‹ Portraits intimes (volume 2)Chapitre 17 sur 22 · M- HENRI MEILHAC · texte numérisé non relu

M- HENRI MEILHAC

« Monsieur Mcilhac! »

Le nouveau valet de chambre, correct et grave (vous savez que M. Meilhac a perdu, et dans des circonstances mémorables, son vieux serviteur), m'ouvre la porte. Me voici dans la salle de billard, pièce somptueuse, où le maître de céans, tout en causant avec ses amis, se livre aux douceurs hygiéniques du carambolage. Pour l'instant, cette salle a l'air d'une bibliothèque. Partout des volumes et des brochures. L'illustre dramaturge adore les livres; et il en a de magnifiques, entre autres le « fameux Molière de lOOOOfr. «que guettent les bibliophiles... Je franchis le seuil du cabinet de travail. M. Meilhac est assis dans son grand fauteuil, auprès du guéridon où furent écrites les plus jolies pièces du théâtre contemporain. L'auteur de Grosse fortune supporte allègrement la xantainesoi; il a le teint mat d'un Fils du Ciel, la moustache d'un guerrier tartare, le ventre rondelet

d'un général en retraite, des yeux curieusement ironiques et mobiles, une voix courte, brève, sèche et sans timbre, une voix de douairière spirituelle. Il s'est placé à contre-jour; je ne puis voir son nez, ni sa bouche, mais j'aperçois son crâne luisant comme une bille d'ivoire, encadré de deux touffes de cheveux follets. Je sens peser sur moi, non sans un soupçon de gêne, son regard indifférent.

... Et l'on cause...

M. Meilhac n'aime pas les phrases : il abhorre les phraseurs; il veut que la question qu'on lui pose aille droit au but et n'exige pas une trop longue réponse. 11 ne se complaît pas, comme certains, aux confidences; son moi l'intéresse assurément, mais il ne lient pas à l'étaler en public; s'il lui arrive de s'analyser, il préfère garder pour lui ses observations :

« Est-ce bien utile de m'interroger? »

C'est son premier mot... Et comme j'insiste, il part à tout petits pas sur le chemin des vieux souvenirs. Et l'on dirait que chaque parole coûte à sa modestie un léger effort.

M. Meilhac fut au lycée le vétéran de M. Ludovic Halévy et l'élève de M. Joseph Bertrand, qui Font précédé à l'Académie. On pourrait supposer que Meilhac et Halévy, sur les bancs du collège, jetèrent les bases de leur future collaboration. Il n'en fut rien. Ils se sentaient médiocrement attirés l'un vers l'autre. Meilhac, qui était poète, avait quelque dédain pour

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