MARCEL PREVOST
entendu dire de Marcel Prévost, de sa physionomie, de sa taille. Son nom me vint aux lèvres... Nous nous regardâmes... La connaissance fut vite faite. Et nous voilà causant littérature, tandis que la locomotive nous emportait à toute vapeur.
Et Marcel Prévost me raconta ses débuts, comment, ayant quitté TÉcole polytechnique, il avait été envoyé en garnison dans une petite ville, noire et froide, du département du Nord; comment, pour conjurer Tennui des longues soirées d'hiver, il avait eu l'idée d'écrire un livre; comment cet ouvrage, le Scorpion^ avait, contre toute espérance, séduit le directeur d'un journal parisien; comment l'auteur s'était trouvé engagé, sans presque y songer, dans la voie des lettres.
— Mes amis et mes ennemis prétendent, me dit en riant Marcel Prévost, qu'un bon génie me protège.
Entre nous, je ne crois pas qu'il ait besoin d'être protégé, fût-ce par un bon génie, fût-ce par une fée. Il se protège lui-même. Il est taillé pour la lutte. Considérez ce front et ce menton volontaires, ce nez court et bien planté, cette tête solidement assise sur un torse vigoureux. Cela respire la force, l'équilibre et la parfaite possession de soi. Et si maintenant vous vous attachez à l'expression du regard, vous ne pourrez vous défendre d'en admirer l'énergie. Ce regard n'est pas d'un sentimental, ni d'un rêveur, mais d'un ambitieux qui connaît son but, quels che-
mins y mènent, et qui marche avec ténacité dans la voie qu'il s'est tracée. Marcel Prévost veut arriver à la fortune, à la gloire, aux honneurs officiels. Il s'est juré d'y parvenir : il y parviendra. Il a pour lui un talent clair, une forme aisée, une imagination séduisante; il sait unir la logique au romanesque; il possède l'art de plaire aux femmes, en leur posant des problèmes qui émoustillent leur curiosité. Et, pour achever de les conquérir, il ne dédaigne pas de leur servir, de temps à autre, des mets épicés, par exemple ces voluptueuses Lettres de femmes^ dont le succès fut retentissant...
Attendez toutefois... Cet esprit sérieux, nourri de chiffres et de sciences positives, formule çà et là des théories chimériques. Il se proclame, en un de ses livres, l'ennemi implacable de l'amour... Partant de cette vérité que l'amour est la source des maux innombrables dont souffre l'humanité, il en conclut que l'amour est chose mauvaise, et que l'on doit, sinon s'en garer complètement, ce qui n'est point compatible avec nos faiblesses, du moins le traiter comme il le mérite, c'est-à-dire sans le prendre au sérieux : « L'amour n'est qu'un geste; sa moralité est limitée par le bien ou le mal que ce geste cause autour de lui; de moralité intrinsèque, il n'en a point. En lui-même, il n'est ni noble, ni honteux; il est seulement égoïste. » En d'autres termes, ne mettez dans l'amour rien de votre esprit, ni de votre âme; creusez un fossé entre votre vie amoureuse et votre