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II. ~ LA CONVERSION DE TARTUFE

Me conformant aux conseils de M, Ch. Bonnet, je résolus dutiliser mon passage à Millau pour y chercher des traces de ce Charpy de Sainte-Croix, en qui il prétend reconnaître Toriginal de Tartufe. Je me séparai pour un jour de la troupe des Cadets et me rendis dans cette petite ville. Je m'étais informé préalablement auprès de l'archiviste de l'Aveyron sur les sources à consulter, et il m'avait envoyé cette réponse : « Adressez-vous au curé de Notre-Dame de Lespinasse; il a dû garder fidèlement les papiers concernant le prieuré et vous avez chance d'en découvrir quelques-uns qui intéressent votre prieur. Charpy ayant occupé ce poste durant sept années, il serait étonnant qu'aucun vestige ne fût demeuré de son passage... »

J'arrivai donc a Millau par une radieuse matinée d'août et m'acheminai vers la cathédrale. M. le curé venait de regagner son domicile, où je m'empressai de le rejoindre. Il me reçut, en s'épongeant le front, dans une salle basse, où flottaient de vagues parfums de lessive et de cuisine, et, dès que je lui eus décliné mes noms et qualités, il m'offrit une prise de tabac. Encouragé par la bonhomie de cet accueil, j'exposai loyalement à mon hôte l'objet de l'enquête qui m'amenait près de lui et je ne tardai pas à regretter cet excès de franchise. Quand je lui eus appris les liens qui rattachaient l'ancien prieur de Notre-Dame de Lespinasse à VImposteur de Molière, je crus voir qu'un nuage se formait sur sa benoîte figure. Il referma d'un coup sec sa tabatière et prit un air subitement réservé.

« Mon Dieu, me dit-il, tous les documents que nous

possédions ici ont été dispersés. Et d'ailleurs je ne vous cacherai point que je ne suis nullement versé dans l'érudition, bornant mon zèle à remplir, du mieux qu'il m'est possible, mon ministère. Je vous conseille de rendre visite à M. Artières, l'éditeur du Messager, qui pourra vous renseigner avec fruit. Il réunit les éléments d'une histoire de Millau et il sera ravi de mettre sa science à votre disposition. Vous n'avez que cinq minutes de chemin à faire pour atteindre son logis. Je suis, monsieur, votre humble serviteur. »

L'imprimerie du Messager s'ouvre sur une cour humide et obscure qui, depuis deux siècles, n'a pas dû sensiblement changer de physionomie. M. Artières, quand je pénétrai dans l'angle de boutique qui lui sert de cabinet, s'amusait à ranger des paperasses. Il me prêta la plus grande attention et témoigna fort obligeamment du désir où il était de seconder mes efforts.

« J'ai eu, en effet, à m'occuper de Charpy de Sainte- Croix, mais ce que vous m'apprenez de son caractère me remplit d'étonnement. Toutes les pièces que j'ai compulsées, et où il est nommé, sont à sa louange. L'abbé Rouquette, dans sa monographie de Notre- Dame de Lespinasse, le cite comme un modèle. Au reste, je puis vous donner lecture du jugement qu'il porte sur lui. »

Il allongea la main vers un bouquin poudreux et, l'ayant feuilleté, il me désigna les lignes suivantes que je transcrivis aussitôt : « Charpy releva la maison prieurale et y rétablit la vie commune. Il donnait l'exemple de la piété. Toujours à la tète de son clergé, il assistait à tous les offices de l'église. Il faisait célébrer la Fête-Dieu avec tant de solennité qu'on venait, de dix lieues h la ronde, admirer la procession du saint sacrement. »

Cependant. M. Artières continuait de compulser ses notes :

« II n'y a pas d'erreur sur la personne ? ajouta-t-il. II s'agit bien du sieur Charpy, élu prieur de Notre- Dame par le cardinal de Mazarin, en remplacement de Pierre de Bourzès, mort le 27 septembre 1658? »

Je l'assurai que ce signalement concordait avec le mien et lui demandai s'il n'avait pas à me communiquer une pièce curieuse ayant trait au célèbre aventurier. Il n'en possédait qu'une seule. C'était un acte de donation, dû à la libéralité du roi et conférant au prieur de Millau la propriété dun canon ramassé sur les remparts de la ville. Encore que cet écrit n'ait qu'une importance locale, je crois devoir en rapporter les termes. Un parchemin, signé de Louis XIV et dédié à Tartufe, ne saurait être tout à fait indilTérent :

Aujourd'hui, dernier du mois de novembre t659, le roy étant à Tonloupe, Sa Majesté étant informée qu'il y a dans la ville de Milhau en Rouergue, un petit canon enterré qui a été fait, durant les guerres de la religion, de cloches prises dans l'église, et voulant Sa dite Majesté contribuer au rétablissement desdites cloches, a l'ait don au sieur Charpy de Sainte-Croix dudit canon enterré, pour être de nouveau converti en cloches pour ladite église et retourner ainsi à sa première nature, voulant Sa Majesté que sans autres lettres, il dispose de la sorte dudit canon, pour la gloire de Dieu, en vertu du présent brevet qu'Elle a signé de sa main et fait contresigner par nous, son conseiller et secrétaire d'État de ses commandements et finances.

Louis.

Contresigné par Lomëme.

M. Arlièfes ine promit de se rendre prochainement à Hodez et d*y entreprendre de nouvelles fouilles. € Si je découvre que Charpy de Sainle-Croix ait été

PORTRAITS ISTl-MES. 15

mêlé à quelque méchante affaire durant son séjour en ce pays, je vous en instruirai. Mais n'y comptez pas. Je me porte garant de sa conduite, à dater du jour oîi il a mis les pieds à Millau. Vous savez le proverbe : « Le Diable, en devenant vieux, se fait ermite! »

Dès mon retour à Paris, je me suis hûté de transmettre à M. Charles Bonnet le résultat de mes perquisitions. Ce n'est pas qu'elles eussent de quoi beaucoup l'enrichir. Mais je voulais tenir de sa bouche la démonstration qu'il m'avait promise et lui exposer certains doutes qui, à la réflexion, m'étaient venus à l'esprit. Trois tours de bicyclette m'amenèrent au seuil du cottage qu'il habite, dans le village de Croissy, à proximité de l'église de M. Poilpot et de l'ancien château des Patrocle. Il était assis sous de frais ombrages et s'occupait à collationner les feuilles d'un cahier volumineux, qui n'était autre que l'ouvrage qu'il prépare sur Charpy de Sainte-Croix. 11 aborda, sans préambule, ce sujet qui est, pour lui, le plus cher qui soit au monde. Je commençai à lui dépeindre la stupéfaction où j'avais jeté l'honorable directeur du Mcssager en lui révélant l'indignité du prieur de Millau, et je répétai les assurances qu'il m'avait données de sa vertu...

« Il a eu raison de la vanter, déclara M. Bonnet. Tartufe a eu la fin la plus édifiante. Après que Mazarin l'eut pourvu dun bénéfice, il fut exempt de péchés, ou n'en commit plus que de véniels. Soit qu'il eût des remords de ses fautes passées, soit que l'âge eût apaisé ses passions, il se consacra désormais aux devoirs de sa charge. Il évangélisa le peuple, prêcha la bonne parole à Béziers, à Montpellier, à Mâcon. Cependant, il n'était pas encore entré dans le sacerdoce. Il ne portait pas le titre de « vénérable, religieuse et discrète personne » qui précède invariable-

ment à cette époque le nom des prêtres, dans les actes publics ou notariés. Vers 1666, il se sentit mûr pour l'ordination; il prit le grade de docteur en théologie; l'évêque Hardouin do Péréfixe lui conféra le droit de porter Ihabit. Il entra dans le service paroissial par une cure fort modeste, celle du petit bourg de la Villeneuve-en-Chevrie, près de Bonniùre, au diocèse de Chartres. Il l'administra durant sept années, de 1671 à 1678; puis il s'en revint mourir à Paris, où il s'éteignit en 1682, laissant après lui des biens considérables qu'il légua aux théatins et une mémoire devenue respectable et respectée... »

Que l'odyssée de Charpy de Sainte-Croix soit telle que me l'a narrée M. Bonnet, j'en demeure persuadé. Sa conviction est étayée de forts arguments et de témoignages qui se trouveront assemblés dans son volume. Mais ces faits ne constituent qu'une des faces du problème et la moins intéressante. Il ne nous importe de connaître les aventures de ce personnage que si nous sommes sûrs qu'il se confond avec le Tartufe, et que Molière s'en est inspiré en modelant son héros. Or, il me semble que, sur ce point capital, l'historien des Patrocle ne m'a encore fourni que de vagues présomptions. C'est ce que je me permets de lui faire remarquer...

« Je vous attendais là, me dit en souriant M. Bonnet. Si vous exigez une déclaration expresse de Molière, affirmant qu'il a copié, dans son Hypocrite, le sieur Charpy de Sainte-Croix, je ne saurais vous la fournir. Je ne puis vous donner que des preuves morales, mais l'exemple nous apprend qu'elles suffisent parfois à asseoir la certitude!... »

Il me les a patiemment énumérées, appuyant chacune d'elles d'une indication précise, tirée de son manuscrit. Je vais tâcher de reproduire ces arguments, qui ne m'ont point paru manquer de solidité^

et sur lesquels les moliéristes de profession exerceront, sans doute, leur sens critique.

Et d'abord Molière eut-il des rapports avec le sieur Charpy de Sainte-Croix"? S'il ne le connut personnellement, il en ouït parler, car ils avaient des relations communes, ayant frayé l'un et l'autre avec Voiture, Faret, Vaugelas et d'Aubignac. L'historiette où Tallemant le met en scène, et qui circulait sous le manteau, passa, selon toute apparence, sous les yeux du grand comique, qui se rappela soudain le rimeur à petit collet, l'onctueux pédant dont les aventures avaient fait du bruit à la cour et à la ville. Mais en supposant que Charpy n'excitût pas sa curiosité, il n'en était pas de même de U""^ Dansse et de M. et M">« Patrocle. Ceux-là, il les avait rencontrés. Ils exerçaient à la cour des emplois analogues aux charges dont Jean-Baptiste Poquelin était investi, ainsi que son père. M'"« Dansse était première femme de chambre d'Anne d'Autriche; son influence était redoutée, et M. de Patrocle, premier écuyer, jouissait d'une autorité égale. Lorsque le secret de la liaison de Charpy avec Louise-Angélique de Patrocle éclate en 1658, Molière revient de province; il est impatient de se mettre au courant de ce qui se dit à Paris; il en a même le devoir, puisque son métier l'oblige à étudier les mœurs et à en présenter la peinture. Comment supposer qu'il ait ignoré un événement dont les familiers delà reine mère et les gentilshommes du Louvre se faisaient des gorges chaudes? Toutefois, chez les Français, un scandale chasse l'autre; Molière eût assez vite oublié l'accident des Patrocle, si une circonstance imprévue ne le lui avait remis en mémoire, L'écuyer et sa femme trop coquette, s'étant brouillés avec M""' Dansse, quittèrent l'enclos des Quinze-Vingts, où ils occupaient ensemble un logis commun, et

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vinrent s'établir tout à côté, dans la rue Saint-Thomasdu-Louvre. Le hasard fit que Molière se fixa dans la même rue et devint leur voisin immédiat. Ils résidaient porte à porte; Molière ne pouvait entrer chez lui sans se croiser avec l'original dont il allait tirer son Orgon; il se garait devant les carrosses qui amenaient des visites chez Elmire; souvent aussi, il se heurtait à Mme Dansse-Pernelle. La digne douairière n"abordait pas son gendre et sa fille dans une humeur bienveillante. Elle avait avec eux des discussions d'intérêt et censurait aigrement leur train qu'elle jugeait trop prodigue :

Tout ce tracas qui suit les gens que vous hautez, Ces carrosses sans cesse à la porte plantés Et de tant de laquais le bruyant assemblage Font un éclat fâcheux dans tout le voisinage.

Ces aigres disputes n'étaient pas sans éveiller des échos. La domesticité se chargeait de les répandre, et l'on peut admettre que la servante de Molière, quand elle joignait au marché Dorine ou Flipottc, ne se gênait pas pour leur arracher des confidences, quitte à les dédommager, en bavardant sur son maître...

Et voilà quelques-unes des « preuves » tirées de la vie de Molière et des contacts qu'elle eut avec celle de ses modèles présumés. Mais il y en a d'autres qui lui sont, si l'on peut dire, extérieures et qui n"ont pas moins de valeur.

Anne d'Autriche écouta, en 1664, à Versailles, les trois premiers actes du Tartufe et s'en montra fort choquée. On attribua sa répugnance à la liberté qui régnait dans la pièce. Mais n'y avait-il que ses scrupules religieux d'offensés? Les allusions qu'elle y découvrit aux infortunes conjugales de son serviteur, ne contribuèrent-elles pas à l'irriter? Elle était très

attachée à son écuyer, et à sa camériste, et à son apothicaire ; l'affection qu'elle leur vouait était si vive qu'elle éveillait les soupçons de Mazarin. M. Ch. Bonnet n'est pas loin d'admettre que le sieur Charpy, à qui le cardinal confiait de secrètes besognes de police, obéit à sa haute suggestion en s'introduisant, comme un espion intelligent, dans l'intimité de M""® Dansse et des Patrocle. Mazarin avait par son canal une source précieuse d'informations et il aimait à être bien renseigné. Anne d'Autriche ne vit donc pas sans déplaisir les petits mystères de sa maison dévoilés publiquement; au contraire, il est possible que la gaminerie du jeune roi s'en amusât et se fît un jeu de cette taquinerie. Toujours est-il que la représentation de la comédie fut interdite jusqu'à la mort de la reine, survenue en 1G66 et autorisée, au lendemain de son décès, la première ayant eu lieu le 6 août 1667. Ces coïncidences ne laissent pas d'être significatives...

Je crois devoir interrompre la conférence de M. Ch. Bonnet et lui poser une question plus précise. J'imagine qu'il a lu soigneusement les divers opuscules publiés par Charpy de Sainte-Croix. N'a-t-il pas recueilli dans ces ouvrages, ou dans quelque lettre autographe du même auteur, une allusion à Tartufe, un aveu formel ou implicite, qui permette d'établir que l'agent de Mazarin s'est reconnu sous les traits de l'imposteur et a éprouvé de la fureur ou du dépit en se voyant joué par le satirique?

M. Ch. Bonnet n'est pas homme à se laisser prendre sans vert; il a réponse à tout; il se précipite avec allégresse sur l'objection et la terrasse. Celle que je lui présente lui est une nouvelle occasion de triompher.

« Certes, poursuit-il, Charpy ne dut pas ignorer

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l'affront que lui infligeait Molière. Il était à Millau, pendant que le poète achevait sa comédie, mais il avait à Paris des amis fidèles qui le tenaient au courant de ce qui s'y produisait. 11 y faisait lui-même de fréquents voyages. Il sut que le Tartufe avait été soumis dans le privé au suffrage du roi et exécuté tout au long chez la princesse Palatine en 1664 et 1665. Il ne protesta point. Mais, après que la pièce eut été représentée publiquement, il ne crut pas devoir garder le silence. 11 était, à cette époque, à un moment décisif de sa carrière. Il allait entrer dans les ordres, il entretenait un commerce d'amitié avec le haut clergé de Paris. 11 fît entendre, non pas une protestation (la colère répugnant à son nouvel habit), mais une plainte. II offrit à Dieu la mortification dont on l'accablait, imitant, en cela, l'attitude de Tartufe, lorsque son infamie est dévoilée par Damis. Il publia une composition dont un exemplaire est conservé à la bibliothèque Mazarine, et qui a pour titre : Paraphrase des lamentations de Jérémie, en vers françois pour la semaine sainte, avec les annotations et le sens mystique par L. C. D. S. C. D. E. T. (Louis Charpy de Sainte-Croix, docteur en théologie), à Paris, chez André Cramoisy , rue Saint-Jacques, au sacrifice d'Abraham, MDCLXVlll). Voici limportant passage que j'y ai relevé touchant les desseins de la Providence et la soumission qu'il convient de leur montrer :

Quand on se soumet humblement

Aux ordres de son jugement,

On doit plus espérer que craindre.

Et l'on supporte ainsi ses coups les plus pesans, Quand on a pris son joug dès ses plus jeunes ans.

Qui le sçait porter de la sorte

Sans parler, sans estre troublé.

Ne porte pas le joug, c'est le joug qui le porte Et son cœur en triomphe, au lieu d'être accablé.

Il adore son Dieu, son silence le loue,

11 n'espère qu'en sa bonté

El si quelqu'un l'a souffleté,

11 luy préoenle l'autre joue.

L'opprobe et le mépris ne troublent point sa paix, On le peut accabler, on ne l'abat jamais.

Le biographe des Patrocle me lance un regard où éclate la loi dont il est animé :

« Eh bien! s'écrie-til, ètes-vous convaincu? Ces vers renferment ils un sens assez clair? »

Et, sans me donner le loisir de répondre, il reprend fougueusement :

« Comparez, je vous prie, le texte du Tartufe à ce que vous savez de notre homme; vous y rencontrerez à chaque pas des applications directes. Tartufe, comme Charpy, est originaire d'un lieu de province où il retournera tôt ou tard :

Vous irez par le coche en sa petite ville Qu'en oncles et cousins vous trouverez fertile.

« Tartufe commande à son valet Laurent de distribuer des aumônes, et tel était, en effet, l'un des offices de Charpy auprès de Mazarin; il veillait à la répartition des secours de sa cassette. Tartufe n'avait pas six deniers, quand le ciel la fait entrer chez Orgon, et vous vous rappelez le dénuement de Charpy lorsque, pour la première fois, il offrit l'eau bénite à M'"" Dansse- Pernelle. Le discours que Tartufe débite à Dorine, en lui donnant son mouchoir, est la traduction quasi littérale d'une page où Charpy, exaltant la gloire de saint Gaétan, raconte que les femmes, avant de l'aborder, « se dépouillaient de leurs ornements superflus et se réduisaient à l'ajustement le plus modeste ». Enfin, pesez les mots par lesquels l'exempt, au dénouement.

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flétrit le traître et rassure les honnêtes gens qu'il a dupés :

D'abord il a percé par ses vives clartés, Des replis de son cœur toutes les lâchetés. Venant vous accuser il s'est trahi lui-même, Et, par un juste trait de l'équité suprême, S'est découvert au prince un fourbe renommé Dont, sous un autre nom, il était informé,

« Quel peut être, s'il vous plaît, ce • fourbe renommé » contre lequel la justice e informa >, sinon le sieur Charpy, libertin, dissolu, trousseur de filles, détrousseur de bourses, tortueux sacripant, jadis impliqué dans un procès de contrefaçon et pendu en effigie en place de Grève?... »

J'ai tendu des bras suppliants vers M. Ch. Bonnet.

« Assez! assez! Ne m'accablez pas davantage... Je conviens de tout ce qu'il vous plaira! »

Et je me suis sauvé, confondu par tant d'ingéniosité et d'érudition.

... Comme je pédalais le long de la Seine, dans la direction de Chatou, j'ai aperçu de loin le clocher de la petite église des Patrocle. Il se dressait, dans l'azur, svelte et gaillard malgré son grand âge. Son coq d'or tournait au vent. En m'approchant de l'église, je vis que l'huis en était entre-bâillé; et y ayant glissé un œil indiscret, je discernai un personnage vêtu de noir, qui contemplait, immobile, une fosse fraîchement creusée. C'était le peintre Poilpot, qui continuait de méditer sur les dépouilles d'Orgon, d'Elmire et de M™e Pernelle !

Toulon, novembre.

« Alors, quand venez-vous m'entendre avec mes mat'lots? »

Depuis longtemps je désirais m'offrir ce divertissement. Le poète Yann Nibor, qui est bibliothécaire du ministère delà marine, a été élevé par M. Edouard Lockroy à la dignité de e barde », et il n'est pas médiocrement fier de ce beau titre. Et comme Yann Nibor est un barde sérieux et consciencieux, qui a un exact sentiment de son devoir, il profite des congés que lui octroie la bienveillante administration pour aller dire un petit bonjour aux bateaux de notre flotte. Il y rencontre des amis, d'anciens gabiers qui coururent avec lui les océans et qui sont restés au service. Il est très à l'aise dans ce milieu où on lui fait fête. Et sa joie s'épanouit en des chants tendres et forts que l'équipage écoute avec ravissement... Bientôt l'enthousiasme du barde se communique. On entonne ses refrains, huit cents gosiers poussent vers le ciel la complainte de VHclla ou les couplets du Combat naval. Et c'est un grandiose spectacle de voir le barde Yann Nibor animant de sa flamme ces choristes primitifs.

Que de fois, à Paris, quand je le complimentais sur les succès qu'il remportait dans les salons, il m'a répété tout bas :

€ Ce n'est pas ici qu'il faut m'entendre, c'est parmi mes mat'lots... »

Certes, Yann Nibor ne hait pas les louanges des dames décolletées qui l'applaudissent du bout de l'éventail :

« Monsieur Yann, j'ai pleuré ! Vous êtes irrésistible ! »

Un barde n'est pas indifférent à ces choses. Mais nulle part il n'est aussi heureux que sur le pont d'un vaisseau de guerre, ayant, autour de lui, des mathurins aux yeux clairs. Sa large poitrine se gonfle à la brise, sa voix gronde, de bonnes odeurs de goudron montent du port, les oiseaux de mer volent au loin... Le cœur de Yann se dilate : il se retrouve dans son élément...

Quand je suis arrivé à la gare de Toulon, sa haute silhouette m'est apparue. Il m'a broyé les mains dans un shakehand cordial, et sur son honnête figure de géant, rudement modelée, j'ai vu luire le contentement que lui causait ma visite. Il m'a annoncé que l'amiral Humann donnait à bord du Brennus une fête intime à laquelle il voulait bien me convier.

« Enfin! s'est-il écrié, vous allez pénétrer le sens de mon œuvre! Vous saurez ce que c'est qu'une chanson de marin chantée devant les" marins et par les marins eux-mêmes! »

Je me réjouis à l'idée de goûter ce plaisir. Cependant, le temps est magnifique, un gai soleil, illuminant la ville, invite à la flânerie; je prends le bras de Yann, et, tout en gagnant le quai de la vieille darse par des ruelles obscures, d'oii s'exhalent des relents de bouillabaisse et d'huiles chaudes, je lui demande de me conter quelques épisodes de sa vie :

« Les plus lointaines histoires dont j'aie conservé l'impression sont celles de mon grand-père. Il était pêcheur auprès du mont Saint-Michel et il aimait à affronter le danger. II avait acheté sur ses économies un cotre de quarante-cinq tonneaux qui s'appelait le G&nèral-Foij. Voilà qu'un jour il partit avec mon père comme mousse et un pilote anglais. Il oublia l'Anglais sur les côtes de Jersey et cingla vers Madagascar... Vous représentez-vous cette coque de noix ballottée entre l'Atlantique et le Pacifique pendant deux ans, car l'isthme de Suez n'avait pas encore été percé? Ce dut être terrible. Mon grand-père mourut là-bas, tué par les fièvres. Mon père nous revint, un peu dégoûté de la navigation. 11 s'établit ébéniste à Saint-Malo, et, au moment de mourir, il bégayait, comme si l'image des périls jadis surmontés hantait son agonie : « Du temps oi!i je doublais le cap de Bonne-Espérance!... » Si j'ai été un vrai matelot, c'est que j'avais derrière moi dix générations de braves gens qui ne craignaient pas les « coups de chien ».

Oui, Yann fut un excellent sujet. M. Jules Claretie a reproduit les notes de son livret qui témoignent d'une application soutenue, d'un profond respect de la discipline. Il conquit ses galons de sous-olficier et leur fit honneur, A part les coups de garcelte qu'il empocha quand il était petit mousse, il ne reçut aucune punition grave. Sur les divers navires où il servit, sur l'Inflexible, sur la Bretagne, sur la Victoire, il édifia ses compagnons par sa conduite et les éblouit par ses talents. 11 leur débitait des chansonnettes de caféconcert avec ce formidable organe dont l'a doué la nature. L'Anvint d'Amanda, interprété de la sorte, produisait un grand effet, à la hauteur des îles Sandwich..* Puis il commença de rimer; il imita gauchement les vers de Jean Richepin. Il dépensa dix années d'un effort assidu, pour dégager son inspiration et lui

donner une forme personnelle. Il exprima les instincts, les rêves, les pensées confuses qui sommeillent dans l'âme très simple et un peu enfantine de l'homme de mer. Et, n'ayant subi l'influence d'aucune littérature, il transcrivit ce qu'il sentait, en toute sincérité. Il avait le bonheur d'ignorer les vaines élégances de la rhétorique... Pourtant il aspirait vaguement à la renommée; l'admiration de ses camarades, la curiosité de ses chefs chatouillaient sa vanité. Il rentra dans la vie civile et vint chercher fortune à Paris. Des déceptions cruelles l'y attendaient. Oh! la tristesse des jours inoccupés, l'amertume des refus, la détresse des ressources qui sépuisent. Yann Nibor a énuméré ces souffrances dans une des pièces qu'il déclame avec le plus de satisfaction, y trouvant un agréable rapprochement entre sa condition présente et sa condition passée :

... Les bureaux trplacement Avaient beau lui fair' la promesse Qu'is allaient l'caser prochain'ment, Mon pauvre Jacques attendit sans cesse; Tant et si bien qu'un beau matin On r chassait d' sa p'tite chambr' meublée. V'ià donc r pauvre bougr' sans un rotin En guenill's sur 1' pavé d'emblée.

L' jour i roupillait su' les bancs, Esquinté d' trotter d'puis la veille A caus' que la nuit les agents N'voulaient pas qu'dehors i sommeille; Chaq' matin, comme i crevait d' faim, I chinait dans les boît' d'ordures Pour récoller quedq' croûl' de pain.

A la vérité, le chansonnier ne descendit pas à ce degré de misère. II réussit à se procurer, dans l'administration, un emploi qui lui assura la subsistance : il put se livrer, en toute sécurité, à ses travaux: il fréquenta dans les brasseries du quartier latin, il banqueta à la Plume et s'assit au dîner celtique, où

il eut la satisfaction d'être loué par M. Renan. C'est dans un de ces lieux lyriques que je l'aperçus, aux environs de 1890.

« Vous souvenez-vous, Yann, du concertdu Lyon crOrl» S'il s'en souvient! Ce soir-là on avait organisé dans ce restaurant un festival, avec le concours de quelques poètes à la mode. Ceux-ci venaient de débiter quelques sonnets et autres fantaisies décadentes ou précieuses. Quand Yann Nibor attaqua ses vigoureux récits, il sembla qu'un grand souffle d'air balayait la salle. Nous fûmes transportés en Bretagne, sur la jetée où flânent les vieux contremaîtres, dans les cabanes où ils font sécher leurs filets et cuire leur soupe. Et nous entendions leur langage primitif, leurs paroles brèves et bourrues, nous discernions leurs silhouettes noyées de brume, leurs pas cadencés par le roulis, leurs grosses bottes, leurs dos arrondis sous les plis du )>iiroit, et le chapeau de toile cirée, et la pipe qui brille comme un fanal dans la nuit. Puis, Yann s'échauffant, les regards furieux, les poings serrés, imitait les sifflements de l'orage, le grondement des flots en fin-ie, et, se recueillant, il peignait la résignation des matelots qui attendent la mort et courbent le front sous les arrêts de la Providence. Quand il descendit de l'estrade tout le monde l'acclama. Ce fut son premier triomphe. € Vraiment, dit Yann, je n'ai pas à me plaindre de mes confrères. Ils sont charmants, mais ils ne valent pas encore les gars du Brennus dont vous allez faire la connaissance... A demain... »

Je n'eus garde de manquer au rendez-vous. Je montai dans le canot que le barde Yann Nibor, assis à l'arrière, commandait... Les sept avirons fendent le flot; l'embarcation file plus légère qu'une hirondelle. En quelques minutes, nous avons gagné le cuirassé. On se croirait au printemps; pas un nuage

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n'obscurcit l'azur du ciel; une tiédeur nous pénètre; il fait bon vivre en ce climat chéri des dieux, où les plus meurtriers engins de guerre ont un aspect aimable; le monstre que nous accostons a l'air presque débonnaire. Ses aciers et ses cuivres resplendissent; ses cheminées blindées, ses mâts à tourelles évoquent les architectures du xx« siècle, qu'a créées l'imagination de Robida. Et d'ailleurs, aujourd'hui, sur le Brennus, tout est parfum et murmures. Une musique y exécute des valses; des guitaristes y rythment des sérénades. Des bouquets à profusion ont été semés à l'entrée de la coupée. Sous une tente, formée de pavillons multicolores oîi le Lion d'Angleterre fraternise avec le Croissant, les robes se mêlent aux uniformes. De jeunes enseignes s'empressent et distribuent aux dames le programme du concert. Vis-à vis des auditeurs sont les acteurs, je veux dire les six cents hommes d'équipage, astiqués, pomponnés, rangés sur des bancs fraîchement peints, et qui attendent le moment de montrer leur zèle.

Enfin voici le ténor, le barde... Il enveloppe ses troupes d'un regard paternel et empreint d'une mâle autorité : < Mes enfants, je compte sur vous. » Ainsi Napoléon, avant d'engager la bataille, exaltait l'ardeur de ses grenadiers. Yann s'est approché d'une table que recouvre un drapeau tricolore. C'est la tribune qui lui a été réservée... Il commence : « Honneur et patrie, poésie dédiée à l'amiral Humann. » Le barde estime qu'il convient d'élever le cœur des matelots et de leur enseigner leurs devoirs. L'amusement viendra tout à l'heure. 11 leur explique ce qu'est l'honneur du marin. Et la définition qu'il en donne est d'une remarquable simplicité ;

L'honneur est d' fair' bien son service Et d' sentir qu'on a 1' cœur qui bat Quand les canons sonn't l'exercice Dur mais beau du branl' bas d' combat.

Que le mathurin s'inspire de ce conseil : on n'a rien de plus à lui demander. Pour ce qui est de la patrie, Yann met tout uniment le doigt dessus II ne se lance pas dans des dissertations métaphysiques. Il parle le langage du sentiment. Qu'est-ce donc que la patrie?

C'est la feram', la mèr', la grand'mère, Les p'tiots qui nous attendent là-bas.

La vieille église et l' vieux cim'tière Où pus d'un d' nous n' moisira pas...

Les six cents gabiers prêtent à ces leçons une attention déférente et un peu distraite. Pendant que Yann s'attendrit sur la « vieiir mèr' restée au pays », leurs yeux se fixent curieusement sur les amiraux chamarrés d'or et sur les jolies Toulonnaises assises au milieu des Heurs. Il s'agit de secouer ces gaillards-là et de leur mettre, comme on dit, le feu au ventre. Notre barde s'y entend... « Mes amis, nous allons chanter le Combat naval. Tout le monde reprend au refrain. » Et Yann, embrassant l'horizon d'un geste immense, décrit les combats futurs; il montre les cuirassés en ligne, vomissant la mort, et les mathurins agiles pointant leurs pièces sur l'ennemi. II joue à lui seul, il mime le drame effroyable : les canons fument, les balles sifflent, les vaisseaux frémissent dans leur mâture. C'est un carnage. Et Yann, haletant, vocifère des strophes héroïques :

Amiral, l'enn'mi est en vue!

— Bon, marchons d'ssus à tout' vapeur.

Car il faut qu'avant la nuit venue Sur mer not' pays soit vainqueur.

Viv' l'amiral et viv' la France !

Hissons nos plus beaux pavillons!

Et f -lui, à grande distance,

Un' décharg" des meilleurs canons.

c A VOUS, mes enfants! » Les six cents matelots clament le refrain :

Laguerr'ÎLa guerr'! La guerre!

L' mathurin n' la craint guère Car, sur terre ou sur l'eau, Il aim' risquer sa peau, Mais, tant qu'il est en vie, Gare à la gueule ennemie, Aux bruits d'cric, crac, marche avec!

Nos canons pèl'nt sec.

Ce n'est pas mal, assurément. Mais ça manque un peu d'entrain. Les choristes sont visiblement intimidés par l'appareil pompeux de la mise en scène et par l'extrême distinction des spectateurs. Ah ! si Yann les tenait dans un coin de la batterie, à l'heure de la soupe, après une libation copieuse. Quelles clameurs! Quel tonnerre! Ils savent que Yann a porté comme eux la vareuse de laine; ils ne sont pas plus gênés avec lui qu'avec un frère... Tandis que ces amiraux et ces commandants glacent leur expansion naturelle. N'importe! le barde ne se décourage pas. 11 conte aux bons gabiers un tas d'histoires; il leur narre la fin tragique du pau' p'tit soldat qui est allé se faire tuer au Tonkin par les pirates. Il avait promis à sa grand' mère de lui rapporter un beau foulard dans une boîte de Chine. Et la bonne vieille lui avait remis un scapulaire pour le protéger contre les sauvages :

Six s'main's après ça, la pauv' vieill' grand'mère Eut, d' son pau' p'tit gas, la p'tite boite en bois. La p'tit' boite cont'nait un vieux scapulaire Teint d'sang et troué d' la bail' du Chinois.

Les matelots écoutent, immobiles, ce récit. Ils sont émus et attentifs. Peut-être songent-ils à ceux qu'ils ont laissés très loin, dans le Nord, au fond de la Bretagne, aux mères, aux promises, qu'ils ne reverront

que dans trois ans. Yann remue, en eux, des impressions attendrissantes et douces. Et maintenant c'est une autre corde qu'il fait vibrer. Passant du grave au doux, il décrit la vie du bord, le fourbissage, l'astiquage, la manœuvre; il invective le maître-coq dont les fayots ne sont jamais assez cuits. Ces détails familiers provoquent une gaieté énorme. Pour le coup, les gas oublient qu'ils ont devant eux dix officiers supérieurs et le dessus du panier de la beauté toulonnaise. Ils laissent leur joie s'épancher. L'ingénieux Yann Nibor n'attendait que cet instant : € Nous allons chanter les Quatre Frères et VHella ! » Il attaque furieusement ce morceau célèbre auquel il doit sa réputation et qui est vraiment d'une largeur admirable... Il n'a plus besoin dexhorter les camarades. On lui emboîte le pas, et ferme!... Les strophes sont allègrement poussées et s'en vont porter jusqu'aux échos de la vieille darse, des nouvelles des naufragés de VHella !

Allons Peirias et Terr'neuvas!

Allons Peirtas et Terr'neuvas!

Faut pas s' fair' de la bii' pour ça, In troun' derin'tra lonlaire, In troun' derin'tra lonla!

Le barde ruisselle. Il a exécuté vingt morceaux qui en valent cent, si l'on considère la somme d'énergie qu'il y a dépensée. On l'accable de félicitations. L'amiral Humann n'est pas le dernier à les lui prodiguer, il l'engage à revenir lui faire une visite au printemps prochain... Yann est pénétré de reconnaissance pour tant de bonté. Il n'oubliera pas cette invitation. Il va se recueillir tout l'hiver, afin de prendre des forces. Après une telle journée il a besoin de six mois de repos, au fond de sa bibliothèque silencieuse...

c Ces exercices sont salutaires, me dit un lieutenant de vaisseau, avec qui j'ai lié conversation. Ils moralisent les hommes!... »

... Dix heures du soir... Yann me conduit, pour ni'instruire, dans un certain quartier de Toulon qui a gardé l'aspect qu'il devait avoir au xv" siècle. Ce sont des rues sinueuses et sordides, bordées de maisons louches, aux volets clos. Un peuple de ribaudes y est répandu... Elles sont pour la plupart hideuses, décrépites avant l'âge; leurs doigts crochus s'agrippent aux habits des passants, leurs bouches édentées glapissent des mots infâmes. Nous nous hâtons de fuir... Comme nous contournons un singulier carrefour, qui formerait un merveilleux décor pour le quatrième acte du Roi s'amuse, nous remarquons, au fond d'une boutique violemment éclairée, cinq solides mathurins qui flirtent avec cinq commères court- vêtues, au milieu d'un régiment de bouteilles vides. Et soudain, ils se mettent à chanter. Et que chantent-ils? Un couplet de Yann, tout frissonnant de patriotisme :

L' mat'lot est toujours là Pour les grands coups d'tabac.

Quand y a la guerre Avec n'importe qui,

C'est son affaire De chambarder l'enn'mi.

« Dites donc, Yann, il me semble qu'on débite vos vers dans de bons endroits. On m'assurait tantôt qu'ils avaient une vertu moralisatrice. . >

Le barde ne peut s'empêcher de rire.

c Eh ben, quoi ! les pauv'gas peuvent rigoler un brin. Ça ne fait de mal à personne. Et pourvu qu'ils soient d'attaque au jour du branle-bas général... »

Et, rempli de tendresse pour les braves qui ont si bien retenu ses chants (Yann, mon ami Yann, l'amour de la gloire vous perdra!), il ajoute :

« Vous ne voulez pourtant pas que les marins vivent comme des demoiselles ! »

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