M. EDOUARD LOCKROY
Sa physionomie est extraordinairement mobile au physique et au moral. Il ne peut rester en place, il est tourmenté d'un perpétuel besoin de mouvement, et l'on raconte qu'il ne s'est jamais assis qu'à moitié sur le siège qui lui était orTerl, que ce fût un fauteuil, une chaise ou un simple tabouret. Quand il écrit, il se pose en amazone sur un angle de la table. Il écrase entre ses doigts vingt cigarettes qu'il jette aussitôt allumées, et mâchonne des cigares de midi «'i trois heures du matin. Sa parole est toute en saillies, son regard spirituel et inquiet. Ce petit homme, maigre et nerveux, est capable, sous une excitation violente, d'accomplir des actes très énergiques. Ce qui lui manque c'est le sang-froid, la volonté patiente, la lente ténacité, et peut-être aussi l'esprit de suite. Il est ondoyant et divers, et sa vie est l'image de son caractère. Elle se compose d'une série d'entreprises dirigées dans tous les sens et bientôt aban-
données. M. Lockroy fut toar à tour soldat, peintre, explorateur, archéologue, chroniqueur boulevardier, ministre et, pour finir, amiral. Il peut être intéressant de le considérer sous ces aspects successifs.
M. Edouard Lockroy n'avait pas vingt ans quand il s'enrôla sous la bannière de Garibaldi. Il lui fut présenté par son père, Simon Lockroy, le fécond vaudevilliste, l'auteur populaire des Dragons de Villars. Le héros prit le jeune volontaire dans son état-major. Et l'on se mit en campagne. Le joyeux temps 1 M. Edouard Lockroy ne tarit pas quand on le pousse sur ce chapitre. Garibaldi marchait sur Palerme. Il traverse un village très important dont toutes les maisons étaient closes et que les habitants semblaient avoir déserté. On se lance à leur recherche. Ils s'étaient réfugiés à l'église, autour de leur vieux curé. Celui-ci, en apercevant Garibaldi, est saisi d'une grande émotion. Il s'approche du général et lui dit : « Descends de ton cheval ! » Garibaldi obéit. Le curé élève son crucifix et ajoute d'une voix vibrante : « Incline-toi!... » Garibaldi s'agenouille. Et le prêtre, enflammé d'un saint enthousiasme, s'écrie : « Regardez! le héros qui marche de succès en succès, qui gagne bataille sur bataille, vient de se courber devant Celui qui donne la victoire! » Ces paroles furent saluées de furieux applaudissements. Par sa condescendance, Garibaldi venait de conquérir une population qui lui était hostile. Il donna, ce jour-là, à l'adolescent Edouard Lockroy une leçon de sagesse et de