L'UNIVERSITÉ D" AZAY-LE-RIDEAU
On m'avait dit :
« Les Anglais, dont vous savez l'humeur colonisatrice, viennent de s'emparer d'un des plus beaux châteaux de la Loire et d'y fonder une université sur le modèle d'Oxford ou de Cambridge. Ils ont campé sur ce coin de la vieille France; ils y sont chez eux. Azay-le-Rideau est, entre leurs mains, comme une sorte de Gibraltar pacifique, d'où ils surveillent ce qui se passe dans notre pays. Ces jeunes gens organisent pour un prochain jour un match de cricket. Assistez à cette fête et vous y verrez des choses dont vous serez étonné. »
Bientôt j'obtins d'autres détails... Le créateur de l'université d'Azay-le-Rideau, le comte de Mauny-Talvande, est Français de naissance, mais son mariage avec lady Mary, fille de lord Strafford, dame d'honneur de la reine Victoria, l'a précipité dans les bras de l'Angleterre; il aime en bon fils cette nouvelle patrie; cependant il a gardé de l'affection pour l'ancienne, et il a cherché le moyen de les rapprocher l'une de l'autre. Il a pensé que le lien le plus fort qui pût les unir était encore un lieu scolaire. Et c'est à ce dessein
qu'il s'est arrêté. Il a cherché d'abord une résidence magnifique et digne des personnages qu'il voulait y attirer. Le domaine d'Azay, avec son habitation royale, ses eaux vives, propres à la pêche, au canotage et à la natation, avec ses chasses, ses bois, ses larges prairies, favorables au polo et au foot-ball, lui parut des plus convenables. Le propriétaire, M. de Biencourt, consentit à le lui céder moyennant un bail annuel qui se pouvait changer, au gré du locataire, en contrat de vente. Le nid était tout prêt. Il ne s'agissait plus que de le peupler. Le comte et la comtesse de Mauny-Talvande adressèrent à l'aristocratie d'outre-Manche un appel qui fut entendu. La reine daigna s'y intéresser. Les premières familles de Londres leur promirent un concours qui se manifesta par des adhésions formelles. Le descendant de lord Westminster, futur héritier du nom, s'inscrivit parmi les premiers pensionnaires. D'anciens écoliers d'Oxford, appelés par leur naissance à exercer d'importants emplois dans la diplomatie, l'armée et la politique imitèrent son exemple. L'université d'Azay n'existe que depuis trois mois, et déjà elle possède dans son sein douze jeunes gentilshommes, la fleur du high-Ufe; l'an prochain ils seront trente; dans deux ans, le château sera trop petit pour les contenir *... La personne obligeante qui me donnait ces renseignements ajouta :
« L'idée de M. de Mauny-Talvande est d'adjoindre aux élèves anglais des élèves français de même âge et de même condition et d'opérer entre eux une fusion salutaire. Il espère que, par ce commerce, de sérieuses amitiés seront scellées et que les malentendus qui jusqu'ici ont divisé nos deux nations seront enfin aplanis. Vous voyez que cette œuvre est grosse de con-
1. Ces projets ne se sont pas réalisés. M. de Mauny-Talvande a résilié son bail, et les écoliers d'Azay-le-Rideau ont regagné l'Angleterre.
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séquences et qu'il faut absolument la révéler au public... •
Je me suis laissé convaincre et j'ai pris le chemin de la Touraine.
Dabord je m'arrêtai à Langeais où la plus cordiale hospitalité m'était offerte. Ce castel, parlait spécimen de l'architecture militaire du quinzième siècle, ne m'était pas inconnu. J'avais eu naguère l'occasion de l'explorer sous les auspices de la Société d'agriculture, des sciences, arts et belles-lettres d'Indre-et-Loire. Cette étiquette désigne une académie dont la fondation remonte à l'an 1671 et qui, malgré son antiquité, a gardé de sémillantes allures. Elle est partagée en sections comme l'Institut de France. Or, la section des arts et belles-lettres, désirant exercer son activité et maintenir son prestige, a coutume d'organiser chaque année une série de concerts en ajoutant aux ressources locales quelques éléments parisiens. J'eus l'avantage d'assister à la séance d'inauguration à laquelle prirent part M. Francisque Sarcey, maître es conférences, et un Hùtiste solo de la garde républicaine. Elle réussit le mieux du monde. Le flûtiste fut applaudi, le conférencier acclamé, un baryton photographe soupira avec charme l'air du Roi de Thidé. Ces messieurs de la société dont nous étions les hôtes ne voulurent pas nous laisser partir sans nous montrer les merveilles environnantes. Et ils nous entraînèrent dans la ville de Langeais, où un déjeuner, servi au Lion d'Or, nous devait initier aux raffinements de la cuisine tourangelle. Il y avait là une douzaine d'académiciens qui firent assaut de bonne grâce; le vin et l'éloquence coulèrent à gros bouillons. Après quoi, nous franchîmes le pontlevis du château. Aumoment où le critique du Temps s'y engageait, un gamin qui rentrait de l'école, lui cria : « Bonjour, mon oncle! » Et, par cet hommage familier,
poutraits intimes. 20
la population langeaisienne lui prouva sa sympathie. Cette fois, quand je suis arrivé, il faisait nuit, les tours profilaient sur le ciel leurs masses sombres; je crus apercevoir, derrière les fenêtres éclairées, des archers, l'arbalète au poing, et des servantes vêtues à la mode d'isabeau. Le seuil franchi, mon illusion continua. La châtelaine, M™e Siegfried, m'attendait dans le salon, où fut célébré le mariage d'Anne de Bretagne et de Charles VIII. Il me parut que rien n'y avait été changé. Des tapisseries de haute lice ornaient les murailles, un tronc d'arbre emplissait la cheminée et reposait sur des landiers colossaux, forgés aux armes du roy. Je m'assis dans un fauteuil contemporain d'Albert Durer et risquai un pas timide sur un carrelage dont on ne trouve le dessin que dans le livre d'heures de Commines. Je fus conduit dans la chambre qui m'était destinée et qu'avait occupée, avant moi, voilà quatre siècles, Arthur de Montauban, archevêque de Bordeaux, ou tout au moins le sire Michel le Doux, garde-robier de la duchesse Anne ; et sur le seuil je m'arrêtai, ébloui par les curiosités que j'y discernai. Voyant le lit gothique, à colonnes, où mes membres fatigués allaient s'étendre, je craignis qu'il ne fût un peu dur et que ses ais, rongés par le temps, ne me prêtassent un insuffisant appui. Mon inquiétude ne tarda pas à se dissiper. Je reconnus au toucher que ma couche était moelleuse. Les possesseurs actuels de Langeais, en qui le sens esthétique se double de prévoyance, ont résolu le problème d'amalgamer deux civilisations, la moyenâgeuse et la moderne. Des tuyaux à gaz s'enroulent autour des écussons féodaux: un calorifère amène des bouffées de chaleur dans la salle où veillaient les chevaliers; sur les piliers où s'appuyaient les écuyers du Dauphin sont des boutons de sonnettes électriques ; dans l'oratoire de Foulque V et de Mélisende est installé un piano d'Érard...
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Et cest ainsi qu'on rattache le présent au passé pour lagrémenl de la vie!
Une heure de voiture sépare Langeais d'Azay-le Rideau. Ces deux séjours n'ont aucune analogie. L'un est une forteresse et l'autre un lieu de plaisir. Je ne sais rien qui soit plus noble, tout ensemble, et plus charmant que l'entrée d'Azay. Des tleurs, des bouquets d'arbres, de larges allées l'égayent et sourient aux visiteurs. Une eau claire y chante à travers les roseaux. Enfin, la façade, délicatement ouvragée, et qui rappelle les plus beaux morceaux de Jean Goujon, évoque des images d'une glorieuse munificence. François I*"", accompagné de sa cour, gravirait ce perron à double rampe, Marguerite de Valois composerait des poésies latines sous ces ombrages, qu'on n'en serait pas surpris. Pour l'instant, ce sont d'autres seigneurs qui occupent les alentours du château. Une table est dressée près de la porte; elle est couverte de pâtisseries, d'assiettes, do verres, de samovars, de petits pots et de ces innombrables bibelots de métal qui constituent à Londres, les accessoires des five o'clock tea. Et c'est en effet l'heure de la collation. Lady Mary, qui en fait les honneurs à ses invités, est un type achevé de la beauté britannique; elle est d'une taille peu commune, elle a le buste et le col élancés, les cheveux blonds, le teint vif, des dents éclatantes: l'intelligence pétille en ses yeux : un air d'autorité bienveillante émane d'elle. La maîtresse de céans est, de toute évidence, une très grande dame. Son mari, le comte de Mauny-Talvande, est aussi fort élégant. Je croyais trouver en lui un Itarbon. ou tout au moins un homme mûr qui eût visà-vis de ses élèves, le poids et l'expérience du sage Mentor. M. de Mauny-Talvande est tout au plus leur frère aîné; il est, comme eux, fluet, agile et rompu aux exercices du corps. Je remarquai que son chapeau,
ainsi que celui de lady Mary, était orné d'un ruban tricolore, bleu, vert et argent.
< Ce sont nos couleurs, me dit-il. Le bleu de ciel est emprunté à Eton; le vert et l'argent sont particuliers à l'université d'Azay et la distingueront désormais des autres écoles. »
Il me montra, au loin, les formes blanches qui s'agitaient sur un vaste emplacement semé d'herbes :
« Nos joueurs de cricket sont très animés, me dit-il; ils se mesurent avec des camarades venus de Londres tout exprès pour leur proposer un match. Venez les regarder. Vous ferez la connaissance de lord Belgrave, petit-fils du duc de Westminster, et du petit-neveu de lord Cecil, qui sont nos pensionnaires. Nous avons également ici, comme hôtes de passage, un membre du Parlement, M. Wyndham, sous -secrétaire aux affaires étrangères. Nous avons reçu dernièrement le marquis de Lorne, gendre de la reine, et nous attendons, pour le mois prochain, quelques-uns de ses amis. »
Nous nous rapprochâmes de la lice où le tournoi était engagé. Les lutteurs avaient déposé sur le sol leurs habits de ville et revêtu l'uniforme de combat. Il se compose d'un pantalon de flanelle gai'ni d'épaisses jambières, à peu près semblables à celles dont se prémunissent les picadors pour se préserver des coups du taureau. Des gants de caoutchouc, une vareuse et un mouflet le complètent. C'est en cet équipage que m'apparurent le futur lord Cecil, le futur duc de Westminster, dont les joues enfiévrées par la course étaient couvertes d'un tendre incarnat, et un personnage, de quarante ans environ, auquel le comte de Mauny s'empressa de me présenter. J'avais devant moi M. Wyndham, sous-secrétaire d'État, que l'opinion désigne en Angleterre comme devant remplir prochainement une des plus lourdes charges de la Couronne. M. Wyndham
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lâcha sa raquette pour me serrer la main. Et j'admirai cet homme considérable qui s'entraîne au gouvernement des Indes en prenant part aux matches de cricket!...
Je me suis écarté du champ de bataille avec M. de Mauny et, en me promenant le long de l'Indre aux flots limpides, je l'ai interrogé sur ses projets et l'ai prié de me montrer les rouages qui mettent en mouvement l'université d'Azay. Et d'abord je lui demandai si quelques jeunes Français s'y étaient déjà fait inscrire, comme cela m'avait été annoncé. Il m'interrompit :
« Des Français? Y songez-vous? C'est trop tôt, beaucoup trop tôt! Si j'assemblais ici des écoliers Irançais et anglais, ils se battraient au bout d'une semaine! »
Je déclarai à M. de Mauny que je partageais son appréhension, mais que, dès lors, toute fusion étant écartée, je ne saisissais plus très nettement le but de son entreprise. 11 voulut bien me l'expliquer en détail.
€ L'adolescent anglais ne ressemble pas plus à l'adolescent français que le lait au vitriol. La méthode qui profite au premier serait funeste au second. L'Anglais est raisonnable, réfléchi, assidu à son devoir; je n'ai pas besoin de le plier à la discipline, il se l'impose à lui-même; il sait ce qui est permis et ce qui est défendu et jamais il n'outrepasse le règlement qui lui est très paternellement infligé. Avec le Françai,s il m'en faudrait un féroce; j'aurais à réprimer des rébellions, des excès d'indépendance. Que voulez-vous, cher monsieur! La jeunesse française est généreuse, mais impétueuse, ardente, impatiente du joug. Ajouteraije qu'elle est un peu libertine? Ses sens s'éveillent de bonne heure; ceux de nos jeunes Anglais, assoupis par de violents exercices, s'usent aux fatigues du
tennis, du football, du polo. Les étudiants d'Azay ont de dix-huit à vingt-cinq ans. Ils ne se rendent coupables d'aucun désordre. Essayez donc de les remplacer par de jeunes Parisiens fraîchement émoulus du baccalauréat! »
M. de Mauny m'a lancé un regard que j'ai compris, et, sans insister davantage sur cotte matière délicate, je l'ai prié de m'indiquer les conditions d'existence des pensionnaires d'Azay. Elle est variée et présente un agréable mélange d'occupations intellectuelles, s])ortives et mondaines. En voici le programme : le matin, de huit heures et demie à neuf heures, premier repas. De neuf heures à midi, les élèves travaillent à leur gré, préparent leurs cours, lisent, écrivent, mais ne sont pas astreints à une tâche déterminée. A midi, ils déjeunent, puis ils descendent au fumoir, où nos principaux périodiques, journaux et revues, sont déposés. Ils s'en nourrissent, ainsi que du Times. Après quoi, le cricket, le canotage ou d'autres jeux les retiennent jusqu'à quatre heures — heure du thé. Ils en avalent quelques tasses, qu'ils ont bien gagnées. Et s'étant ainsi lestés, ils écoutent une leçon de français ou un cours de littérature qui leur est fait par un excellent maître des environs, M. Chauvin, professeur de rhétorique au lycée de Tours, dont ils doivent, chaque semaine, résumer les conférences. Ces huit derniers jours, ils ont eu à traiter les sujets suivants : 1° critique d'un article de Henry Houssaye sur Waterloo; 2° description de la vallée de la Loire; 3° appréciation du carrousel de Saumur; 4° analyse de la Chanson de Roland. A sept heures et demie, ils vont s'habiller (cravate blanche); à huit heures, dîner au château (les femmes décolletées); le soir, musique ou théâtre (deux fois par mois ils jouent la comédie en français). Minuit : extinction des feux... Tel est le régime de la nouvelle université. On ne saurait l'accuser d'être trop
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laborieux. Il assure à ceux qui le suiveut une excellente santé morale et physique. Les élèves d'Azay ignorent le surmenage. Hâtons-nous d'ajouter qu'ils sont déjà cultivés, ayant subi des examens en Angleterre, et que l'objet de leur présence chez nous est uniquement de se familiariser avec notre langue et nos mœurs. Or, ce résultat est atteint. La seule obligation qui leur soit prescrite est de ne pas prononcei* un seul mot d'anglais tant qu'ils demeurent sur notre sol. Et cette règle est observée par eux scrupuleusement...
« J'espère, a conclu M. de Mauny, que quelques Français illustres voudront bien parfois nous favoriser dune visite. Si je redoute pour nos écoliers le contact des jeunes gens, ils n'ont qu'à gagner à lentretien d'hommes éminents, mûris par l'âge et l'expérience. Je pense que MM. Jules Lemaître et Paul Bourget, pour ne citer que ceux-là, ne leur refuseront point ce plaisir. »
... Tandis que nous continuons à deviser, le soleil s'abaisse à Ihorizon. Je demande à M. de Mauny, qui ma aimablement prié à souper, d'aller réparer le désordre de ma toilette.
« N'y changez rien, me dit-il, restez en veston... Nos joueurs de Londres sont accourus en toute hâte et n'ont pas emporté leur garde-robe. »
Je ne puis m'empêcher de sourire à cette recommandation :
« Je comptais bien, lui dis-je, passer ce soir mon habit... Avouez que je n'ai pas de chance, pour une fois que je dîne avec des Anglais!... »
Dans le salon de cent couverts de Ihôtel du Grand- Monarque — le principal et unique hôtel d'Azay-le- Rideau — quarante assiettes s'alignent sur la nappe blanche. Les vainqueurs et les vaincus du match vont
fraterniser; ils causent ensemble avec enjouement et je constate que leur rivalité n'a laissé dans leurs âmes aucun ferment de discorde. Le comte de Mauny les préside. M. Wyndham esq. lui fait face et j'ai l'honneur d'être assis à son côté. Et tout de suite je tombe sous le charme de sa conversation. J'avais vu en lui, tantôt, un athlète, et maintenant j'y vois un lettré. Il possède à fond notre littérature, celle d'aujourd'hui, celle de jadis; il a lu la Cathédrale, de J.-K. Huysmans, et se délasse des soucis de la politique en traduisant en vers anglais les poèmes de Ronsard. Je demeure confondu par cette suprême coquetterie. Je le suis davantage encore, quand M. Wyndham, s'étant levé, prononce en français un discours, plus substantiel et d'une forme plus châtiée que la plupart de ceux qui se débitent au Palais-Bourbon. D'autres orateurs se font entendre : M. de Mauny, M. Chauvin, et enfin les élèves eux-mêmes qui profitent de cette occasion de s'exercer en public. M. Baker boit au capitaine du cricket, M. Maitland, M. Maitland célèbre ce jour radieux qui fut témoin d'une lutte mémorable. « Ce château d'Azay, dit-il, sera le « fondeur » du cricket en France ! » Et ce n'est pas fini. Les toasts succèdent aux toasts. On en porte aux belles-lettres, à la presse. Et je suis obligé de ne pas laisser cette politesse sans réponse. Chaque harangue est suivie de hourras frénétiques et d'un vieux couplet chanté en chœur :
For hc's a joUy f/ood fellow.
L'exécution impétueuse du Godsave the Qucen termine la séance. A l'hymne de la reine, et sur un signe du président, succède la Marseillaise. Mais je dois avouer que les convives y mettent plus de mollesse. On ne peut exiger qu'ils montrent d'aussi grands égards à la République qu'à la Reine!
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... Comme nous quittions Azay, une exquise jeune fille qui n'a pas moins de cœur que d'esprit, me confia, en se remémorant les fêtes auxquelles nous venions d'assister :
€ Je ne puis vous dire avec quelle tristesse je vois ce beau château tombé en possession des Anglais! Il me semble qu'ils n'ont pas le droit d'y être, et qu'ils offensent, en y demeurant, les loyaux chevaliers qui l'ont bâti... »
Je comprends la délicatesse de ce scrupule. Mais plutôt que d'exiler les Anglais, ce qui serait un parti extrême, nous avons une manière plus efficace et plus courtoise de leur répondre. Agissons comme eux. Imitons leur initiative. Soyons énergiques et résolus. Ils achètent un château au bord de la Loire. Achetons-en un sur le bord de la Tamise. Opposons colonie à colonie; — et, puisqu'ils veulent conquérir la France, ripostons élégamment en conquérant l'Angleterre!...