‹ Portraits intimes (volume 4)Chapitre 28 sur 50 · EMILE FAGUET · texte numérisé non relu

EMILE FAGUET

Pendant plusieurs années, Emile Faguet s'est répandu au dehors, non pas tout à fait pour son plaisir, mais par obligation professionnelle. Il rendait compte, d'abord à la France, puis au Soleil, des nouveautés dramatiques. Il lui fallait, à l'exemple de son ami Sarcey, et de nous tous, forçats et martyrs du feuilleton, courir chaque soir aux quatre coins de Paris et avaler des drames monstrueux et d'ineptes vaudevilles... Faguet écoutait ces productions avec calme et les jugeait avec indulgence... Il ne se mettait jamais en colère et gardait en toute occasion une âme sereine. Mais je ne crois pas qu'il aimât beaucoup le théâtre, qu'il l'aimât avec folie, comme ceux qui l'aiment vraiment, qu'il aimât tout du théâtre, l'air qu'on y respire, les ragots qui y circulent, les cabotins et les cabotines, ces mille riens absurdes qui ont tant d'attraits pour les piliers de coulisses... Non! il passait, amusé quelquefois, mais au fond très indifférent au milieu de toutes ces choses, et j'imagine que lorsqu'il rentrait de ces nocturnes expéditions et qu'il se retrouvait dans la solitude apaisée de sa « cellule », il devait ressentir une impression de soulagement et de secrète allégresse...

Aujourd'hui, Emile Faguet a renoncé au théâtre. Il se consacre tout entier à l'enseignement et aux études de haute critique : sa renommée littéraire est bien assise, sa situation ne peut que grandir. II professe à la Sorbonne; et bientôt, sans doute, l'Institut offrira un fauteuil à cet homme modeste, qui ne

doit sa fontine qu'à ses œuvres... Peut-être Faguet m*en voudra-t-il d'avoir levé un petit coin du voile qui cache sa vie privée... Mais il est bon parfois de montrer au public que tous ceux qui ont passé par le journalisme ne sont pas des gens de cercles qui bâclent leur copie en sablant le Champagne avec des filles de joie, et que si nous avons nos Lauzun et nos Brtlmmel, nous avons aussi nos Gaton et nos Sully I...

Les conférences sont à la mode... Occupons-nous de MM. les conférenciers. Il en est de bruns, de blonds, de gros, de minces, de calmes, de violents, de gracieux, de farouches. Il en est qui improvisent, d'autres qui récitent, d'autres qui lisent et quelquesuns qui bafouillent. Us parlent partout, ils parlent de tout. Parfois ils commentent une pièce de théâtre, parfois ils sont accompagnés d'aimables chanteuses, auxquelles ils servent de chevaliers et d'introducteurs... Suivons-les, écoutons-les, regardons-les; et regardons ceux et celles qui viennent savourer leur éloquence.

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