‹ Portraits littérairesChapitre 18 sur 29 · EN POESIE. |«S · texte numérisé non relu

EN POESIE. |«S

i g passage de saint Jérôme est, comme on voit, trèsforme] : niais nous le croyons trop généra] i'i trop absolu. ^'il .se bornait à dire que, depuis le christianisme, la doctrine qui fait du cœur le siège tic I âme a remplacé peu à peu les cinq précédentes, qui la plaçaient dans la moelle èpioière, dans les veines, dans la respiration, dans le diaphragme et dans la tête, et que c'est depuis lors que le cœur a principalement servi de base aux métaphores employées dans le langage des passions, l'opinion de saint Jérôme sciait fort exacte ; mais il y a des exemples qui établissent qu'on avait dit avant Jésus- Chris I que le cœur était le siège de rame. Gicéron s'exprime ainsi au neuvième chapitre du premier livre des Tttsculancs : « Il y en a qui pensent que l'âme, c'est le cœur lui-même; » afiû cor ipsum animus videtur. Un peu plus bas, il ajoute que, d'après Empédocle, l'âme était le sang répandu dans le cœur. Voilà donc qui redresse expressément le passage de saint Jérôme, en ce qu'il a de trop absolu.

Nous avons recueilli, et nous pourrions transcrire un très-grand nombre de métaphores tirées du cœur, considère comme siège de la vie morale; cependant, nous devons dire que presque toutes servent à désigner le courage et ce que nous nommerons les qualités viriles de l'âme. Il y en a pourtant qui sont employées au langage de l'amour, tel est ce distique d'Ovide, tiré de la dixième élégie du livre des Tristes: « J'avais un cœur mou, à la portée des flèches de Cupidon, et qu'une légère cause peut ébranler; »

Molle, cupulineis oec inexpugnable telis Cor niihi, colique levis causa moveret, erat.

En général, le poëte où les métaphores amoureuses tirées du cœur se rencontrent le plus souvent, c'est Plaute. Nous n'en citerons qu'une, tirée du Carthaginois, où l'esclave Milphio dit à un jeune garçon : « Mon petit œil ! ma petite lèvre! mon salut! mon baiser! mon miel! mon cœur! mon lait ! mon petit fromage frais ! »

Meus ocellus! meum labellum ! mea salus! meum savium! Meum mel! meum cor ! mea collostra! meus molliculus caseus!

Cependant, il n'est pas douteux que les métaphores tirées du cœur ne soient infiniment plus rares dans les poètes anciens, pour exprimer les idées tendres, que les métaphores tirées de la moelle, des veines, de la respiration et du diaphragme.

Nous croyons avoir justifié ce que nous disions au commencement de cet article, à savoir que le langage de l'amour est toujours tiré de la situation des sciences médicales, et que toute déclaration est un Traité d'ana: tomie.

Les métaphores employées par les poètes anciens dans le langage de l'amour, se rattachent donc toutes à quatre grands systèmes médicaux sur le siège de Lame, qui sont: le système exposé par Homère sur la moelle épinière, le système de Pythagore sur les veines et sur les artères, le système d'Hippocrate sur la chaleur de la poitrine, alimentée par la respiration, et le système d'Épicure sur le diaphragme. Nous ne prétendons pas que ces quatre écoles médicales aient produit quatre écoles de poètes distinctes et séparées, tirant chacune ses métaphores de telle doctrine médicale, à l'exclusion des-trois autres, puisque nous avons montré, au contraire, que Virgile,

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