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par exemple, se rattachait ton! à la fois à l'école qui plaçait l'âme dana la moelle, .1 celle qui la mettait dans
lis veines et à celle (|iii la niellait dans le l'en de la respiration; niais mais disons que les poètes anciens tiraient les Métaphores employées dans le langage de l'amour des sciences anatomiques, et que, chez eux, les amants parlaient comme des médecins.
Nous allons faire maintenant l'application de ce point de vue critique aux poètes dramatiques du dix-septième siècle, et rechercher à quelles écoles médicales ils ont rapporté le langage de l'amour, dans leurs tragédies empruntées à l'histoire ancienne.
Il ne faut pas être très-rigoureux, nous le savons, à I égard des poêles du dix-septième siècle, en ce qui touche la vérité morale, et, par suite, en ce qui touche la vérité littéraire, car l'idée déteint toujours sur le mol. Ils étaient forcés de fausser la situation domestique des femmes de l'antiquité qu'ils mettaient au théâtre, de les produire dans la société des hommes, de leur attribuer des intrigues, quoique cela choquât la vérité historique; mais il n'y avait pas de tragédies possibles avec des femmes voilées et vivant à part. Une fois qu'ils les avaient retirées du gynécée, et qu'ils leur avaient créé une vie extérieure factice, il fallait bien leur donner des passions imaginaires et fabriquées, et ces sentiments de parade, qui ne sont ni anciens, ni modernes, ni païens, ni chrétiens, nécessitaient un langage également mi-parti et hybride, une espèce de style mélangé, comme le style architectural du seizième siècle, où l'ogive de Notre-Dame Be marie au plein Cintre du l'ailheiioli. et où le chapiteau corinthien couronne le pilier gothique.
Ainsi, une première faute dans laquelle sont tombés les poètes dramatiques du dix -septième siècle, c'est d'avoir fait jouer aux yeux de leurs héroïnes un rôle excessif et manifestement choquant pour des femmes antiques. Nous avons déjà dit que les tragiques avaient été forcés d'ôter leur voile aux femmes païennes, pour les mettre au théâtre ; mais ils sont allés d'un excès à l'autre, en faisant intervenir leurs yeux à tout instant dans les choses amoureuses qu'elles disent ou qu'elles écoutent. Les amants de Pénélope se disputèrent sa main pendant dix années, sans avoir jamais vu son visage; nous concevons qu'un pareil mystère, tout piquant qu'il puisse être, réussît peu sur notre théâtre, surtout à l'égard d'une princesse qui avait un fds déjà majeur; mais, si les femmes païennes ne regardaient jamais les hommes, ce n'était pas une raison pour que les poètes dramatiques du dix-septième siècle les leur fissent regarder toujours. Les quatre systèmes médicaux suivis par les poètes anciens dans le langage de l'amour ne se retrouvent pas dans Corneille et dans Racine. Cela se conçoit pour deux raisons. Premièrement, il n'était pas possible de faire passer dans la langue de la cour, importée dans la tragédie, certains détails anatomiques, comme les ardeurs de la moelle et les agitations du diaphragme, dont Virgile et Ovide s'accommodaient fort bien. Secondement, il faut avouer, quoique ceci coûte à dire, que les poètes du dix-septième siècle n'étaient pas très-savants. La littérature poétique de ce temps se tenait à l'écart,
Et bissait la science aux pédants <le la ville.
Molière, qui est grand en tout, et qui est complet,
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comme t< >m ce qui est grand, esl le seul chez lequel <>n trouve des idées précises et nettes sur la science contemporaine. Boileaua parlé d'astronomie une seule fois, pour faire ces rien* vers, où Newton et Vaugelas auraient eu plus d'une hérésie à relever:
Si le soleil est tixe ou tourne sur son axe ; Si Saturne à nos yeux peut l'aire un parallaxe ;
Et Racine, qui s'est mêlé de géographie dans Mithridiih-. est arrivé au résultat suivant, médiocrement honorable pour l'historiographe du grand roi :
Quelque temps inconnu, j'ai traversé le Phase; Et, de là, pénétrant jusqu'au pied du Caucase, Bientôt dans des vaisseaui sur l'Kuxin préparés, J'ai rejoint de mon camp les restes séparés.
Nous examinerons plus loin la question de savoir s il est bon que les 'poètes soient ou ne soient pas savants ; nous commençons patyonstater provisoirement que Racine et Corneille ne Tétaient pas.
I . système de Pytbagore, qui mettait l'âme dans les veines; le système d'Hippocrate, qui la mettait dans la chaleur de la poitrine, renouvelée par la respiration ; et surtout l'opinion d'Empédocle, qui la mettait dans le cœur, forment la base des métaphores employées par Corneille et par Racine dans le langage de l'amour. Mais on va voir qu'ils n'avaient pas la science critique de la langue qu'ils employaient, et qu'ils arrivaient, par le mélange de ces systèmes, à une anatomie de leur façon fort étrange, et encore en usage de nos jours parmi ceux qui se piquent d'imiter les classiques, vaille que vaille.
Habituellement, Racine transporte le mot cœur de sa signification anatomique dans un ordre d'idées morales, où il sert à la construction de phrases qui nous paraissent, à nous, fort hasardées ; telle est celle-ci dans Bajazet, acte I, scène n :
Et toujours tous les cœurs penchent vers Bajazet ; D'une commune voix ils l'appellent au trône.
Le caractère de la métaphore est de substituer des choses sensibles à des choses idéales, et de faire que la phrase métaphorique puisse en quelque sorte être dessinée et mise sous les yeux. Or, comme par eux-mêmes les cœurs ne penchent pas, on est obligé de prendre ce mot au figuré, et de dire qu'il est là pour affections; mais, d'un côté, le sens figuré ne convient plus au vers suivant, où il est question d'une voix qui appelle, chose fort propre et fort positive; et, d'un autre côté, un cœur qui a une voix ne peut ni s'expliquer ni s'excuser. On passe tout aux poètes de dernier ordre, parce qu'on ne les lit pas ; mais on ne passe rien aux maîtres, car ils ne seraient pas maîtres sans cela. Malheureusement, Racine est plein de cette science anatomique avortée, sur laquelle passent les personnes distraites, mais qui choque et qui gêne, lorsqu'on en est averti. Ainsi, les vers suivants, tirés d'Andromaque, acte III, scène iv, causent à la lecture un sentiment pénible et désagréable, par le rapprochement qu'ils offrent du même mot pris au propre et au figuré, dans la même phrase :
Je ne viens pas ici, par de jalouses larmes, Vous envier un cœur qui se rend à vos charmes; Par une main cruelle, hélas! j'ai vu percer
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|. m'uI "iï mu regards prétendaient s'adresser, M ,i flamme pai Heetor lui jadis allumée; \\. c lui dans li tombe elle s'esl enfermée
Premièrement, dans le membre de phrase,
Je ne Tiens pas ici, par de jalouses larmes, Vous tnxrier un cœur qui se rend à vos charmes,
coeur est évidemment pris pour affection; secondement, dans le membre,
Par une nain i ruelle, liél;i»' j';ii vu percer
I oi mes pegai ds prétendaienl B'adresser,
cceur est pris dans sa signification matérielle et anatomiqne. Par exemple, il serait fort difficile «le dire si le cœur ou les regards prétendent s'adresser est un oœur moral ou un cœur physique; car il est parfaitement invisible dans les deux cas. Il n'est pas moins évident que la flamme allumée par Hector est une flamme métaphysique, tandis que celle qu'un enferme dans la tombe ne peut être qu'une flamme réelle.
Ce n'est pus seulement aux organes intérieurs que Racine applique son analomie fort peu classique. Voici ilcux vers où la bouche et le visage remplissent des fonetions auxquelles on les applique rarement; ils sont tirés de Bajaxet, acte II, scène ni :
Je veux que, devant moi, sa bouche et son visage Me déeouvrent son cœur sans me laisser d'ombrage.
Il est difficile de s'imaginer comment le visage et la bouche peuvent découvrir le cœur ; et quant à \' ombrage que Rotane ne veut pas qu'ils lui laissent, il n'y a pas d'indulgence au monde qui puisse le justifier.
Tout à l'heure Racine faisait parler les cteurs pour Bajazet ; dans Andromaque, il fait parler les yeux dans les cœurs :
Venez dans tous les cœurs faire parler vos yeux.
Racine n'est pas le seul à se servir de ces métaphores d'une anatomie plus que douteuse. Le grand Corneille, plus excusable en ces sortes de fautes, parce qu'il écrivait pendant la transformation de la langue du seizième siècle, en emploie fréquemment qui ne valent pas mieux. Ainsi, dans Héraclius, acte H, scène i, il a mis une âme à laquelle on parle à l'oreille:
Vous n'avez pu savoir cette grande nouvelle, Sans la dire à l'oreille à quelque âme infidèle ;
et, un peu plus loin, il y a un devoir qui présente un coeur à des yeux:
11 présente mon cœur aux yeux qui le charmèrent.
Tout cela prouve, comme nous le disions plus haut, que les poètes du dix-septième siècle n'avaient pas la science critique du style qu'ils employaient, et qu'ils n'apportaient pas dans la composition et dans le dessin de la phrase la rigueur, l'exactitude et la précision philologiques des écrivains éminents d'aujourd'hui. Nous savons bien que de pareilles observations ne seront pas du goût de tout le monde; nous comprenons toutes les opinions; mais les faits sont là, et les faits sont bien forts quand on discute. Nous admettons, du reste, et même nous approuvons fort la vénération qui s'attache toujours de préférence aux écrivains des siècles passés; être mort,
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est iiii désavantage qui mérite bien une compensation Nous n'avons trouvé clairement formulée que dans
Corneille la doctrine médicale de Pythagore, qui plaçait le siège de l'âme dans le sang. Dans Pompée, acte II, scène h, Gléopàtre commence nue superbe tirade par ces beaux vers, que Voltaire a déshonorés de sa critique :
Les princes onl cela de leur haute naissance ; Leur âme dans leur sang prend des impressions Qui dessous leur vertu rangent leurs [tussions.
Racine tlotte incertain de système en système, les mêle tons l'un à l'antre, et les gâte tous en les mêlant. Au premier acte à'Andromaque, il met dans le cœur le feu inné qu'Hippocrate mettait dans la poitrine :
Hais l'ingrate en mon cœur reprit bientôt sa place; De mes feux mal éteints je reconnus la trace.
Au deuxième acte, il met ce l'eu dans l'âme, faisant ainsi deux fautes à la fois :
L'amour n'est pas un fou qu'on enferme en une âme.
Quelque chose qui frappe dans le langage de l'amour employé par Corneille et par Racine, c'est l'introduction d'une locution vicieuse qui s'est perpétuée depuis eux, et que la science philologique de notre époque, toute rigoureuse qu'elle soit, aura quelque peine à proscrire. Cette locution est celle qui consiste à faire soupirer avec le ca ur. Nous avons dit que les poêles de l'école hipnocratique et stoïcienne, qui plaçaient l'âme dans la chaleur de la poitrine, renouvelée par la respiration, avaient créé le mot soupir, pour signifier les idées tristes ou affectueuses de l'âme, et que le mot soupir voulait dire
littéralement respiration. Or, puisque soupirer veut dire respirer, on ne peut pas évidemment soupirer avec le cœur. Corneille se sert de cette singulière anatomie dans llodotjunc, acte IV, scène i, où Antiochus prononce ces deux vers :
Ce cœur, qu'un saint amour rangea sous votre empire: Ce cœur, pour qui le vôtre à tout moment soupire.
L'inconvénient du faux, c'est d'entraîner d'erreur en erreur. Après avoir fait soupirer, c'est-à-dire respirer, ave-:' le cœur, Corneille en vient, dans Pompée, acte II, scène i, à faire tracer des soupirs avec la main, comme dans ces vers, où Cléopâtre parle ainsi de César :
El de la même main dont il quitte l'épée Fumante encor du sang des amis de Pompée, Il trace des soupirs, et, d'un style plaintif, Dans son champ de victoire il se dit mon captif.
Racine fait également soupirer, ou respirer, avec le cœur, dans ces vers de Bajazet, acte II, scène v, où Ataiide dit à son amant :
Je sais que votre cœur se fait quelques plaisirs De me prouver sa foi dans ses derniers soupirs;
mais; chose fort étrange, il change de doctrine anatomique dans la même scène, et il fait soupirer Bajazet avec autre chose que le cœur, néanmoins sans dire avec quoi :
Et de mes froid i çoqpirs ses regards offensés Verraient trop que mon cœur ne les a point poussés.
C3 que nous pourrions rapporter encore de faits ana-