LE BOUILLANT ACHILLE
fumé, plus coquet. Taille fine et cambrée, la barbe en pointe, les cheveux coupés drus et courts à la hussarde, lé gilet blanc étroitement boutonné, camélia à la boutonnière, un pied d'Andalouse serré dans la bottine vernie, le tube éblouissant sortant de chez le bon faiseur, tel apparaît Emmanuel.
11 passe sur les boulevards à demi couché dans sa Victoria; les coulisses de TOpéra n'ont pour lui aucun mystère. Il est Thomme des premières représentations, des dîners politiques, des salons où Ton bâille et de ceux où Ton s'amuse. Et de temps à autre, par hygiène, il s'offre la distraction d'un petit duel qui se termine généralement à son avantage. Ainsi triomphe Emmanuel, beau comme Apollon, irrésistible comme Richelieu, toujours prêt comme Girot à « célébrer le Champagne et l'amour », toujours disposé comme Comminge à se rendre au Pré-aux-Clercs,
Dix ans s'écoulent.. Le ciel s'est obscurci, la tempête éclate. Et quelle tempête! Panama, la commission d'enquête, les assauts furieux de la presse, les sinistres séances où souffle l'esprit du tribunal révolutionnaire... jetons un voile sur ces lugubres événements.
Aujourd'hui, Emmanuel est rentré en scène. Le suffrage universel a renouvelé son mandat, lui donnant une éclatante marque d'estime. Que voulezvous? Les électeurs de Corse adorent ce député, qui n'est pas fier avec eux et qui embrasse les belles filles dans les rues d'Ajaccio.
Quand ils lisent le compte rendu d*une séance agitée; quand ils apprennent que leur ami vient d'envoyer à quelque collègue de la droite un nouveau cartel, leur cœur est ému, et ils s^écrient avec fierté :
— toujours le môme, notre Emmanuell