‹ Portraits intimesChapitre 9 sur 38 · M. JORIS-KARL IILYS.MANS · texte numérisé non relu

M. JORIS-KARL IILYS.MANS

c Je suis religieux, m'a-t-il dit, mais je ne suis pas clérical. J'ai horreur de la phraséologie béate qui rend si pénible la littérature de séminaire. Je ne recule jamais devant l'épithète qui me paraît nécessaire à traduire ma pensée. Et c'est ce que la presse catholique ne m'a pas pardonné. Elle m'accuse d'être irrespectueux. Il y a entre nous des querelles de mots, plutôt que d'idées. Mais sur ce point je ne suis pas disposé à me convertir! »

M. Huysmans sourit. Et dans son œil j'aperçois une lueur d'ironie. Décidément, cet homme n'est pas mûr pour le suprême renoncement. Il aime encore la littérature!

« Avez-vous reçu une éducation chrétienne? »

Il m'a conté l'histoire de sa jeunesse et de ses débuts, qui ne fut marquée par aucune circonstance exceptionnelle. Il avait été mis au lycée Saint-Louis : il y acheva paisiblement ses études; il fit, à l'âge convenable, sa première communion et il ne se rappelle pas que cet événement l'ait bouleversé outre mesure; il ne se distinguait de ses camarades, ni par l'agitation de son caractère, ni par la précocité de son génie. C'était un garçon aimable et inoffensif. On le crut prédestiné à devenir un bon fonctionnaire; on lui chercha une place dans les bureaux; il entra, en 1868, au ministère de l'intérieur, qu'il ne devait plus quitter; il y parvint, après trente ans de service, à la situation de sous-chef de bureau; les « questions vicinales» lui passèrent par les mains. Il aurait pu, par un patient clTort, conquérir de plus hauts grades administratifs, mais son ambition, dès le premier jour, s'était tournée d'un autre côté. II était impatient d'écrire. Il se jeta à corps perdu dans le mouvement naturaliste qui excitait alors l'enthousiasme de la jeunesse. Il se lia avec quelques néophytes de l'entourage d'Emile Zola, avec Henry Céard, Paul Alexis, Léon Hennique, Guy de

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Maupassaiit. On se réunit, on mangea ensemble, on théorisa à perte de vue sur l'art. Ces esthètes, de tempéraments divers et qui n'avaient presque pas d'aspirations communes, tombèrent daccord sur ce point que la vie est un tissu de laideurs et d'infamies. Et ils se mirent en posture de le prouver. Ce fut à qui irait le plus loin dans la voie du pessimisme. M. Huysmans s'y enfonça éperdument; il publia les Sœurs Valardf où abondent les tableaux décourageants, et d'autres morceau.x, tout aussi cruels, qui parurent dans la République des lettres, une revue fondée par M. Catulle Mendès, toujours ardent à marcher à l'avant-garde, et dans laquelle V Assommoir, de M. Emile Zola, fraternisait avec les Abeilles, de M. Henry Roujon.

« Je ne tardai pas à reconnaître que le champ du naturalisme était très restreint. Il se limitait à la peinture des sept péchés capitaux. Quand on avait fini, il fallait recommencer. Besogne fastidieuse!... »

Et puis l'éternel adultère, l'immuable aventure qui sert de pivot au roman contemporain, l'ennuyait. 11 se détacha doucement du cénacle. Il composa A rebours qui ne lui rapporta pas un maravédis, mais qui suscita des discussions bruyantes et plaça son nom en vedette. Il s'en alla en Hollande étudier les vieux maîtres, parmi lesquels il a des aïeux, puisqu'il descend du célèbre Huysmans qui peignit à Malines, aux environs de 1720, des paysages. 11 se prit d'un goût ardent pour l'œuvre picturale des primitifs et pour les anciennes architectures. Il était tout prêt à se passionner sur ces matières, lorsque le hasard lui fit rencontrer au fond d'une bibliothèque une certaine biographie de Gille de Retz qui contenait des particularités intéressantes. Il crut y trouver l'occasion dune restitution minutieuse. H creusa son sujet, il se renseigna. Et ces recherches l'amenèrent à de monstrueuses découvertes. Il apprit que des traditions

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