LES DEBUTS LITTÉRAIRES DE HENRI MEILHAC
roge son notaire pour savoir si le prétendant de sa &lfi est dans une belle situation :
Notaire, écoutez-moi :
Ce Georges veut, je crois, entrer dans ma famille. En fiacre, il a pincé le genou de ma fille, Et ma fille a passé la main dans ses cheveux... Il la botte. C'est bien î Moi, pas bête, je veux Savoir s'il a deTos...
Cette fantaisie ultra-lyrique, illustrée par Marcelin, obtint un réel succès. Talin semblait être devenu une des colonnes du journal, lorsque, brusquement, vers le mois de septembre 1853, sa collaboration s'interrompit. Le chroniqueur s'éclipsa devant Fauteur dramatique! Talin donna naissance à Meilhac, et c'est sous son vrai nom que ce dernier fit jouer au Palais- Royal, le 29 mai 1856, une pièce en un acte, intitulée la Sarabande du Cardinal.
Assurément, ce premier essai n'est pas exempt de gaucherie, c'est une œuvre d'enfant lorsqu'on la compare à Gotte ou k Décoré, mais on y trouve de l'esprit, de la finesse et même quelque chose de plus, un soupçon de cette ironie souriante qui donne une saveur si spéciale aux comédies de Meilhac.
Au lieu de choisir pour sujet de pièce un de ces Imbroglios savamment emmêlés, dont l'action sur le public est irrésistible, notre jeune auteur emprunte à la vie de tous les jours les éléments de son œuvre. Ne trouvez- vous pas ce fait digne de remarque? La Sarabande du Cardinal n'est pas un vaudeville à
tiroirs : c'est déjà une comédie, dont Taction repose sur des sentiments humains.
Meilhac y met en scène un diplomate grotesque, qui rappelle par sa physionomie compassée la future silhouette du baron Grog. C'est un duc authentique, fier de ses dix quartiers, et qui se vante (c'est une de ses prétentions) de n'avoir jamais cédé aux fantaisies d'une femme. Il est bientôt puni de son orgueil. Amené chez une comédienne, M"® Caprice, il subit le charme de son sourire, il est pris au piège de ses yeux rieurs. Caprice n'a pas le respect des ambassadeurs.
« — Pourquoi vous étes-vous fait diplomate?
demanda-t-elle au dut;.
« — Parce que j'ai trois cent mille livres de rentes, dit-il gravement, et que j'ai pensé que les gens riches doivent à leur pays le sacrifice de leur intelligence. »
Ce dialogue est déjà, plein de malice, la suite est plus piquante. Caprice reçoit, de son théâtre, une lettre, lui ordonnant de doubler, le soir même, une de ses camarades. Elle sait le rôle; mais elle a besoin de le répéter, et elle n'a personne pour lui donner la réplique. « Ah! si Gontran était ici, s'écrie-t-elle, il ne se ferait pas prier I On m'embrasse à chaque instant dans la pièce. Gontran adore cette pièce-là... » Le duc ouvre les yeux; la perspective de remplacer Gontran ne lui semble pas désagréable. Il propose ses services d'une voix timide; on les accepte, et, cinq minutes après, l'ambassadeur et la comédienne échangent un dialogue dans le goût de celui-ci :