‹ Portraits littérairesChapitre 24 sur 29 · VI CTO 11 II ICI». 2T · texte numérisé non relu

VI CTO 11 II ICI». 2T

sions et à ses souvenirs, te lusse naturellement entraîner i un certain travail recherché de mets et de phrases, que la libre allure de la pensée explique, et que l'échange vulgaire des informations et le ferraiUemenl capricieux des entretiens du monde ne nécessitent pas ou n'admel tcnt pas. Nous ne parlons même point de la différence des styles qui se remarque toujours entre la langue parlée et la langue écrite, la première simple, nette, droite, et arrivant insensiblement aux défauts de ces qualités, qui sont l'incorrection, le manque de relief et la roideur: la seconde drapée, dessinée, colorée, et arrivant quelquefois aussi a une majesté fausse et théâtrale, au contourné dans la forme et aux tons criards dans l'aspect ; nous nous bornons à considérer la langue parlée et la langue écrite sous le rapport de leur répertoire de mots et de tournures, et nous constatons que celui de la première est beaucoup moins étendu que celui de la seconde. C'est là un fait d'une importance assez grande et d'une vérification très aisée. On n'a qu'à prendre un dictionnaire, le premier venu; et, à moins qu'on ne soit un philologue de première force, on reconnaîtra qu'il y a au moins, terme moyen, cinq mots par page que l'on ne connaissait pas.

Lors donc que les hommes du monde, qui se font des arts et des lettres un plaisir et non point un travail, qui ne sont pas forcés, par métier, à étudier avec soin les recoins de la langue et les procédés minutieux du style, et qui |ogent les œuvres littéraires par instinct, par sentiment et pat bon sens, au lieu de les juger par analyse, par vérification, par examen intrinsèque et détaillé, et qui en ont par conséquent des idées générales et vagues,

plutôt que des opinions précises et motivées; lorsque les hommes du monde, qui savent la langue parlée, mais qui ne savent pas la langue écrite, se trouvent en présence de quelque livre ou de quelque drame, dans lesquels l'auteur, que nous supposons instruit, a employé une partie de ce répertoire de la langue écrite qui manque à la langue pailée, il est tout simple que les lecteurs et les spectateurs soient à l'instant même surpris et déroutés, lis voient passer devant eux des mots inconnus, accouplés d'une façon étrange, car toute chose est étrange à celui qui la rencontre pour la première fois ; et, s'ils n'ont pas de l'auteur une estime très-haute, et d'euxmêmes une estime très modérée, ce qui est l'ordinaire en ces sortes d'occasions, il est naturel qu'ils croient que la raison est de leur côté et le tort du côté de l'auteur, qu'ils savent le français et que l'auteur ne le sait pas.

Eh bien, il y a un grand nombre de faiseurs de romans et de feuilletons qui ressemblent sur ce point aux gens du monde, c'est-à-dire qui n'ont jamais fait une étude très-approfondie de l'art qu'ils exercent, et qui s'y comportent en amateurs, au lieu de s'y comporter en connaisseurs véritables; qui savent toute la langue de la conversation, mais qui ne savent pas toute la langue du dictionnaire, et qui s'écrient qu'on ne sait pas le français, dès qu'on sort quelque peu de leur petit répertoire de mots et de phrases.

Ce n'est pas tout encore," et nous arrivons maintenant au but de notre discussion d'aujourd'hui ; de même que la langue de la conversation est beaucoup plus restreinte que la langue du dictionnaire, de même celle ci est beau-

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