‹ Portraits intimes (volume 4)Chapitre 14 sur 50 · LE JOURNAL D'EDMOND ABOUT · texte numérisé non relu

LE JOURNAL D'EDMOND ABOUT

encore TAbout délicieux, TAbout ensorceleur de la vingtième année, Tauteur de Tolla et de la Grèce contemporaine^ le chroniqueur du Figaro^ le conteur de rHomme à Voreille cassée et de Madelon. Sous le front grisonnant du journaliste maussade, il leur semblait voir luire ToBil moqueur de ce Valentin de Qtievilly qui avait tourné toutes les tètes brunes et blondes, et conquis Paris par sa grâce cavalière...

Sarcey nous dira peut-être un jour ce qu'était About au début de sa carrière, et complétera la silhouette qu'il a tracée dans ses Souvenirs» Il nous introduira en ce rez-de-chaussée de la cité Trévise, où pendant deux ans défilèrent les hommes d'esprit et les jolies femmes de tous les mondes, même du grand monde; — il nous ouvrira cette laborieuse garçonnière, ce temple du travail et du plaisir, où l'encre et le Champagne coulaient à flots, où naquit le sourire de Risette^ où grondèrent les jurons du capitaine Bitterlin,..

Aujourd'hui, le Jf/A? Siècle s'est transformé. C'est toujours lui et ce n'est plus lui. L'ancienne rédaction s'est dispersée. Liébert, La Rounat, Charles Bigot sont morts; Schnerb est devenu conseiller d'État; Pellegrin représente la France quelque part en Orient, comme consul. Sarcey et Fouquier, toujours sur la brèche, alimentent de leur prose les grands journaux de Paris et de province. Le plus philosophe et — h certains égards — le plus sage fut Paul

Lafargue qui, ayant renoncé à la presse, à ses pompes et à ses œuvres, se retira en un ravissant castel situé sur les bords de TOrge, à Juvisy... Pendant plusieurs années, il pécha k la ligne, ce qui lui procura des joies infiniment pures... Puis, un beau jour, la politique le ressaisit — tant il est vrai que Ton revient toujours à ses premières amours...

Page 1