GEORGES CLAIRIN ET HENRI REGNAULT
Georges Clairin peut compter parmi les plus heureux de ce monde. Il aime infiniment sa profession, il y excelle; il a pu y consacrer, sans obstacle, tous les moments de sa vie... Sa carrière est toute simple et peut se résumer en quelques lignes. Poussé par une impérieuse vocation, il entre à TÉcole des Beaux- Arts où il contracte des amitiés précieuses. En 1864, il envoie au Salon son premier tableau, Une Charrette de blessés^ qui attire Tattention de la critique. Puis il part, avec Henri Regnault, pour TEspagne, le Portugal, le Maroc. Il brosse en ces pays lointains des toiles expressives et lumineuses, qui sont très bien accueillies. Il revient en France et travaille avec son vieux maître Pils à la décoration de l'Opéra. Ici, une voie nouvelle s'ouvre devant lui : il s'applique à transformer, à rajeunir la peinture décorative; il rompt avec la mythologie et remplace àudacieusement les vieilles allégories par des motifs empruntés à la vie
moderne... Les muses, les nymphes et les dryades s'efiFacent devant les Parisiennes coquettement attifées; les satyres sont chassés par des clowns enfarinés et le gros Silène est supplanté par un Hanlon-lee aux longs bras dégingandés. Les plafonds de TËden témoignent d'une fantaisie, d'une imagination, d'une verve, d'un esprit délicieux... Cependant notre peintre ne se voue pas exclusivement à l'ornement des corniches; de temps à autre il descend sur terre; il peint des portraits, des tableaux d'histoire ; il exécute des panneaux pour l'Hôtel de Ville, pour la Sorbonne, pour la Bourse de Commerce... Aujourd'hui Clairin, jeune encore, est en pleine possession de son talent. 11 est adoré des siens, estimé de ses camarades ; il ne compte autour de lui que des sympathies, qu'il doit à ses rares qualités de cœur et d'intelligence. Il est obligeant, serviable, toujours à la disposition de ses amis et avec cela un bon garçon, simple et modeste... Voilà, direz-vous, un portrait élogieux... Je vous assure qu'il n'est nullement flatté...
On ne peut guère parler de Clairin sans parler de Henri Regnault dont il fut le meilleur et le plus fidèle ami. Us s'étaient connus à l'École des Beaux- Arts. Henri Regnault était l'illustration et la gloire de l'Ëcole. Beau comme un jeune dieu, fort comme un athlète, poète délicat et chanteur exquis, il émerveillait ses compagnons pat ses talents innombrables. Clairin commença par l'admirer, puis il l'aima d'une amitié tendre et dévouée. Henri Regnault, de son