney, au désespoir d'avoii vainement tout employé, depuis neuf ans, pour engager la famille royale à honorer de sa présence l'École militaire, regardée comme l'ouvrage de Mme de Pompadour, souhaita de me connaître. H m'offrit son cœur, ses secours et son crédit, si j'avais celui de faire réussir ce que tout le monde avait en vain essayé depuis neuf ans. » Beaumarchais jouissait alors d'une grande faveur auprès de Mesdames de France, dont il était le harpiste et le maître de chapelle. 11 les décida à visiter l'École militaire; bientôt après, le roi en fit autant. Beaumarchais avait tenu sa parole; c'était à Paris-Duverney d'être fidèle à la sienne. 11 n'y manqua pas et donna à son jeune ami , dans plusieurs opérations , un intérêt de 60,000 livres, dont il lui payait généreusement la rente à 10 pour cent. < Il m'initia, dit Beaumarchais, dans les affaires de finances, .où tout le monde sait qu'il était consommé. Je travaillai à ma fortune sous sa direction, et je fis, par ses avis, plusieurs entreprises. Dans quelques-unes, il m'aida de ses fonds ou de son crédit ; dans toutes, de ses conseils '. »

Paris-Duverney mourut le 17 juillet 1770, à l'âge de quatre-vingt-sept ans, laissant, pour toute fortune, au comte de La Blache, son petit-neveu par les femmes, environ 1,500,000 fr. Cette succession donna lieu au célèbre procès de Beaumarchais, qui avait conservé, avec le financier, son patron, des intérêts en commun3. Actif, remuant, homme d'action jusqu'à la fin de sa vie, Paris-Duverney ne s'arra-

1 Beaumarchais, etc., par M. de Lomènie (Revue des Deux-Mondes, du 1er octobre 1862.) ' Ibid. (n° du 15 octobre.)

chait aux affaires que par forcé et lorsque la goutte, trop violente, ne lui permettait pas d'y appliquer son esprit toujours jeune et aventureux. Son frère aîné, Antoine Paris, le premier auteur de leur fortune, était mort en 1733. Un autre frère n'a laissé, dans les biographies, aucune trace de sa capacité et de sa carrière. Quant à Paris de Montmartel, le dernier des quatre frères, titulaire, pendant près de quarante ans, de la charge très-importante et très-lucrative dé garde du trésor royal, il avança souvent des sommes considérables au gouvernement, influa sur le choix des contrôleurs généraux, acquit des biens immenses et les laissa, en 1771, à un fils, le marquis de Brunoy, qui ayant, dit-on, dépensé en un jour, cinq cent mille livres pour une procession religieuse, fut interdit pour cause de folie, à la suite d'un procès qui eut le plus grand retentissement.

Telle fut cette famille des frères Paris qui, après s'être fait et avoir conservé, pendant plus de la moitié du dix-huitième siècle, une position si considérable dans la société parisienne, a, depuis plus de quatre-vingts ans, complètement disparu de la scène des grandes affaires financières qu'elle occupa si longtemps1. Quand Paris-Duverney fut mort, un Parisien rima (c'était un genre de plaisanterie très à la mode dans ce tempslà) l'épitaphe suivante que je ne recommande pas pour la facture du vers et la finesse de la pensée, mais qui peint un des travers de l'homme et explique les accidents de sa vie.

Ci-gît ce citoyen utile et respectable, Dont le souverain bien était de dominer.

1 La famille des frères Paris existe d'ailleurs encore. Un de leurs arrière-petits- neveux, M. Paris de Bollardière, est un des employés supérieurs les plus distingués de l'administration militaire) point de départ de l'illustration et de la fortune de sa famille.

566 pout***™ ntffORlWES.

Que Dieu lui doane enfin le repos durable Qu'il ne voulut jaipai* ni prendre fti depeev *.

L'esprit de domination et de commandement, le besoin incessant d'agir, \oilà, en effet, le secret de la force et (les vicissitudes de Paris-Duverney. Fertile en ressources, doué d'une facilité de conception et de travail surprenante, ayant, non point le goût, mais la passion des affaires, il y passa §a vie, comme en un tourbillon» tour à tour riche à millions, exilé, rappelé en dictateur et chargé de mettre sur le lit de Procuste la plus grande partie des fortunes du royaume, contrôleur général de fait, sinon en titre, promoteur de quelques bonnes mesures, disgracié de nouveau^ mis sur (a sellette du parlement et victorieux par arrêt, malgré toutes les intrigues de la cour et des ministres, qui se vengent par un second ordre d'exil. On croit peut-être que cette vie est rassasiée d'événements; loin de là. Au bout de quelques années, Paris-Duverney, alors dans la force de l'âge, toujours grand et bien fait, eomme dit Je due de Saint-Simon, revint sur son véritable théâtre, Paria et la eonr. Il avait été admift autrefois dans le boudoir de la marquise de Prie ; Mme de Pompadaur le compte au nombre de ses amis et daigne lui accorder les honneurs du sobriquet, Pendant les dix-neuf années qu'elle fut en faveur, Paris-Ptaverney régla toutes les grandes affaire* de finance du royaume. Munir tionnaire général * enusuHé sur les opérations éps ar? mées, il fut, par intérêt personnel et pow complaire k la favor^e, du parti qui, malgré les» sage* eanaeila de MaehauH

et du comte d'Argeusou* entraîna h F!W<?£ d&tts cette guerre de Sept Ans, source de tant (Je fautes? AflU du comte d'Argenson, ministre de la guerre, il l'abandonna, dit-on,

bre 1852.)

sans hésiter, quand la marquise de Fompadour le fit renvoyer(. U eut, en outre, le malheur de contribuer au ehoi* de l'abbé de Pernis pour ministre défi affaires étrangères, et du maréchal de Richelieu pour commandant en chef de l'armée d'Allemagne. La, guerre finit; l'activité de Paris-Duvemey ne devait finir qu>av^ toi* A rage de poixanterdi*sept ans, il recherche la protection de Beaumarchais, l'intéresse dan* aes marchés, et laisse en mourant une fortune relativement modeste, des affaires embrouillées* et le germe d'un procès qui devint un des plus grands scandales d'une époque où les procès scandaleux furent, par malheur pour la dignité du pouvoir» trop fréquente.

Il est difficile de comprendre comment» au milieu de ce mouvement incessant, perpétuel, Psris-Buverney aurait encore trouvé le temps de composer) sur les finances du royaume, le domaine, Içs colonie* françaises, les rentes, lea gabelles, les tarifs de douane, des traités qui lui ont été .attribués et dont un seul aurait pu remplir la vie d'un homme. Ces traités, que l'infatigable financier n'a évidemment pu qu'inspirer, formaient vingt-cinq volumes in-folio,* et n'ont pas été publiés*. Un seul ouvrage, dû véritablement à la plyme de Paris-Puyerney, a parv en 1748, sous ce titre ; pgamu des Réjle#ions politiqve& $ur 1$ commerce et les finances. Destiné à défendre lea opérations du Yiw%

* Cetrreepmémwed* B*rm>%~ M, p. 31, n**«t

1 Voici le titre de ces ouvrages, d'après Y Histoire de me&iwri Jtorit* page 109 ;

Trmty des «•*****• dwtit le eemwentement de te wonarchU mqu'au t*Km«fer m«, 4 vol. ta*f?i

TratU du dmtf*e$ du roi d*$w \eux **fcfct# jftwv'a* 1er Mvier 1725, 4 vol. in-f»j

TratU de? f*M(e# de F***o* dêjmis fatr cmwQçwmt juêçutou i* janvier m«, 4 vol, in-rf»; Traj(ééduvm$etéepMi$Frw^^^tiu^u%lrimn^\^9Z^hi^fi9

qu'un auteur contemporain, Dutot l, avait violemment attaquées, cet ouvrage a obtenu les plus grands éloges de Voltaire, qui en parlait d'ailleurs avec admiration, même avant de l'avoir lu, et qualifiait Fauteur d'homme d'État. A la vérité, Voltaire avait alors, je l'ai prouvé plus haut, de bonnes raisons pour excuser la passion avec laquelle Paris-Duverney avait procédé à l'opération du Visa.

On a vu que le personnage le plus généralement envié du dix-huitième siècle, Y Alcibiade français, d'après Voltaire, ce duc de Richelieu qui avait été bercé sur les genoux des princesses du sang, et qui est resté, pour quelques esprits attardés, comme le type de l'homme heureux, écrivit un jour à Paris-Duverney, sur le point de l'abandonner, après l'avoir poussé au commandement de l'armée du Rhin, que cette conduite était « un des plus grands chagrins de sa vie, où il en avait essuyé beaucoup. » De son côté, Paris-

dont deux concernant les rentes du roi, et le troisième celles'du clergé;

Traité des colonies françaises et de leur commerce depuis leur fondation jusqu'à Vannée 1723, 1 vol. in-f°;

Traité des charges créées ou supprimées depuis 1689 jusqu'au 1er décembre 1721, 5 vol. in-f°;

Dépouillement des droits sur les marchandises contenues dans le tarif de i Su A jusqu'à Van 1726, avec les variations survenues sur chaque article, 4 vol. ln-f°.

Que sont devenus ces traités? La publication de quelques-uns d'entre eux, notamment de celui sur les colonies françaises, ne serait pas dénuée d'intérêt.

Paris-Duverney avait, en outre, été chargé par le cardinal Dubois de préparer pour Louis XV une Instruction sommaire sur les finances de France. Ce travail fut commencé, mais la mort du cardinal Dubois le fit interrompre, et il ne fut pas achevé (Histoire de messieurs Paris, p. 75.)

1 Réflexions politiques sur k commerce et les finances. —-Cet ouvrage, remarquable à plusieurs titres, a été réimprimé dans les Économistes financiers du dix-huitième siècle (édition Guillaumin).

Duverney, après avoir remué des milliards et tenu, près de soixante ans, parmi les financiers du dix-huitième siècle, ce premier rang, toujours si envié, si ambitionné, meurt sous le poids des affaires, dès spéculations, des marchés, toujours à la veille d'une ruine complète, et constate, au milieu de ce tracas dont il ne saurait se passer, que si les contrariétés sont une des conditions de la vie, il remplit bien sa lâche. Si l'on veut absolument tirer de cette étude sur le plus célèbre financier du dix-huitième siècle une moralité, elle est là, dans ces quelques mots, et le lecteur n'aura pas de peine à l'en dégager.

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