‹ Portraits intimesChapitre 13 sur 38 · M. LÉON DŒRX PRINCE DES POETES · texte numérisé non relu

M. LÉON DŒRX PRINCE DES POETES

sance... C'est au tour du Prince d'élever la voix. Mais il est trop ému pour s'acquitter de cette tûche. Il charge M. Ferdinand Herold de lire la réponse où s'épanche sa gratitude envers les présents et les absents, ses maîtres, ses aînés, ses émules, ses disciples. Personne n'est oublié, et tout le monde est content!

Et maintenant on se précipite sur le Prince, on lui serre la main; ses vieux camarades l'embrassent. Il voudrait s'arracher à leurs effusions; elles le poursuivent. Dans un coin de la salle, M. Catulle Mendès trouve des mots ravissants pour définir son œuvre et son caractère :

« Léon Dierx, dit-il, est un être divin. C'est une rose épanouie! »

Plus loin, un subtil critique analyse ses poèmes et s'efforce de dégager ce qu'ils contiennent d'original : l'art de traduire simplement des sensations compliquées et d'enfermer dans un vers strict des choses llottantes... Entre deux fenêtres M"*^ Laparcerie module le Soir d'octobre, qui passe communément pour le morceau le plus achevé du Prince :

Voici l'automne! Adieu le splendide encensoir Des prés en fleurs, fumant sous le chaud crépuscule, Dans l'or du crépuscule, adieu les yeux baissés, Les couples chuchotants dont le cœur bat et brûle, Qui vont, la joue en feu, les bras entrelacés. Les bras entrelacés quand le soleil décline... Adieu la ronde ardente et les rires d'enfants. Et les vierges, le long du sentier qui chemine, Rêvant d'amour tout bas sous les cieux étouffants... Écoule, écoute en toi, sous leur cendre et sans flamme Tous tes chers souvenirs tressaillir à la fois Avec le glas mourant d'une cloche lointaine; Une autre maintenant lui répond à voix pleine. Écoute, à travers l'onde, entends avec langueur Ces cloches tristement qui sonnent dans la plaine, Qui vibrent tristement, longuement dans ton cœur...

... Sur le seuil, mes voisins de table, le cygne parnassien et le lion romantique, échangent un dernici" propos :

« En somme, dit le lion, rien n'est changé. Vous aviez Pétrus Borel, le Lycanthrope. Vos neveux ont présentement Saint-Pol-Roux-Ie-Magnifique.

— Oui, répondit le cygne. Mais entre eux et nous il est une différence : les poètes de notre génération s'aimaient fraternellement. Et ceux de la génération nouvelle se haïssent... »

Voilà quelques-unes des opinions que le Prince a recueillies. Et quoiqu'elles lui fussent sans exception favorables, je suis sûr que lorsqu'il s'est retrouvé seul dans sa chambrette, après cette journée triomphale, il a éprouvé un inexprimable soulagement.

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