‹ Portraits intimes (volume 5)Chapitre 23 sur 37 · LE « LADIES CLUB > DE PARIS · texte numérisé non relu

LE « LADIES CLUB > DE PARIS

mutuellement. Et le Ladies club obtient ce qui nous eût été individuellement refusé. >

Allons ! ces dames sont intelligentes ! Si elles dédaignent les hommes, elles savent s'en servir.

Ma curiosité est insatiable... Lorsqu'une correspondante du Ladies club débarque de province ou de l'étranger, lui donne-ton l'hospitalité complète? la couche- t-on? ou bien est-elle contrainte d'aller' passer la nuit à l'hôtel? Le cas a été prévu... Le Ladies club n'a pas de chambres, mais, à côté, il existe un bâtiment annexe où des appartements sont préparés.

Et M"^*» la douairière continue de sourire, en ra'exposant cet agencement ingénieux.

Aurai-je enfin le loisir de considérer M™« la présidente de Marsy? Elle vient s'installer auprès de nous, toujours flanquée de mon intéressante collègue d'outremer. Elle a franchi depuis longtemps le cap de l'adolescence, mais elle a de beaux restes, une taille flexible, des yeux expressifs et des cheveux d'or vénitien. Son geste et son discours sont d'une irréprochable correction. Et, toutefois, elle y met de la véhémence; elle me retrace ses efl*orts, les difficultés qu'on lui opposa, les préjugés qu'elle eut à vaincre, les sacrifices que lui coûta la réalisation de son dessein. Elle y a consacré sa fortune, celle de sa tante. Maintenant, elles sont payées de leurs peines. De toutes parts, des lettres arrivent, enthousiastes, chaleureuses. M"^® d'Aurelles de Paladine, la comtesse de Lamothe, M"^® Porcher, la marquise de Tallenay, sont parmi les adhérentes. D'autres écrivent, des inconnues et des inconnus. Car le sexe laid s'en mêle.

« Je vais vous communiquer quelques autographes. »

Elle m'en rapporte un paquet et me signale deux épîtres dont elle m'autorise à prendre copie, l'une d'un certain M. D..., habitant la banlieue :

« Ce sera charmant pour nos femmes, obligées d'aller faire leurs courses à Paris, et réconfortant pour les maris, sachant qu'ils n'ont rien à craindre des entreprises du voisin... »

La seconde est conçue dans une gamme plus sentimentale. Elle émane de M. L. D..., un « brillant officier de l'armée française » :

€ La société, à notre époque, a besoin d'épanchements après les dures épreuves subies. Je désire que de l'amitié comme vous savez la comprendre puisse naître une occasion de rencontrer une personne délicate. Je vous prie de me faire inscrire comme membre de votre association. >

Les effusions de M. L. D... m'inspirent quelque doute sur la gravité de sa missive. Mais ce doute que je soumets, trop librement peut-être, à M™« la présidente semble l'offenser.

« M. L. D..., reprend-elle vivement, est un homme de parfaite bonne foi. J'ai dû repousser sa candidature, et il s'en est montré très affligé. Mais nos statuts sont formels. Les messieurs, sous nul prétexte, ne doiVent franchir ce seuil. — Vous ne tolérez aucune infraction? — Aucune! — Et vous ne vous ennuyez pas sans nous? »

Une triple exclamation salue cette remarque incongrue. M"^^ la présidente, M™« la douairière et la chroniqueuse de New York s'écrient comme un seul homme — je veux dire comme une seule lady :

« Vous savez bien vous passer des femmes, dans vos cercles... et ailleurs! >

Je juge à propos de prendre congé, la conversation devenant embarrassante. On daigne me permettre de jeter un regard sur l'aménagement de l'immeuble. Je traverse, au premier étage, un salon blanc, élégant et virginal, j'entrevois un cabinet de toilette où scin^ tillent des cristaux; je redescends dans la salle à

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