EN POÉSIE. I7S
logue n'ajouterait rien à I idée qui ressort de ceci, a savoir que Boileau, qui défendait les anciens contre Perrault, lequel défendait les poêles du dix-septième siècle, a\;iii grandement raison dans sa thèse. Les anciens, en se bornant même à Catulle, à Virgile et à Horace, sont de
divins poètes et de merveilleux artistes, toujours savants et lianlis. toujours élevés et faciles, toujours vigoureux et châtiés. On n'a pas à craindre qu'ils donnent, ceux-là. une oreille à l'âme ou qu ils fassent respirer avec le cœur. El c'est là le propre des grands poètes, d'être toujours vrais, dans la science comme dans la passion. Lorsque Homère parle de médecine, il est cité par Gallicn; lorsqu'il parle de géographie, il est cité par Pausanias. Or, il est peu probable que l'en cite jamais la géographie qu'il y a dans Miilirhlate ou l'anatomie qu'il y a dans Bajaxet. Que l'on prenne Eschyle, Sophocle, Euripide; on v trouvera toute la pensée grecque de leur temps : trouverait-on la pensée française du dix-septième siècle dans Corneille et dans Racine? Le véritable poëte est un esprit exact, en même temps qu'un esprit enthousiaste, et cela doit être, parce que la poésie élevée vit dans un monde bien plus abstrait encore que le monde des géomètres. Le géomètre fait abstraction des surfaces et des profondeurs, pour ne conserver que les lignes; l'algébriste fait abstraction des lignes, pour ne conserver que les quantités pures; le poëte. lui, fait abstraction des quantités, c'est-à-dire de la matière, car il peut vivre et opérer dans l'idée. La sommité de toute chose. science ou art, matière ou esprit, erreur ou vérité, appartient au poëte. Si l'arbre de la science porte une fleur. cette fleur, c'est la poésie.