‹ Portraits historiquesChapitre 16 sur 26 · L'ABBÉ TERRAY · texte numérisé non relu

L'ABBÉ TERRAY

« L'abbé, le contrôle général est vacant; c'est une bonne place où il y a de l'argent à gagner; je veux te la faire donner. »

C'est en ces termes, s'il faut en croire le témoignage d'un contemporain impartial et digne de foi, M. de Montyon l, que le chancelier Màupeou aurait, vers la fin du mois de décembre 1769, proposé à l'abbé Terray de la faire entrer au ministère. Cette anecdote, qu'on peut lire avec cent autres du même genre dans toutes le» biographies de l'abbé Terray, n'est pas officielle, mais elle donne du moins une idée des rancunes et des haines que souleva son administration. « Jamais peut-être, après le cardinal Mazarin et le chancelier Maupeou, a dit un des rares apologistes de l'abbé Terray, aucun ministre n'a été plus cruellement outragé. Il poussait d'ailleurs aussi loin que le premier l'insensibilité sur cet article, et il n'a jamais songé à se venger \ » Cet éloge émanait, à la vérité, d'un écrivain paradoxal, dont les jugements sont loin de faire autorité, de Linguet, cet

1 Particularités*sur les ministres des finances célèbres, par M. de Montyon, p. 154.

1 Annales politiques, civiles et littéraires du dix-huitième siècle* par Linguet, 1. 111, p. 379, année 1776.

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ennemi juré des. économistes, qui se signalait en même temps Bftr la violence de ses attaques, centre Turgot, Mais Ungttët ft'ï* pas défendu sert l'fd!»inistr*tion de l'gbbé T^rwy. Un ^tre qqe lui, un homme çcla^é* d'un caFastèrf honorable, ^ qui» après, avoir été seor^tajv^ dn çtfcneelier Jtenpeou, a rempli, panant les. qnntfe premières anuées de ce siècle, les fonctions les. pl«s élevées, M- François Lel*rup, devenu depuis, dpe de planée» a, quinze ans. après la chute de l'ahfcé Ti^W» et en pleine Afwjmj>jfc c^stitnante, c'esfcfl-rdire en feçp tp&ae de* hommes qui l'avaient vu à l'œuvre* apprécié d§ te manière suivante Vftdmwifitratlon si attaquée jusqu'alors et si impopulaire de ce contrôleur général. « Enfin, dit M. Lefyrpn, à la suite d'un exposé de la situation financière antérieurement à l'abbé Terray, un homme vint, qui avait quelque chose du sens de Sully et de la précision de Golbert; qui crut, comme Colbert et Sully, que la base de toute finance était Tordre dans la recette et la dépense; que le grand secret de la finance était d'établir le niveau entre la dépense et la recette. Ses lumières allèrent jusque-là; son caractère alla plus loin. Dans notre siècle, dans un siècle où le destin du royaume roule sur le pivot du crédit et de l'opinion, il osa frapper la dette et prononcer une dure banqueroute. 11 osa rejeter les antieipations sur le passé et marquer une ligne entre son ministère et les ministres qui l'avaient précédé. 11 était fort des circonstances, fort de nos alarmes; il le fut de la soudaineté de ses opérations. Bientôt, les effets n'en furent plus sentis, et il n'en resta plus que le souvenir. La perception se fit; les dépenses furent fidèlement acquittées; les capitaux accumulés se lassèrent de rester inutiles, et le crédit se remontra plus fort et plus vigoureux ! . » Je dois dire qu un écrivain de l'époque fit observer à ce

1 Biographie Mkhaud, article Terray.

sujet que « mettre l'abbé Terray entre Sully et Colbert, c'était en quelque sorte placer Mandrin entre Turenne et Condé '. » Le dissentiment était aussi tranché que possible. Essayons, quoi qu'il en soit, de démêler, à travers le nuage des passions contemporaines, ce que fut ce contrôleur général que tant de haines poursuivaient au moment où il recevait de tels éloges, auquel, d'un autre côté, les écrivains démocratiques de notre temps auraient volontiers élevé des statues2, et dont le nom est d'ailleurs resté, malgré ces tentatives de réhabilitation, le plus impopulaire et le plus décrié parmi ceux des ministres de l'ancienne monarchie.

Joseph-Marie Terray était né dans une petite ville du Forez, à Boén, au mois de décembre 1715. Un de ses oncles, premier médecin de la mère du régent, avait réalisé une grande fortune pendant le Système. Il appela le jeune Terray à Paris, le fit élever à Juilly et lui acheta une charge de conseiller clerc au parlement de Paris. Terray avait alors vingt et un ans. Il prit les premiers grades ecclésiastiques et fut même ordonné diacre. On raconte que sa vie fut simple et austère pendant de longues années. Opiniâtre au travail, rapporteur infatigable et de plus en plus remarqué des causes difficiles, il se fit une réputation qui s'étendit peu à peu, et, du parlement, passa au dehors. Vers 1753, il hérita de 1a fortune de son oncle. A partir de ce moment, il y eut dans l'abbé Terray une transformation complète ; le conseiller clerc disparut pour faire place au mondain, au débauché, à l'ambitieux. En 1755,

1 Moniteur universel du 1 6 septembre 17 89, n° 58, note. 9 Fastes de la Révolution française, par Marrast et Dupont. Introduction, passim.

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les parlements donnèrent leur démission. Seul , dans la Chambre des enquêtes , l'abbé Terray ne fit pas comme ses collègues. Un' pamphlet contemporain 1 , que tous les biographes ont depuis copié et copient encore beaucoup trop facilement, raconte que l'abbé Terray concourut à l'expulsion des jésuites, avec le ministre de la marine Berryer, le duc de Choiseul et l'abbé <Je Chauvelin, inspirés alors par Mme de Pompadour* Cette campagne valut à l'abbé Terray une abbaye de dix-huit mille livres de revenu. Peu satisfait de cette récompense et d'une charge dé rapporteur de la Cour, qui lui donnait six mille livres, il éleva ses vues plus haut et ambitionna le poste de contrôleur général. Le même pamphlet ajoute qu'en attendant, l'abbé Terray prit part à plusieurs opérations sur les grains qui portèrent sa fortune à plus de cinquante mille écus de rente. Cependant, deux fois en peu d'années, le contrôleur général avait été remplacé, et l'abbé Terray, qui croyait avoir des droits à cet emploi, se plaignit qu'on les eût méconnus. 11 se jeta dans l'opposition, se rallia à la majorité du parlement, raviva ses rancunes et lui servit d'interprète dans des remontrances qu'il adressa au gouvernement au sujet de quelques édits du nouveau contrôleur général, Maynon d'Ynvau. Celui-ci et le duc de Choiseul ayant reproché à l'abbé Terray le double rôle qu'il jouait, il offrit sa démission de rapporteur de la Cour ; mais, soutenu par le parlement, il conserva sa place et trouva encore le moyen de se rendre populaire. C'était le comble de l'habileté. Le chancelier Maupeou, qui méditait la ruine des parlements , comprit tout le parti qu'il pourrait tirer de l'abbé Terray. M. Lebrun, alors secrétaire du chancelier, raconte qu'un jour le contrôleur général Maynon d'Ynvau avait exposé les projets de finances à l'aide desquels

1 Mémoires de l'abbé Terray, contenant sa vie, son administratien, ses intrigues et sa chute, par Coqoereau, avocat. 2 vol. in- 12.

il proposait de pourvoir aqx besoin* de fe situation. Geapt*jet^ ayant été repoussés, il donna sa démission, On lui chercha un successeur» et» le nom de Turgoi fut prenoneé.

% l# duc de Choiseul, dit M, Lebrun, ne lui trouvait pus une tête ministérielle, et il appartenait aux économistes qui n étaient encore qu'une secte aux yen* de la Qpur. L'abbé Terray était la meilleure tê|e du parlement* Ce n'était pas un titre pour être ministre des 'finances, mais il avait un tapt rapide, un jugeront sûr, un travail facile, qne fortune bien établie. Un tel homme, s'il était toucha de la, véritable gloire, ferait certainement un bon ministre. L,e chancelier ne trouva rien de mieu* et il s'arrêta là. y abbé Terray (ut nommât Ce çliQJ* déplut au duc de Chqiseul et k tous ses partisans, Il fut décidé qu'on travaillerait à renverser \e nouveau ministre ', *

Jl egt probable que Tan n'y épargna rien. Cependant, le 36 décembre 1769, nne amie du duc de Choisepl, M?e Du Pefland, écrivait sans animosité à lord Walpole, au sujet de cette nomination, $ Vous savez que nous avons un nouveau contrôleur général, l'abbé Terray. Cet nomme a soixante et tant d'années, est conseiller de Gra^ndcbambre, a de la répu-r tatiqp dans le parlement, est chef du conseil de M. le prince de Condé; il a cinquante mille écus de fente. Conceyep-yous qu'il ait pris cette place, s'il n'est pas bien sfyr de s'en bien acquitter? C'est le chancelier qui l'a fait choisir 3. »

Il est essentiel, pour juger des difficultés qui attendaient

Lebrun, duc de Plaisance. 1 vol. in-8°, p. 28.

* Lettersofthe marquise Du Veffand fo tke Jf. Walpole, t. \*r, page 366.

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l'ihhé T«wsj, de jeter m eowp éVnîlimfâd^ sur l'admis? trfttion de quelques-uns 4e ses prédécesseurs.

Depuis 17&5, époque du renvoi si regrettable du contrôleur général MachaulMl'Aroouville , la situation financière de la France n>vait fait qu'empirer. Le préfet que ce ministre avait formé de faire contribuer tous les habitants du royaume, sans distinction, au* cantribuiions publiques, et d'affecter une. p^tte du nouvel impôt & l'abaissement de la dette, ayant malheureusement éeheué, gyàçe nui intrigues eombinées de la noblesse, du clergé et des parlements, les choses reprirent bientôt leur cours Quinaire, ^est-Mire qu'on fragmenta les tailles, la capitatiou, la part de l'État sur le produit des. octrois, le cautionnement des fermiers généraux, le port des lettres, le pris du tabac, Ces moyens et plusieurs autres ressources du 'même genre n'ayant pu suffire au» frais de la guerre de sept ans, il fallut recourir aux emprunts, aux loteries, aux tontines, aux combinaisons aléatoires de toute espèce. Naturellement, d'aussi fâcheux expédients usaient vite les ministres. En quelques années, de 1 755 s 1 759, quatre contrôleurs généraux, MM. de S&chelles, de Moras, de Boulongne, de Silhouette, traversèrent le mi? nistère. M . de Silhouette eut pourtant un éclair de popularité, et son nom fort à la mode durant quelques mois, fournit à la langue un mot nouveau qui est resté. D'une naissance plébéienne, sans fortune, traducteur de quelques poésies anglaises, littérateur agréable, mais sans profondeur, M. de Silhouette avait été nommé successivement maître des requêtes, négociateur pour la délimitation de territoires, après le traité d'Aix-la-Chapelle, eommissaire du roi près la eonar pagnie des Indes, chancelier de la maison d'Orléans, et enfin contrôleur génépi. U arrivait au ministère, précédé d'une grande réputation d'habileté, Toutes les ressources étant épuisées et les emprunts ordinaires restant improductifs, le nouveau ministre imagina de mettre les fermes en régie et

créa, pour l'exploitation de l'entreprise, soixante-douze mille actions. Comme elles devaient rapporter sept et demi pour cent , on les enleva rapidement. Dans l'état de détresse où se trouvait le gouvernement, cette somme, qui lui arrivait au milieu des embarras d'une guerre ruineuse, était une bonne fortune inespérée. Profitant de la faveur qu'elle lui donna, M. de Silhouette essaya de réformer les dépenses personnelles du roi, celles des difflërents ministères, et il réduisit les pensions dépassant un certain chiffre. A l'exemple de ce qui se passait déjà en Angleterre, il imposa les objets de luxe, doubla la marque de l'or et de l'argent employés en bijoux, mit un impôt progressif sur les domestiques, les chevaux et les carrosses, frappa les célibataires d'une triple capitation, et tenta de soumettre toutes les fortunes, tant mobilières que territoriales, à une contribution évaluée au vingtième du revenu. M. de Silhouette s'était déjà aliéné les courtisans par la réduction des pensions; les parlements, que la subvention générale frappait à leur tour, se joignirent à eux. 11 n'en fallait pas tant pour le perdre ; il tomba bientôt, en effet, aux applaudissements de toute la nation, sans en excepter, bien entendu, la classe moyenne et les populations des campagnes qu'il se proposait de soulager1.

A partir de ce moment , la pénurie du trésor devint telle que , souvent , les fonds manquaient absolument , même pour les services les plus indispensables, les plus urgents. Dans cette extrémité, on ouvrait vite un emprunt à un intérêt excessif, on imposait un second, un troisième vingtième, on doublait, on triplait la capitation,

1 Collection de comptes rendus concernant les finances de France ; par Mathon de La Cour ; 1 vol. in -4°. Mémoire lu au conseil par'M. de Silhouette, en 1759. — Particularités sur les ministres des finances, par M. de Montyon, p. 130 et suiv.

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les quatre sous pour livre, etc. Là cessation de la guerre ne mit pas fin à cet état de choses. Les mêmes impôts furent continués dans le but de payer les dettes du passé. Pour faire prendre patience à ceux qui supportaient tout le fardeau, on leur annonça la formation d'un cadastre général de tous les biens-fonds du royaume , sans exception. Ce cadastre, à l'aide duquel tous les propriétaires indistinctement auraient payé une contribution fixe, proportionnée à la valeur et au produit de leurs biens , devait être terminé au bout de sept ans. Déjà, au surplus, Colbert, Vauban, Fénelon, de Machault, de Silhouette, enfin tous les hommes de cœur qui avaient réfléchi à l'iniquité de l'ancienne répartition de l'impôt avaient formé le même vœu, toujours rendu stérile par l'opposition des privilégiés.

Cependant, les parlements, dont la voix était l'écho de la justice toutes les fois que l'intérêt privé ne faussait pas leur opinion, adressaient au gouvernement des remontpances de jour en jour plus sévères sur l'excès et la mauvaise perception de l'impôt. « Il est indispensable, disait le parlement de Rouen en 1763, que le roi veuille bien faire remettre à son parlement l'état des revenus du royaume et de ses charges, qu'un édit annonce avoir été dressé. » Vers la même époque, la Cour des aides de Paris s'exprimait comme il suit au sujet de la continuation de l'impôt du vingtième : c L'impossibilité la plus entière s'oppose à la levée d'un impôt aussi ruineux sur la population, dont une grande partie manque du nécessaire le plus étroit. La Cour des aides ne croit devoir rien ajouter aux peintures touchantes et vraies qui ont été tant de fois présentées au roi de la misère qui accable les habitants des campagnes ; mais, si on osait insinuer à Sa Majesté que ces peintures sont outrées, la Cour alors ne pourrait s'empêcher de supplier le roi de vouloir bien écouter ses peuples eux-mêmes par la voix de leurs

3?8 PORTIum WtTOWQUES.

députés, dans \m convocation dos États généraux du royaume ' , 4

Le gouvernement ayant accordé aux parlementa quelques agepiptionf » quelques gr&ees nouvelles, les obèses suivirent leur cours ordinaire, Un édit enregistré en 1764, pendant le ministère du contrôleur généra) de Laverdy, est resté célèbre et devint le point de départ d'un système nouveau. Cet édit, qui autorisait l'exportation des grains toutes les fois qu'ils n'atteindraient pas un prix déterminé, imprima un élan salutaire à l'agriculture et à l'industrie. Cependant, l'arbitraire continuait à présider à l'assiette des impôts, et, grâce à Vinaxtricable confusion des tarifs de douanes, la fiscalité des fermiers généraux et de leurs agents était ruineuse pour le commerce. D'un autre côté, les ordonnances de comptant, payées, -comme on sait, sans que le motif de la dépense y fût indiqué, et soustraites aux vérifications de la Cour des comptes» s'accroissaient dans des pwn portions jusqu'alors inconnues. Enfin, le désordre de la comptabilité était tel, que la situation financière d'une année n'était établie définitivement quodouae ou quinze ans après. Une caisse d'escompte avait été fondée par le gouvernement, avec un capital de vingtoinq millions, pour faciliter les opérations des banquiers 4e la oour; elle ne réusait pas, çt la dotation affectée à cet objet servit, à acquitter quelques dépense* urgentes,

Le successeur du contrôleur généra) de Laverdy, Maynon d'Ynv%u, s'était fait remarquer dans l'intendance de Picardie; mai* il avait, aux yeux 4ft quelques personnes» un grand défaut- « Ou Uù supposait, dit Mt de Mûntyon, de la prédilection pour les idée* des économistes. * Son opération la plus importante fut la suppression du privilège de la Coofe* pagnie des Indes. C'était une mesure sage» libérale, que

1 Histoire financière dç la France ^ par Bfvilly, t. H, p. 1&4.

quelques per*QP9*a éqMrée* appiwvèreiit, mai* à laquelle les intéressé? firent, comme çelç a toujours lieu en pareil cas, une opposition assourdissante. Maynon d'Ynvau aurait d'ailleurs voulu réduire les dépenses et, faire face aux besoins du moment par des éeaupmies plutôt que par des créations d'impotë, et sans frapper les créanciers de l'État. C'était le plan, d'un esprit droit. d'w homme de bien, d'un digne émule de Turgqt, Par malheur, le Conseil, où l'influence du duc de Choiseul, qui V avait fait nommer, déclinait et palissait devant celle du chancelier Mstupeou, avait refusé d'en-r trer daqs les vues du contrôleur général. C'est alors que, réduit par uqe intrigue & proposer des combinaisons auxquelles on savait qull ne voulait pas adhérer, celui-ci avait, comme on 1> vu, donné sa démission*

Ainsi, des parlements qui accueillaient chaque nouvel impôt et chaque emprupt par des remontrances amères, à moins que le gouvernement n'endormît leur opposition par quelque ipesuro favorable à. leuys intérêt* ou à leurs privk léges ; des populations accablées gous le poids dea charges d'une longue guerre et de contributions écrasantes; le trésor public à sec ; un défioit annuel de plus de soixante millions ; une comptabilité eu désordre. ; le crédit épuisé et nulle confiance dans l'avenir; telle était la situation lorsque, le 21 décembre 1769» l'abbé Terray, qui depuis longtemps ait tendaH, dans les coulisses, le moment eu l'honnête Maynon d'Ynvau serait renversé, vit ses efforts enfin couronnés du succès et parut au? la ftcèfle»

Ceux qui s'étaient effrayés de la nomination de Maynon

d'Yïrv?iu §ur la réputetiou qu'U avait de s'associe? à ee qu'ils aRPetoisirt (es rêveries des éeouomiatea, durent se rassurer en apprenant quel successeur on lui avait donné. Nul homme,

en effet, ne fut jamais plus éloigné de ressembler à un économiste que l'abbé Terray. Les économistes, Turgot à leur tète, prétendaient que le gouvernement des' intérêts matériels d'un grand pays devait être subordonné à certains principes, à des règles qu'on ne pouvait méconnaître sans danger. Relativement à l'échange des produits du travail industriel ou agricole, les économistes pensaient qu'il était du devoir du gouvernement de le favoriser le plus possible, non-seulement dans l'intérieur du royaume, ce que ne voulaient pas même admettre les administrateurs du temps , voués, malgré des réclamations deux fois séculaires, au culte des douanes intérieures, mais encore de nation à nation. Les économistes disaient enfin, et c'était principalement sur ce point que portait la discussion au dix-huitième siècle, qu'aucune gêne, aucune entrave ne devait être apportée à la circulation des blés, et ils soutenaient avec une ardeur généreuse que la liberté de ce commerce serait tout à la fois un bienfait immense pour les consommateurs peu aisés, pour l'agriculture et pour le gouvernement lui-même, auquel elle épargnerait les crises périodiques qu'occasionnait le régime des barrières provinciales et de la restriction.

La doctrine de l'abbé Terray, sur ces différents points, fut, on doit le reconnaître, beaucoup plus simple, car elle consista à ne s'astreindre à aucun principe, à ne suivre d'autre règle que celle de l'utile, du profitable, non dans un intérêt généra] et permanent comme le font les grands ministres et les hommes d'État, mais au moment même où il agissait, et pour sortir d'un embarras passager. On a conservé trois Mémoires qu'il présenta au roi de 1770 à 1774 sur la situation des finances ' . Appréciée d'après ces documents, l'admi-

1 Collection des comptes rendus, pièces authentiques, états et tableaux concernant les finances de France, depuis 1 7 58 jusqu'en 1 78Î - (Par Mathon de La Cour.) Lausanne, 1788 ; 1 vol. in- 4°.

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nistration de ce contrôleur général serait un modèle d'habileté et de justice. Le Mémoire présenté en 1770 contient notamment un passage où Pabbé Terray essaye, avec une simplicité éloquente, de réveiller Louis XY de son funeste engourdissement. .

« Si le roi, disait l'abbé Terray, donnait ordre de retrancher sur les différentes parties, soit de sa maison, soit de la finance, quelques millions, quel bonheur pour l'État! J'ose assurer le roi que deux ou trois années passées sans emprunts nouveaux feraient baisser le taux de l'argent, et que le crédit public deviendrait aussi florissant qu'il est languissant. D'ailleurs, il y a encore des sources d'accroissement de revenus par une plus utile admimstration des finances; mais c'est un ouvrage de lenteur, dont il faut s'occuper sans délai ni relâche, et sur lequel on ne doit pas compter néanmoins pour un secours présent.

a 11 faut être sans besoin pour entreprendre des opérations qui, quoique très-fructueuses, peuvent intercepter ou suspendre, pendant quelque temps, la rentrée d'une partie des revenus.

« Ajoutez encore qu'on ne peut espérer de maintenir les impositions au point où elles sont portées. Il faut songer à se mettre en état de soulager le peuple successivement »

Ce langage était digne d'un grand ministre. Par malheur, Louis XV ne diminua pas ses dépenses. Bientôt, il fallut, en pleine paix, ouvrir de nouveaux emprunts; loin d'être adouci , l'impôt fut augmenté ; tous les engagements de l'État furent en outre violemment réduits dans une proportion considérable, arbitraire, et ce fut l'abbé Terray luimême qui fit adopter et exécuter toutes les mesures qu'il avait condamnées. Le contrôleur général établissait d'ailleurs dans son Mémoire :

Que la dette exigible arriérée s'élevait , au commence* ment de 1770, à 100 millions au moins ;

Que la différence de la recette à la dépense était de 63 millions ;

Que les fevehds de Tannée 1770, et quelques tiiftis éé l'année 1771 , avaient été entièrement cototortitaêfc d'avance, pouf satisfaite au* dépends de l'année lfttè;

Et qu'il tt'ftValt frtUé trouvé teh baisse un écd polir faire te service de 1770 , dont les dépenses devâietit ïrioiïtèr à 2-20 millions.

A peine installé dans m* fonctions , l'abbé Terrày avait rencontré une difficulté imprévus qu'il éuppos* lui avoir été suscitée par te due de Choiseul. 11 tirtttl&ît à cette époque pour 200 iftilliôh& de billets des Termes générales, cf assignations et de r&SCriplfonfe , Véritables bbns ûu trésor, qui jouissaient, dans le public, de la plus grande cofinance. Le service de ces valeurs était fait, à de très-gros intérêts, par tes banquiers de la cour, les sieurs de la Borde et Magon La Balue, protégés du due de Choiseul. Tout à coup, c'était vers les premiers mois de 1770 > le bruit courut qu'elles cesseraient d'être payées. Ge bruit ayant Causé une vivo émotion, le contrôleur général adressa immédiatement, pour lé démentir, là lettre suivante à \M receveur général , qui tfeçut l'ordre de l'eflvoyef circulàtremênt à tous ses collègues.

« M. Nogttès, Monsieur, viâtt*» Htë dire $m 1* bfûit se répan* dait que je Voulais arrêter 4e payement des rescriptions, et les faire convertir en contrats^ €e sont sans doute des personnes mal intentionnées et ennemies de la chose publique, qui font courir ces mauvais propos. Vous savez quelle est ma façon de penser à cet égard, et que je vous ai proposé dernièrement de m'expliquer par une lettre â MM. les receveurs généraux. Ces discours, contraires à la vérité, tendent à arrêter la circulation et là négociation des ressriptions, que je maintiendrai toujours, et à laquelle je fcuïs tïèséloigné de porter atteinte, puisque c'est la seule ressourcé pouf

L AUBE ÏEfttWt. 5SS

foire le icrvioe. Je vous prie de me rendre justice fcur eet objet} et die répandre ma façon de penser d'une manière cjtti rassure les personnes qui sont dans l'usage de cette négociation» dont Tinter* ruption arrêterait le service de l'État *. »

Quand l'abbé ïerray avait écrit cette lettre, il ne doutait pas que les billets des fermes, rescriptions et assignations ne continuassent à être payés, comme à l'ordinaire» pa* les banquiers de la coun À peine sa lettre étaitnelle partie et devenue publique* qu'on vint Tinforniér que le âervfce d** inscriptions allait elfe suspendu. C'était, disent les contemporains, l'effet d*uïle ïiïan&uvrè du duc de Choisëul , qui Croyait se débarrasser ainsi de l'abbé îerïay. En effet, si lé coup n'avait pas été prévenu » il pouvait en résulter une crise terrible, car le peu de fonds qu'il y avait en caisse étaient nécessaires pour le service des troupes. « Je vous plains bien , monsieur, dit un général de cour à l'abbé Terray, qu'il rencontra sur ces entrefaites; je ne sais comment vous vous tirerez de làk -— N'en soyes point inquiet, monsieur, répondit celui-ci ; je m'en tfrerai en grand gé* néral '. » Aussitôt, son plan fut arrêté, ses mesures prises. « Je suspens les assignations, écrivit-il au Chancelier ftïaupeou. Sifractus îllàbàtur orbiS, impavidùmferient ruinœ*.»

On peut se figurer l'émotion que cette nouvelle causa dans Paris. « Mettre la main sur ces fonds , a dit un contemporain, c'était la même chose que fouiller chez les par* culiers pour y enlever de force ce que chacun avait amassé ; brigandage d'autant plus criant qu'il s'exerçait au nom du

1 Mémoires de M. l'abbé Terray, 1. 1, p. 29. -^ Ce livre est* je rw dit plus haut, un pamphlet très-hostile à l'abbé Terray, mais il contient tan grand nombre de faits Vrais.

1 Particularités sur les ministres des finances célèbres, par M. de Montyon, p. 165, note.

8 Opinions du duc de Plaisance, etc., p. 29.

roi '. i Un autre témoin, beaucoup moins passionné et mieux à portée de savoir ce qui se passait, Mm* Du Deffand, écrivait, le 3 mars 1770, à son ami Horace Walpole, que l'abbé Terray était aux pieds de la Du Barry, qu'il n'en rougissait pas, et qu'il mangerait probablement les marrons que les autres tiraient du feu.

« Je ne sais pas, ajoutait-elle, quelles sont les vues du contrôleur général ; il n'est pas impossible qu'il n'ait pour but que le rétablissement des 6nances, et qu'il ne se contente de la gloire qui lui en reviendra. Il a toute la dureté et la fermeté de M. Colbert; reste à savoir s'il en a la capacité et les lumières, et si son intention n'est pas de pousser notre ami (le duc de Ghoiseul) et d'en faire un second Fouquet

a L'un des derniers édita, qui est sur les rescriptions, a fait ici un tintamarre, horrible. La Balue avait fermé son bureau. Le duc de Choiseul ayant appris cet événement, qui pouvait entraîner une banqueroute générale, courut chez le contrôleur et lui fit sentir tout le danger; Ton fit porter trois millions chez La Balue, qui rouvrit son bureau, recommença ses payements, et tout a été réparé ou du moins pallié. Une moitié du public croit que le contrôleur général a fait une cacade qui a montré son ignorance et sa mauvaise foi. D'autres disent qu'il y a été forcé par les intrigues de M. de Ghoiseul, qui, d'intelligence avec La Borde et La Balue, leur avait fait refuser de faire le prêt pour l'année, à moins d'une augmentation d'intérêt exorbitante.

a Votre cousin, qui est comme un fou, parce que son frère y est intéressé pour seize millions, assure qu'il n'en est rien, et les deux papiers que je vous envoie confirment ce qu'il dit. Reste à savoir si dans l'espace d'un jour ou deux qu'il y a eu entre les propos des banquiers, ces écrits et l'édit, il ne s'est pas passé des choses que nous ignorons f . »

Cependant, les papiers dont le payement était suspendu

1 Mémoires de l'abbéTeiray, p. 31.

* Lettres, etc., t. Il, p. 27 et suiv.

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avaient perdu immédiatement de 35 à 40 pour cent ; aussi l'inquiétude était grande parmi les capitalistes. Voltaire, qui avait deux cent mille francs de rescriptions, fut frappé comme tout le monde; mais ce ne fut pas sans crier. Les extraits suivants de sa, correspondance sont curieux à noter.

Du 3 mars 4770, à M. Tabareau. — a Pardonnez à un pauvre capucin, à qui M. l'abbé Terray ravit deux cent mille francs dans sa besace, d'épargner quatre sous. »

Du 5 mars 4770, à M. d'Argental. — * Si M. l'abbé Terray continue son petit train, nombre d'honnêtes gens seront obligés de quêter comme mes confrères. »

Du 47 mars y au même. — M. l'abbé Terray m'a pris, dans la caisse de M. de La Borde, tout ce que j'avais, tout ce que je possédais de bien libre, toute ma ressource. »

Du 26 mars, au même. — « Je ne sais aucune nouvelle des grandes opérations de M. l'abbé Terray..... Je trouve seulement qu'il ressemble à M. Bouvard ; il met au régime. »

Du 24 avril, à M. Hennin. — « M. l'abbé Terray continue à faire des siennes; il continue à me ruiner; il m'écrase sans en rien savoir. 11 faut avouer qu'il me met en grande compagnie. Vous savez le conte de l'homme qui criait au voleur quand il passait. Cela est fort plaisant, mais cela ne rend l'argent à personne. »

Du 20 juillet 4774, au maréchal de Richelieu, — « M. Terray m'a. pris deux cent mille livres d'argent comptant un peu à la Mandrin, dans le coffre-fort de M. Magon. Je lui pardonne cette opération de housard s'il ne nous prend tout le reste '. »

Ajoutons que, dix ans après, en 1781, les assignations et

1 Œuvres; correspondance, passim. — Enfin, Voltaire écrivit à l'abbé Terray, au mois de novembre 1772, une lettre dans laquelle il lui disait : « Je ne vous prie point de me faire payer actuellement ce qui m'est dû ; mais si vous pouvez seulement me promettre que je serai payé, au mots de janvier, d'une très-petite somme qui m'est nécessaire pour achever mes établissements, remprunterai cet argent avec confiance...»

rescriptioftô, demi le payement avait été suspendu en 1770» n'étaient pas encore acquittées et figuraient pour 84446,090 livres au chapitre de la dette publique. Quant au* billets des fermes et des receveur généraux, ils avaient été transformés d'offiee en rente à 4 pour cent. Enfin, en 1783» 32 millions d'assignations et de rescriptions attendaient encore une liquidation définitive '.

Matériellement, l'opération de l*abbè Terray avait réussi ; mais il y a des succès funestes. Tant qu'il fut au ministère, celui-là pesa en quelque sorte sur le contrôleur général et lui ôta toute confiance auprès du publie et des capitalistes* qui restèrent sourds s de parti pris, aux fréquents appels qu'il fut obligé de leur faire*. L'abbé Terray comprit les motifs de cette défaveur et les combattit plusieurs fois; il avait prétendu, dans son Compte rendu de iWo, que la nécessité l'avait conduit par la main, et que ce qu'il avait Fait VOÏôn* tairement, après l'avoir prévu et s*y être préparé autant que possible, serait arrive d'une manière imprévue et en désordre. En 1772, il revint sur le même sujet dans les termes suivants : « Personne, jusqu'à présent, n'a pu indiquer par quels moyens il était possible d'éviter une si cruelle opération. Plus de la moitié du public la prédisait chaque jour depuis longtemps ; et cette opinion, produite par le défaut de confiance , amenait avec elle l'indispensable né* cessité de l'exécuter*. »

Une fois lancé dans cette voie, l'abbé Terray ne s'y arrêta plus, et son ministère tout entier fut une succession non interrompue de dispositions violentes, justes quelque-

1 Hutéire financière As Ut France, par Bailly, t. II, p. 170, note. 1 Comptes rendus, etc., p. 65 et 79.

Ibis, presque toujours iniques» et ressemblant, dans Vous les cas, par la manière dent elles épient prescrites et accomplies, à de véritable! spoliations. Parmi les «esurçs utiles, eu égard à la situation au moment, il fyut ranger un édit qui suspendit l'effet de l'amortissement pendant huit ans. C'était, en effet» pousser la fiction de* chiites an delà des limites raisonnables, que d'affecter tous les ans une somme d'environ dix-aept militons à l'amortissement de la dette, alors que le budget présentait un déficit annuel de soixante-trois' millions. Un édit qui opéra une réduation proportionnelle sur les pensions causa une grande émotion,

à Paris surtout, où la plupart des pensionnais avaient

leur résidence. Écoutons à ce sujet Mme Du Deftand, que la mesure atteignit sensiblement, et qui en parle, d'ailleurs, sans aigreur : « Les édita qnt paro ; toute* les pensions perdent selon leur valeur î celle* au-dessous, deQQQ fr, ne payent que ee qu'elle» payaient depuis longtemps, un dixième ; celles de 1,200 fis, un disième et demi; ainsi, par gradation, jusqu'à don* mille éeus, qui est ma classe ; et celle-là et toutes celles qui saut par delà sont taxées aux trois dixièmes, ee qui, aven la retenue de deu* vingtièmes, fait un tiers de diminution, Ainfi, sur den* mille éeu* que j'avais, je perds deux mille frauea, et nulle francs suy les papiers royaux par mille éçug ! t *

La diminution des pension* de faveur était une mesure essentiellement juste et les circonstance* la commandaient; mais le contrôleur général upé?a bien d'autres réductions. Pendant plu* de quatre ans, de* édita bureaux qui paraiasaient d'ordinaire toua les mercredi* et qu'à <#we de eela on appela des mercuriales , tinrent la France en haleine*.

Je perche à donner, autant qne possible, sur Qes opérations , l'opinion des contemporains mêmes , surtout de

1 lettres, etc., t. II, p. 15.

ceux dont la passion n'avait pas troublé le jugement. « Il y a ici de grandes clameurs contre le nouveau contrôleur général, écrivait encore Mme Du Deffand vers la fin du mois de février 1770 ; un nommé Billard , eaissier de la ferme des postes, fit, il y a trois semaines ou un mois, une banqueroute de quatre à cinq millions; on a mis au-dessus de la porte de l'abbé Terray : Ici on joue le noble jeu de Billard .... On nous promet encore des édits une fois la semaine pendant quelque temps ; mais je n'ai plus rien à craindre '...»

Un autre contemporain, M. Lebrun, beaucoup plus favorable à l'abbé Terrav, fait les observations suivantes sur quelques-unes de ses opérations.

c 11 réduisit à 60 pour cent les effets du Canada, et d'autres billets discrédités sur la place. Les administrateurs du Canada avaient été accusés de fraude et de dilapidations, et ils avaient été l'objet de poursuites sévères. Les autres effets avaient une origine également suspecte, et perdaient au moins 50 pour cent sur la place. Sans doute il eût fallu, dans la règle, soumettre ces effets à une liquidation éclairée. Le ministre aima mieux les juger en masse sur leur réputation. Les intéressés crièrent, mais le coup était porté, et sans retour

c 11 existait encore, dit M. Lebrun, des restes d'anciennes tontines créées sous Louis X1Y. On trouva que les actionnaires vivaient trop longtemps, et ils menaçaient de vivre encore. On fixa les tontines au point où elles étaient parvenues a. » Il est bon d'observer que, par ce moyen, les actionnaires ne profitèrent pas du bénéfice des extinctions, qui devaient encore se produire jusqu'à la mort du dernier survivant de chaque classe d'associés tontiniers, et que,

1 Lettres, etc., t. II, p. 20.

* Opinions, rapports, etc., p. 29.

l'abbé terray. 589

grâce à cette opération, il se trouva que ceux-ci avaient placé leur argent en viager à un taux relativement beaucoup plus bas qu'il n'était loisible à tout le monde de le faire en conservant le capital.

Par la manière dont les défenseurs de F abbé Terray ont parlé de ses opérations, on peut comprendre l'irritation qu'elles devaient produire dans le public. Il serait aujourd'hui fastidieux d'en donner la nomenclature exacte. J'en citerai pourtant encore quelques-unes. Dans l'année 1770 seulement, le contrôleur général fit décréter, outre les mesures dont il vient d'être fait mention :

1° Le retranchement de la moitié des arrérages des rentes échues; '

2° La réduction, des rentes, tant viagères que perpétuelles, les unes d'un cinquième, les autres d'un quart, quelques-unes de moitié;

3° Pareille réduction sur les actions des fermes générales;

4° Une taxe de six millions sur les personnes anoblies depuis cinquante ans, auxquelles on fit payer ainsi une seconde fois les titres de noblesse qu'elles avaient achetés argent comptant;

5° Un emprunt forcé de vingt-huit millions sur les titulaires d'offices, avec intérêt de cinq pour cent;

6° Un autre emprunt, mais volontaire, de cent soixante millions, moitié en argent et moitié en effets royaux ;

7° Des créations de nouvelles maîtrises dans tous les arts et métiers, ainsi que d'offices municipaux et autres;

8° Des dons gratuits extraordinaires s'élevant à quarante et un millions à prélever sur le clergé, l'ordre du Saint- Esprit, les pays d'État ;

9° L'augmentation des cautionnements des receveurs généraux;

10° L'obligation pour les villes de livrer au gouverne-

590 PORTBAITt HISTORIQUES.

ment les fonda deatinés jt r acquittement de tours dettes;

if La violation des dépota judiciaires par la substitution d'effets dépréciés du trésor public aux espèces consignées;

12° Enfin, la révocation de toutes les aliénations, tant des pentes, biens et droits domaniaux qui avaient été eédés soit à des particuliers, soit h diverses ville? et provinces, que des gages attribués aux officiers de gabelles et des eaux et forêts, sans restituer aux intéressés les sommes qu'ils avaient payées.

Ces diverses mesures ne procurèrent guère au trésor que cent millions effectifs. Toutefois, grâce à cette rentrée, une partie des effets royaux négociables hit annulée; en outre, vingt millions d'intérêts courants furent supprimés, et la dette annuelle fut allégée de quatorse millions. Enfin, la conversion des tontines en rentes viagères devait donner un bénéfice que, d'après la probabilité de la vie des rentiers, le contrôleur général n'évaluait pas à moins de cent cinquante millions l .

Que faisaient cependant les rédacteurs de ces vertueuses remontrances dont on a lu ei-éessus quelques extraits? Hélas ! ils gardaient le silence. L'abbé Teway, qui était sorti du parlement, et qui connaissait son monde, av*tt trouvé, pour endormir l'indignation de ses apetens collègues, un moyen qu'il se garda bien de négliger, on ayant lui-même éprouvé l'efficacité. Ici encore, je veux citer l'appréciation d'un contemporain, dont personne ne suspectera la bonne foi, M. do Montyon. «Pour éloigner la résistance du parlement, dit-il, un traitement avantageux lui fut fait indirectement, en ce que les rentes perpétuelles dans lesquelles les membres de ce corps étaient principalement intéressés n'éprouvèrent qu'une réduction d'un quinzième, tandis que les rentes viagères en souffrirent une d'un

* Buteirc faaneière <U la France, pa* Bsilly, t. I|f §. 171.

là**t TBB1AT. 8»4

dixième. Ge devait être précisément le coptraire ; car la réduction du viager parlait sur Pintérêt ei le principal ) et, quand la malheureuse situation de* finances force à faire wbir aux créanciers un traitement rigoureux , il faut au mains qu'il y ait une ppqpartkm dans la répartition du malfoqr, et une sorte de justice dans l'injustice h »

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