L'EXPLORATEUR BONVALOT ET LES ASPIRANTS COLONS
€ Alors, peut-on savoir comment vous est venu ce grand amour des voyages ? Est-ce (comme à Valmajour son talent sur le galoubet) en entendant chanter le rossignol! »
La pièce où me reçoit l'explorateur Bonvalot ne ressemble pas à l'intérieur d'une hutte mongole. C'est un salon tout moderne et meublé à la moderne de fauteuils Louis XVI, de faux tapis d'Orient, de tables de chez Galle; on n'y remarque pas de peaux de tigres, ni de cornes de bison, ni de défenses d'éléphants. Sur la cheminée sont des photographies dans des cadres de peluche. Je me croirais dans le logis d'un parfait notaire, n'était le maître de céans qui porte sur sa figure, dans l'expression de ses regards, dans ses paroles, dans toute sa façon d'être, l'empreinte de la vie qu'il a menée. Imaginez un gaillard de cinq pieds six pouces, formidablement râblé et musclé, aujourd'hui guéri des rhumatismes qu'il a rapportés des hauts plateaux de l'Asie et prêt, pour peu qu'on l'en défie, à affronter de nouveaux dangers. L'œil est franc
et très clair, la voix cordiale. Il y traîne comme un léger accent champenois; le verbe est abondant, colore, d'un parfait naturel, sinon d'une grande distinction. Gabriel Bonvalot a l'éloquence familière. Il ne recule devant aucun mot, s'il exprime sa pensée, et, quand il est emporté par la chaleur du discours, quand il enfourche quelqu'un de ses dadas c favoris », il lève le poing — ce poing qui s'est abattu plus d'une fois sur le crâne des Chinois récalcitrants.
€ Vous croyez vraiment que le public s'intéresse à mon histoire? »
Je l'assure que cette histoire est excellente à racon ter et que les fils de famille inoccupés en tireront un réel profit.
Il se résigne, sans fausse modestie, à contenter ma curiosité. Et il m'apprend que, dès l'âge de huit ans , à Tâge où l'on se repaît de Robinson, il avait résolu , dans son for intérieur, de courir le monde. Les catastrophes de 1870 l'affermirent en cette intention. Il passa aussitôt après la guerre (il avait seize ans) §on baccalauréat et résolut d'acquérir les connaissances pratiques qui avaient manqué à nos soldats et surtout d'apprendre sur place les langues étrangères. Il mit dans sa poche le billet de cent francs que lui octroya la générosité paternelle, et il boucla son sac. Ceci n'est pas une métaphore. Il a conservé pieusement le vieux sac de cuir qui a fait avec lui le tour de l'Europe. Ainsi les invalides de la vieille garde ne se séparèrent jamais de leurs épaulettes.
€ Quand tu n'auras plus d'argent, tu reviendras, lui dit son père. .
— Quand je n'aurai plus d'argent, j'en gagnerai », se dit Bonvalot...
Cent francs sont vite dépensés. On croyait voir rentrer au bout de huit jours l'enfant prodigue, il demeura deux ans absent. Il enseigna la géométrie en Prusse,
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Te français en Russie, les arts d'agrément en Angleterre. Il s'assimila les idiomes de ces divers pays et lorsqu'il se crut suffisamment préparé, il tourna les yeux vers l'Asie. Ce continent, qui fut le berceau de notre race, l'attirait plus que l'Afrique. Il rêvait d'y retrouver les cités et les routes perdues qui reliaient jadis le Levant et l'Occident, et de rouvrir une communication terrestre entre ces points opposés du globe. Comme il n'avait pas assez de crédit pour obtenir une mission du gouvernement, il s'enrôla sous les ordres d'un explorateur. Puis, ce dernier étant tombé malade, 41 prit la direction de la troupe. Une heureuse étoile le protégeait. Il était marqué par la destinée pour entreprendre de vastes desseins. Et c'est de la sorte que s'accomplit la première expédition de Gabriel Bonvalot.
Il interrompt sa narration et me prenant sous le bras :
€ Maintenant que vous savez comment c ça m'est venu », mettons-nous à table. Nous continuerons de bavarder, en cassant une croûte. »
Le déjeuner fut exquis. Et il me causa une déception. J'espérais vaguement que Bonvalot m'offrirait quelques mets extraordinaires, peut-être la thouzma, plum-pudding rustique composé de saindoux, de graines pilées et copieusement arrosé de vodka, ou bien des boyaux de mouton, à peu près vidés et cuits sur la braise, tout au moins une tasse de c thé au beurre » accompagnée d'une c galette à la graisse salée », quelque bagatelle enfin qui rappelât le Tibet ou le Pamir. Je dus me contenter d'un succulent bifteck, qui n'était même pas un bifteck d'ours. Et, sans s'aviser de mon désappointement, Gabriel Bonvalot continuait :
€ N'est-ce pas malheureux de penser que des jeunes gens, qui ont bon pied, bon œil, et qui ont obtenu parfois le prix de gymnastique, sollicitent des places de
ronds-de-cuir, s'enferment dans des bureaux, derrière des cartons verts ! ! »
Il en parle à son aise! Tout le monde n'a pas la vocation. 11 ne suffit point d'avoir des jambes pour diriger une colonne à travers les hauts plateaux. Il faut , posséder une énergie morale considérable. Cela me conduit à demander à Bonvalot quelles sont les qualités essentielles de l'explorateur, celles qui lui sont le plus précieuses. Je voudrais qu'il me donnât une indication sur la psychologie de son métier. Ma question ne l'embarrasse aucunement. 11 se l'est souvent posée :
€ Au fond, il n'y a qu'une qualité. C'est le sangfroid. Il faut que la possession de soi-même augmente avec le danger. Tout est là. Et je crois bien que c'est un don de nature. Ainsi tenez! Je suis violent, quand je m'y mets. Je m'emporterai contre mon bottier, s'il me fabrique des chaussures trop étroites; et j'entrerai, à propos d'un morceau de fromage, dans un furieux accès de colère. Mais vienne un péril réel; qu'une tempête de neige nous engloutisse, que des Pavillons-Noirs s'apprêtent à nous occire, qu'il s'agisse de parlementer avec un lama perfide. Et soudain, je me ressaisis. J'ai une patience, une lucidité, une présence d'esprit qui me surprennent. Je ne me fais point d'illusions. Je sais que la mort est là, tout près, et qu'il y a neuf chances sur dix pour n'y pas échapper; et cela me devient tout à fait indifférent. Il me semble que c'est une autre personne qui est enjeu. Je m'extériorise, pour ainsi dire. » Sur ce thème, Bonvalot est inépuisable. Et on l'écouterait, durant des heures, sans se lasser. Les souvenirs lui reviennent en foule; les anecdotes se dévident comme un chapelet. 11 cherche à appuyer d'exemples caractéristiques ses théories. Et il me rappelle ce qui lui advint, un jour qu'il traversait le désert. Il avait pris toutes ses précautions pour cheminer rapidement^ mais il comptait sans la fatalité. Une sorte d'épidémie
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se déclare sur les bètes de somme. Les chameaux et les chevaux meurent. Voilà nos gens campés avec leurs bagages, à plusieurs milliers de kilomètres de tout lieu habité, à la merci des pillards, et ne sachant trop comment ils achèveront leur course. Les porteurs indigènes mécontents des fatigues qu'ils avaient déjà subies murmurent. Bonvalot comprend que s'il manifeste la moindre inquiétude, il est perdu. La révolte couve et va éclater. Il affecte une assurance qu'il était loin d'éprouver.
Et, tout en passnnt ostensiblement à sa ceinture deux ou trois revolver^- chargés, il badine avec ses hommes, il leur offre d\jf tabac. Et il leur dit : c Mes enfants, ne perdez pas de vue l'horizon. Si vous apercevez une caravane, pr*;nez vos fusils. Emparez-vous de force ou de gré de| animaux, et amenez-les ici pour charger nos caisses. Si les maîtres de ces animaux se plaignent, tapl;z dur. Et ne vous inquiétez de rien. Chacun pour soi et qu'Allah nous protège!... » Quinze jours s'écoulèrejit, les vivres s'épuisaient. Et Bonvalot, comme so^c Anne, ne voyait rien venir. Enfin, un matin, les /hiens aboient. Une troupe de chameaux défile dans le lointain, les hommes bondisfc^uit^ommfî des p^^ithères sur les pas de Bonvalot, qui demariué d'avance pardon au Seigneur du forfait qu'il va commettre. On approche. O bonheur! Bonvalot reconnaît un marchand afghan de ses amis qui lui promet assistance et le serre sur son cœur ; les naufragés du désert étaient sauvés, et sans effusion de sang! Si Bonvalot fut joyeux, vous le devinez. Il avait eu l'âme bourrelée, durant deux semaines, mais nul n'avait soupçonné ses angoisses. Et, désormais, ses compagnons avaient en lui une foi illimitée. Ils l'auraient suivi à l'autre bout de la terre...
€ Il est certain qu'il y a, par-ci, par-là, de mauvais quarts d'heure. Mais c'est si amusant ! »
Sur le Pamir et dans les hautes régions du Tibet, la température s'abaisse, par 6 000 mètres d'altitude à 40 et 45 degrés au-dessous de zéro. Les ongles cassent au moindre choc ; la barbe ne pousse plus et se décolore; les mains se gercent, les lèvres se fendillent; l'œil ébloui par la neige, abîmé par le froid, se ferme à demi et sécrète une eau qui se congèle. On porte avec soi deux glaçons qui vous pendent sur les joues. On a les jambes enflées, on éprouve une peine infinie à se mouvoir. Et, comme un violent mal de tète se joint à ces souffrances, on en arrive à perdre le sens des choses ; on marche dans une sorte de songe douloureux, on ne sait plus si l'on dort ou si l'on veille. Toute notion de perspective est abolie. Un oisillon battant de l'aile sur une motte vous apparaît avec la taille d'un fauve. On croit apercevoir un condor : ce n'est qu'un corbeau. Et les difficultés de se nourrir et de s'abreuver sont horribles. N'ayant pas d'eau, on suce des croquettes de glace. On emploie trois ou quatre heures à allumer un feu d'argol (fiente de bœuf sauvage). L'eau, entrant en ébullition à 70 degrés, le thé n'infuse pas et est détestable. On tourne, peu à peu, à l'homme des cavernes; on se gave d'aliments nauséabonds, on dévore, avec une gloutonnerie bestiale, la proie qu'on vient de tuer, on déchire sa chair crue et chaude, on boit du sang. C'est horrible! Quand on a supporté ces épreuves, rien n'est plus capable de vous étonner. Les petites misères de la vie civilisée paraissent bien mesquines à côté de celles-là.
Bonvalot estime que la traversée du Pamir par 50 degrés de froid est une excellente école pour la jeunesse. Et il espère que la jeunesse y viendra, que le courageux exemple du prince Henri d'Orléans sera suivi et qu'on se payera une excursion sur les hauts plateaux d'Asie comme on se paye aujourd'hui le tour de la Méditerranée. On mangera, parsnobisme, du suif
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de mouton, sur le Lob Nor. Et ce sera un très bon snobisme. Boftvalot a déjà décidé un adolescent de sa connaissance à tâter d'un voyage au long cours; il fait chaque jour des prosélytes. Il en ferait davantage., n'étaient les mères françaises qui contrarient ses efforts.
Ah ! ces mères françaises ! Bonvalot les aime bien, il les vénère, mais il les enverrait de bon cœur à tous les diables! Ce ne sont pas des mères, ce sont des poules qui s'obstineht à veiller sur leurs poussins, après que ceux-ci sont, depuis longtemps, émancipés. Elles tremblent quand leurs petits partent pour un an sous les drapeaux. Elles se demandent avec terreur si le cher mignon n'oubliera pas, en revenant des manœuvres, de changer de gilet de flanelle. Jugez un peu quand on leur montre le Pamir et le Tibet! Il faudra pourtant qu'elles se résignent. La faim chasse le loup hors du bois. Lorsque toutes les économies qui garnissent nos bas de laine seront épuisées, nos fils ou les fils de nos fils devront marcher à la conquête de la Toison d'or...
Et voilà pourquoi Gabriel Bonvalot a formé le comité Dupleix. C'est afin d'inspirer aux Français le goût de la colonisation, afin de leur faciliter les voies, de les documenter, et de leur donner des conseils. Et depuis deux ans que ce comité fonctionne, Gabriel Bonvalot et son dévoué secrétaire, Arthur Maillet, ont pu tâter le pouls à l'opinion et vérifier l'état d'âme des citoyens de notre pays en ce qui concerne les entreprises lointaines. Ils ont découvert que toutou presque tout était à créer. Le Français est, en matière coloniale, d'une ignorance qui n'a d'égale que sa présomption. MM. Bonvalot et Maillet ont bien voulu me laisser feuilleter la volumineuse correspondance qui leur arrive de toutes parts. J'y ai trouvé des lettres stupéfiantes. J'en ai copié quelques-unes que je trans-
cris ici fidèlement en ne supprimant que les signatures. Je crois qu'il est utile de placer ces documents sous les yeux du public. Il verra combien le mal est profond et quel effort énergique nous avons à tenter pour le guérir...
Règle générale : un Français ne s'expatrie qu'à la dernière extrémité, quand il y est contraint par une nécessité absolue : raisons de famille ou de fortune. Nos aspirants colons sont, le plus souvent, des hommes mûrs et vanés, des c ratés » de la vie occidentale, qui fuient des créanciers ou des chagrins domestiques, et qui partent avec Tidée arrêtée de revenir dès qu'ils auront amassé quatre sous vs^illants. Je prends au hasard dans les dossiers du comité Dupleix :
Monsieur, Je ne vous cacherai pas que je suis dans une situation très mauvaise et je compte sur vous pour en sortir. Je n'ai plus de ressources. Je dois six termes à mon propriétaire et j'ai déjà été vendu. Si je ne trouve pas une bonne place aux colonies, je suis un homme perdu. Envoyez-moi où il vous plaira et pour y faire ce que vous voudrez. Mais vite. Si votre réponse se fait attendre, elle ne trouvera plus qu'un cadavre. Répondezmoi, je vous en supplie, par le retour du courrier. Autrement, je me jette à l'eau, car personne ne veut me tendre la main. Agréez, etc.
Excusez-moi de ne pas joindre un timbre pour la réponse.
Cette autre est navrante dans sa bouffonnerie. On la croirait inventée par un vaudevilliste expert à tirer des effets comiques des infortunes conjugales :
Monsieur,
Je vais vous ouvrir mon cœur. Ma femme me trompe, ma maison est un enfer. Si je ne trouve pas tout de suite un emploi aux colonies, je sens que je ferai un malheur.. Dites-moi donc à qui je dois m'adresser pour obtenir cette place et quels papiers j*ai à faire valoir. Je me contenterai d'un emploi modeste. Et j'irai le plus loin possible de Paris, où il se passe
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des choses si abominables. Je vous remercie d'avance de ce que vous pourrez faire. Vous me rendrez un immense service que je n'oublierai jamais.
Agréez, etc.
Gabriel Bonvalot n'a pu, quoiqu'il en eût le vif désir, sauver ce pauvre Georges Dandin. Le comité Dupleix est animé des intentions les plus généreuses; il ne peut pas réaliser l'impossible. On l'implore comme un Dieu sauveur. On lui demande des places, des concessions de terrains, et de l'argent pour aller joindre ces places et cultiver ces terrains. Ce n'est pas son rôle. Il indique, il soutient, il n' c éclaire » pas (au sens où l'entendent' ces dames du demi-monde). Il exige enfin, de ceux qui le sollicitent, des garanties morales et matérielles qu'ils lui offrent hélas! trop rarement. Vous ne soupçonnez pas la naïveté, la prodigieuse candeur de ces braves gens ! Ils n'ont aucune notion d'aucune espèce de ce qui se passe aux colonies. Il faudrait les prendre par la main, comme desenfants, les conduire à l'endroit où la table est préparée et leur dire : c Asseyez-vous et mangez ». Un habitant de Lille écrit : t Je suis horloger de mon état, j'ai cinquante ans, les affaires ne vont plus, j'accepterais bien un emploi chez un planteur, » Un horloger chez un planteur! Il s'imagine, sans doute, que les vrais nègres ont une pendule sur l'estomac comme le nègre du boulevard Saint-Denis!... Et cet autre : c Je vous serai très obligé de me faire connaître dans nos colonies un emploi vacant qui puisse m'assurer un petit avenir pour la vieillesse ! » Ils quittent la métropole, ils franchissent les mers et ils songent à s'assurer des rentes pour leurs vieux' jours! C'est une préoccupation de fonctionnaire , cela ! L'homme qui colonise ne voit pas les choses de si loin. Il travaille d'abord pour le présent, il court des
risques, il tâche de prospérer. Il se lance en pleine mêlée. Mais il a besoin d'être vigoureux. On ne se bat plus à cinquante ans.
Dernièrement, M. Arthur Maillet reçoit, au siège du comité, trois personnes qui viennent faire appel à ses lumières : deux jeunes hommes d'environ vingt-cinq ans et une jeune femme de vingt ans. Elle était la femme de l'un d'eux. Tous trois désiraient aller en Algérie. Et le dialogue suivant s'engage :
€ Connaissez- vous l'Agérie?
— Non, monsieur.
— Pourquoi désirez-vous y aller?
— Parce que nous ne gagnons pas notre vie.
— Quel métier faites- vous?
— Je suis courtier en articles de modes; ma femme est modiste, mon frère employé dans une parfumerie.
— Et quels emplois désirez-vous obtenir?
— Je voudrais que ma femme s'établît comme modiste ; mon frère et moi, nous ferions volontiers de l'élevage.
— Avez-vous déjà cultivé?
— Non, monsieur.
— Avez-vous des capitaux? »
Et tous trois, en chœur, de répondre :
€ Vous comprenez, monsieur, que si nous avions de l'argent, nous ne quitterions pas Paris!! »
M. Arthur Maillet dut avouer qu'il n'avait pas sous la main les milliers de francs nécessaires à l'exploitation d'un établissement agricole et à l'installation d'un magasin de modes dans la Kasbah. Et cet aven jeta un froid... La petite Parisienne, dépitée, demanda :
€ Dites-moi du moins si les loyers sont chers à Alger. Combien me coûterait une « boutique avec entresol » dans les quartiers neufs? »
La jeune modiste avait dû voir jouer à l'Opéra- Comique le Caïd d'Ambroise Thomas. Elle se compa-
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rait à mam'selle Virginie, et son mari lui apparaissait sous les traits de Birotteau. C'est à la salle Feydeau qu'elle avait acquis les seules connaissances qu^'elle possédât sur le c royaume d'Abd el Kader >. La plupart de nos compatriotes des classes moyennes vivent dans la même illusion. Ils ne savent pas. 11 est urgent de réformer leur éducation. C'est à quoi Bonvalot et ses collaborateurs consacrent leur énergie. Et ils croient remplir une mission sacrée.
€ Si, d'ici vingt ans, nos colonies ne sont pas peuplées, s'est écrié Bonvalot, en me broyant la main dans son étau, notre pays est f...ichu ! ! »
Je ne saurais terminer par un mot plus pittoresque... et plus français!
Quelqu'un m'a dit :
€ Voulez-vous connaître un colon français, mais un vrai colon, ayant le feu sacré; un homme qui, pouvant gagner honorablement sa vie, sans quitter le sol natal, a mieux aimé porter au loin son activité? Allez voir M. Léon Humblot, profitez de son passage à Paris. Il vous contera ses aventures, qui sont extraordinaires. Il a conquis une île, la Grande-Comore, qui se trouve placée, grâce à lui, sous notre protectorat. Il a été dix fois empoisonné, criblé de coups de sagaie, et il est toujours debout. Il vous expliquera ce qui se passe là-bas, dans les parages de Madagascar; vous comprendrez les difficultés de toutes sortes qu'ont à vaincre les Français expatriés, et vous toucherez du doigt un des points douloureux de la question coloniale... »
J'ai trouvé M. Humblot en train de chauffer ses rhumatismes. Le temps exécrable qu'il fait ici, nos boues, nos neiges fondues, ne sont pas sans l'éprouver. Il regrette le soleil de la Gomore. Mais sa robuste constitution résiste à tous les assauts. M. Humblot a dépassé la quarantaine; c'est un solide gaillard.
Grand, bien bâti, il porte une barbe grisonnante, dont la longueur et l'ampleur ont toujours inspiré du respect aux indigènes. Son regard est franc et très vif, sa parole un peu rude. La patience n'est pas sa vertu dominante. Il a dû se faire nombre d'ennemis par la brusquerie de ses propos : c Alors, vous tenez à savoir ce qui m'est arrivé, vous croyez que cela intéresse le public? > Il a commencé avec enjouement son récit. Et, peu à peu, il s*est animé. Et son discours, inhabile et fruste, coupé de mouvements de colère et d'interjections passionnées, m'a donné la sensation de la vie libre de l'explorateur, exposé aux pires dangers, mais y trempant son âme et son caractère. Je soumets ce tableau aux méditations des fils de famille qui ne dépensent leur énergie qu'à briguer un emploi du gouvernement.
M. Humblot naquit de souche très humble. Il quitta de bonne heure sa province, la Lorraine, et se plaça dans le commerce à Paris. Il avait étudié la botanique et les idées de voyage le hantaient. S'en aller au delà des mers, traverser les forêts vierges, en rapporter des plantes inconnues, c'était le rêve... Un savant du Muséum l'affermit dans ces desseins. Après une première expédition dans l'Amérique du Sud qui réussit à souhait, Humblot partit en 1875 pour Madagascar. Le pays, à cette époque, était tranquille et les Français y étaient bien accueillis. Humblot y fonda de vastes établissements. L'existence qu'il y menait était singulière. Suivi de sa jeune femme, qui l'aidait dans ses travaux, accompagné d'une faible escorte, il s'enfonçait dans l'intérieur pour chercher des arbres et des fleurs rares. Il découvrit ainsi de nouvelles espèces d'orchidées qu'il fut le premier à introduire en Europe. Les jours où il faisait ces trouvailles étaient des jours heureux. Mais que de soins, que de peines! Une fois, il rencontre, à cent lieues du littoral, un palmier qui
lui semble appartenir à une variété ignorée. Il faut attendre d'avoir des graines. Or la fleur de ce palmier met dix-huit mois à fructifier. Que fait M. Humblot? Il installe au pied de l'arbre un ménage nègre, lui laisse des vivres et lui promet une copieuse rémuné ration. Les semaines s'écoulent. Le ménage nègre regarde pousser les fleurs et les feuilles. Au moment oii les précieuses graines voiit être recueillies, une troupe de makas surgit et les mange. Tout est à recommencer. Le ménage nègre prolonge de dix-huit mois sa faction. Enfin, les graines sont apportées sur la côte, le petit sac de toile où elles sont enfermées représente un débours de plusieurs milliers de francs... Léon Humblot suffit à ces besognes multiples; il établit d'immenses pépinières, il se met en rapport avec les marchés d'Angleterre et d'Amérique. Il est sur le point de faire fortune, la guerre de 1882 éclate. Toutes ses possessions sont saccagées, anéanties, sa maison assiégée, M™® Humblot obligée de se défendre, ie fusil à la main, contre des ennemis féroces. Voilà notre homme radicalement ruiné :
« Ce fut un dur quart d'heure à passer, me dit-il. Bah! tout se répare quand on marche de l'avant!... »
C'est alors qu'il tourna les yeux vers la Grande- Comore, île en pain de sucre, très fertile, très peu connue, gouvernée par un sultan de race arabe, le fameux Saïd Ali. Il y débarqua un beau matin, ayant en poche une lettre officielle qui l'accréditait auprès du sultan. Léon Humblot était chargé d'étudier la faune et la flore de la contrée. Saïd Ali le reçut avec beaucoup de civilité.
La figure de ce souverain est fort remarquable et M, Humblot a entre les mains des documents qui le montrent sous son vrai jour. Jamais la perfidie ne s'enveloppa de parures plus affectueuses. Ces Orientaux sont d'incomparables comédiens.
Quel peut être Fétat d'esprit d'un monarque qui voit arriver chez lui un étranger, un chien de chrétien, venu dans une intention obscure? C'est évidemment l'inquiétude. Saïd Ali se méfie, mais il n'en montre rien... Il ordonne, en l'honneur de son hôte, des réjouissances publiques. Il le promène dans ses villages; il annonce à ses sujets qu'un ambassadeur blanc lui est envoyé par le grand sultan de France. Et cela rehausse son prestige. Cependant, il se demande s'il ne pourrait pas se servir d'une façon plus utile de l'ambassadeur blanc. Il lui ouvre son cœur, il lui expose ses embarras. Ses finances sont obérées, la révolte couve dans son peuple. 11 a besoin d'argent. Pour s'en procurer, il va concéder à deux Allemands, qui sont en pourparlers avec lui, une partie de son territoire. Léon Humblot dresse l'oreille... Pourquoi abandonner aux Allemands cette colonie qui s'offre, lorsqu'il serait si facile de s'en emparer? Il demande au sultan de ne conclure aucun engagement avant son retour. Il revient en France, réunit des capitaux, crée une société pour la mise en valeur des terrains de l'île, expose son plan à Jules Ferry, qui en approuve l'audace, retourne auprès de Saïd Ali, verse une somme rondelette dans ses coffres appauvris, obtient que les Allemands seront élimines, se substitue à eux et lui offre le protectorat de la France. Le traité est signé à bord du vaisseau de guerre le Boursaint, commandé par M. Marin d'Arbel. La Comore devient ainsi terre française sans complications diplomatiques et sans effusion de sang. Au souvenir de cette victoire, M. Humblot s'épanouit :
« J'avoue^que le soir où, sur le Boursaint ^ notre contrat fut scellé, j'en éprouvai une joie profonde. Je ne prévoyais pas les épreuves que je m'étais préparées. »
Saïd Ali embrassa Léon Humblot en l'appelant son frère. C'était le baiser de Judas.
Ces événements s'accomplissaient en 1885. Pendant les cinq années qui suivirent, la petite colonie s'organisa. Léon Humblot avait appelé auprès de lui son beau-frère, M. Legros, et un jeune Français de grande distinction, M. Maurice Doge, qu'attirait cette vie de périls et d!aventures. Les compagnons se trouvèrent seuls, à deux mille lieues de Paris, au sein d'une population dont ils ignoraient la langue, à la discrétion d'un sultan dont l'âme était peut-être aussi noire que la peau. Ils se mirent à l'œuvre allègrement. Ayant embauché quelques centaines de nègres, ils percèrent des routes, défrichèrent un sol qui n'avait jamais été remué, y plantèrent du café, de la vanille, du cacao. L'existence était rude. On se levait à l'aube, on* faisait l'appel des travailleurs, on les conduisait par escouades sur les territoires à labourer. Les trois blancs ne pouvaient compter sur personne au monde que sur eux-mêmes. Il leur fallait être à. la fois charpentiers, ingénieurs, médecins, agriculteurs, officiers de l'état civil, construire leurs cases, distribuer de la quinine, arracher des dents, présider aux mariages et aux naissances. Saïd Ali se montrait délicieux. De sourdes rumeurs parvenaient bien à Humblot et à Maurice Doge, et les mettaient en garde contre le sultan, mais ils refusaient d'y ajouter foi.
« Voulez-vous juger de son style? me dit M. Humblot. J'ai là des centaines de lettres débordantes de tendresse et calligraphiées de sa propre main. »
Je feuillette ces épîtres qui sont curieuses. Saïd Ali y trace en un français mitigé d'arabe, des phrases obscures et entortillées, ornées d'images et de réminiscences du Koran. Quand il écrit, c'est généralement pour demander des objets européens, des bouteilles de Champagne, des médicaments. « Mon cher ami, si « vous venir me voir apporte moi un peu, je vous prie, « de cette metsine pour le clou et de quinquina. » Il se
répand en effusion de reconnaissance envers la France : « Mon cher ami, rappelez-vous qu'à la Grande-Gomore « il y a des hommes qu'ils ne son pas très bien civilisé. € Comme disent les Français que petite à petite loiseau « fait son ni, ce pays-ci connaît petite a petite la civi- « lisation européenne. » Puis ce sont des billets intimes, où il prie M. Humblot d'intervenir pour le réconcilier avec son frère et sa mère; il lui envoie des vers (!) sans rime ni raison, et des dessins et des aquarelles, car Saïd Ali cultive les arts d'agrément. D'autres fois, il l'appelle à son aide. Il a bu du rhum croyant boire de ia Jimonade; l'alcool lui brûle l'estomac; il s'imagine être empoisonné : « Une goûte a rentré dans mon « ventre, si estimez mauvaise chose, donnez-moi le € contre de ce que j'ai avalé ». Cependant la lune de miel ne tarde pas à tourner à l'aigre. Le sultan est toujours exquis, en apparence, mais ses actes ne sont pas d'accord avec ses paroles. Des pièges sont dressés à M. Humblot; il franchit un pont de lianes jeté sur un précipice, le pont s'écroule derrière lui ; des assassins sont postés sur son passage. Il demande justice et protection au sultan comme résident de France. Saïd Ali proteste de son dévouement, mais les criminels ne sont point inquiétés. Sur ces entrefaites, une révolte éclate dans l'île. Saïd Ali, menacé par ses sujets, s'enfuit sous des habits de femme. L'émeute est apaisée grâce à l'intervention des troupes françaises; le souverain rentre dans ses États pacifiés, mais, au lieu d'être reconnaissant du concours qu'on lui a prêté, il n'a dans le cœur que de la haine. Il ne se sent plus le maître chez lui. Il devient une sorte de roi constitutionnel; il ne peut plus commettre les exactions qu'il se permettait jadis : confisquer les troupeaux et s'approprier le bien d'autrui. Le résident Humblot est obligé de le maintenir dans le respect de la foi jurée. De là, une irritation croissante. Saïd Ali, malgré ses
coquetteries, n'avait jamais beaucoup aimé ses trois hôtes blancs. Maintenant, il les abhorre et n'attend qu'une occasion de le leur prouver.
« Concevez- vous notre situation? D'un côté, le sultan, tourmenté d'un sourd besoin de vengeance, la population indécise et plutôt mal disposée; de l'autre, le gouvernement français nous ordonnant de faire notre devoir, d'organiser le protectorat et d'établir les impôts... »
Il fallait bien obéir... M. Maurice Doge, investi officiellement des fonctions de percepteur, se met en campagne pour opérer le recensement de l'île. Il s'en va de village en village, invitant les habitants à défiler devant lui. Les. hommes obtempèrent sans trop de difficulté, les femmes résistent, car la loi mahométane leur défend de sortir de leur demeure. Il est nécessaire ausfei de relever le nom et l'âge des enfants, mâles et femelles. On promet un sou de gratification aux petits garçons, deux sous aux petites filles. Le percepteur, après mille péripéties, arrive au bout de sa tâche. Mais la plus rude corvée reste à accomplir. Il s'agit de percevoir les 2 roupies 1/2 (un peu moins de cent sous) que chaque Comorien doit verser dans les caisses de l'État. Ils n'ont pas d'espèces monnayées; ils proposent de s'acquitter en nature. Ils amènent des bœufs, des chèvres, des animaux sauvages ou domestiques, qui sont dirigés, tant bien que mal, vers la résidence. Les malheureux colons, y compris la vaillante M™* Humblot qui était venue rejoindre les siens, se démènent au milieu de ces embarras... Et ils ont juste le temps, entre deux tournées, de jeter un rapide coup d'œil à leurs cafés, à leurs cacaos, à leurs vanilles...
Le dénouement approchait. Un jour, M. Humblot longe sur son bourricot un sentier bordé de fourrés épais. Un individu qui le guettait l'attaque traîtreusement et le perce de plusieurs coups de sagaie avec tant de violence, que l'arme se casse et que le fer reste
fixé dans la blessure. M. Humblot avait le foie perforé, Tabdomen traversé de part en part. Il eut la force de décharger ses pistolets, d'appeler au secours, avant de tomber évanoui. On le ramasse à demi mort. Son beau-frère, M. Legros, s'improvisant chirurgien pour la circonstance, remet en place les entrailles qui s'échappent de la plaie, il taillade le foie et en oublie un morceau sur une assiette. C'est le premier objet qu'aperçoit M™® Humblot en entrant dans la hutte où son mari agonise! Il ressuscite, mais sa guérison ne sera jamais complète... Quelques mois plus tard, M. Doge, à son tour, est frappé d'une manière plus cauteleuse. Saïd Ali l'invite à déjeuner et lui ofTre un ragoût de cabri, accommodé par sa favorite. Le mets est appétissant, M. Doge s'en régale, et il remarque — trop tard — que le sultan n'en a point mangé. Il est pris, aussitôt après, de douleurs d'entrailles qui vont «'aggravant, malgré une énergique médication, et nécessitent son retour en France... Ces attentats méritaient un châtiment. Saïd Ali est déposé et condamné par les autorités françaises. Voici où nous en sommes aujourd'hui. Un nouveau résident a été nommé au Heu et place de M. Humblot, qui n'est plus qu'un simple colon, sans qualité officielle. Saïd Ali, détenu à la Réunion, jure qu'il est innocent et demande à grands cris qu'on lui rende son royaume. On devine dans quelles dispositions il y rentrerait, si l'on avait la faiblesse de l'y laisser revenir. Nos compatriotes n'auraient plus qu'à tendre la gorge et le flanc aux coups de sagaie.
Tout cela n'est guère réconfortant; si les Français qui s'expatrient sont exposés à de tels périls, on comprend qu'ils aiment mieux planter des choux à l'ombre de leur clocher. Je demande à M. Humblot :
c Pourquoi échouons-nous, là où réussissent les Anglais? Pourquoi sommes-nous de mauvais colonisateurs? »
LES AVENTURES D*tIN COLON FRANÇAIS 251
Il se fâche pour tout de bon, ses yeux lancent des éclairs. Saïd Ali, en personne, l'eût interpellé qu'il ne répondrait pas avec plus de véhémence.
c Toujours cette sotte calomnie! Nous serions d'excellents colonisateurs, si l'administration nous y aidait... Elle nous entrave, elle nous gêne... J'ai tort, sans doute, de parler aussi nettement, mais tant pis! Je dirai la vérité. Le fonctionnaire colonial, qui devrait être l'allié du colon, est neuf fois sur dix son pire ennemi. »
Le grand argument est lâché. M. Humblot n'est pas le seul à formuler ces plaintes. Elles s'élèvent trop souvent. L'agent anglais envoyé par son gouvernement dans les colonies protège quand même ses nationaux, fussent-ils encore moins recommandables. Ils sont de sang britannique, et cela suffît. Certains de nos fonctionnaires sont animés d'un esprit très différent; ils sont jaloux, tatillons, ombrageux; ajoutez qu'ils ignorent ou méconnaissent les mœurs du pays qu'ils sont appelés à régenter... lis s'imaginent que l'on peut traiter les nègres de la Côte d'Ivoire comme nos vignerons de la Côte-d'Or.
Sur ce chapitre, M. Humblot ne tarit pas. Il me cite des cas bien étranges où cette erreur s'est produite; il me narre l'histoire héroï-comique du maître d'école des Comores. On pensa en haut lieu qu'il était convenable d'envoyer un instituteur primaire auprès des Comoriens, pour leur enseigner les beautés de la langue française. Les habitants de Mouroni (la capitale) virent débarquer un brave garçon qui traînait après lui des instruments de forme insolite, des tableaux noirs, des pupitres, des tables, des tabourets. L'instituteur avait eu l'extrême prévoyance d'apporter avec lui son matériel scolaire !
Il s'installa dans une cahute et convia les adolescents des deux sexes à venir savourer le fruit de la science.
Ils s'abstinrent de se rendre à l'invitation; ils craignaient qu'on ne voulût les faire changer de religion. Le maître d'école demeura seul à contempler ses cartes géographiques. Il n'eut qu'une seule élève, la sœur de Saïd Ali, qui s'était prise d'amour pour sa blonde chevelure. Saïd Ali s'empressa de mettre un terme à cette coupable inclination, en enfermant sous triples verrous l'ardente princesse. Notre magister, désespérant d'amadouer la jeunesse mouronienne, troqua sa pacotille contre un fusil de chasse et se fit trappeur. Ainsi se termina cette tentative pédagogique. L'enseignement gratuit et obligatoire n'est pas près de régner dans l'archipel des Gomores. C'est folie de rompre brusquement avec des traditions séculaires, de vouloir plier des êtres barbares à des pratiques civilisées. Ces changements ne s'accomplissent qu'en vertu d'une lente évolution. L'abolition immédiate de l'esclavage est une utopie du même genre.
< Vous pensez, observe ironiquement Léon Humblot, qu'un esclave est heureux quand vous lui rendez, du jour au lendemain, la liberté? Pure illusion! 11 n'en jouit pas, car il est incapable de s'en servir. Autant émanciper un écolier de douze ans et lui laisser la disposition de son patrimoine! »
Et il ajoute en riant :
« Nous aimons trop les romans, en France; nous avons trop lu la Case de ronde Tom\ » *
1. En réponse aux pages qu'on vient de lire le sultan Saïd Ali a envoyé au directeur du Temps un long mémoire, où il proteste avec la dernière énergie contre les allégations de M. Humblot et Paccable d'invectives. Tout en prenant acte de ces déclarations, nous ferons remarquer que la déchéance du sultan a été maintenue et que le gouvernement français, après enquête, n'a pas cru devoir lui rendre la liberté.