M THEATRE
el i la mère. IU s'enfermèrent sur-le-champ dans une chambre, en se maudissant; el ils s'étranglèrent. A quelques jours de là, la jeune fille mourut de honte et de douleur.
La conclusion à tirer de ceci, pour notre sujet, esl l'oit simple. Lotfa ne s'était pas étranglé et ses filles n'étaient pas mortes. La même action n'avait donc pas, aux deux époques, la même immoralité, el le crime qui séparait le père de ses filles n'était pas le même. — Donc, le même sentiment existe dan i le cœur, à divers degrés, selon les époques historiques; ou, en d'autres termes, le cœur humain ne se ressemble pas dans tous les temps.
C'est dans cette théorie de la diversité des mêmes affections que l'étude du cœur humain devient une grande et magnifique étude. (Test en effet une espèce de plaisanterie, d'entendre ceux qui prétendent que les passions sont éternellement les mêmes, se récrier en même temps sur les difficultés de l'étude du cœur humain. Une étude devient évidemment plus aisée, en raison du petit nombre des objets à comparer; de même que la fatigue d'un voyageur diminue en raison du petit espace à franchir. Si le cœur de l'homme est le même à toutes les époques, il suffit de le connaît)»' à un moment donné, pour le connaître à tous les moments de son histoire, à supposer que ce qui ne change pas ait une histoire. Si, au contraire, le cœur de l'homme varie selon toutes les révolutions qui s'opèrent dans la famille; si l'amour, le dévouement, le respect, subissent mille métamorphoses, au gré des religions qui modifient les bases de la morale, qui changent la valeur des hommes entre eux, qui créent à de certaines époques des sentiments inconnus à d'autres
époques; alors, le poëte, qui comprend l'art vrai et qui l'aime, trouve sur son chemin mille difficultés, mais aussi mille avantages.
Mille difficultés, car il faut qu'il recherche et qu'il détermine, dans l'histoire générale d'une passion, l'état précis où elle se trouve à un moment donné des métamorphoses de la famille ; il faut qu'il ne la prenne ni trop haut, ni trop bas ; ni trop près de son point de départ, ni trop près de son point d'arrivée; il ne faut point qu'il confonde le père qui livre sa fille, comme Agamemnon, et le père qui sauve la sienne, comme Triboulet; la mère qui égorge son enfant, comme Médée, et la mère qui le venge, comme Mérope; l'amant qui prend sa maîtresse dans le sac d'une ville, comme Pyrrhus, et l'amant qui l'obtient d'elle-même, comme Hippolyte; l'épouse qui égorge son mari, comme Clytemnestre, et l'épouse qui meurt pour lui, comme Ania; il faut qu'en enveloppant une passion sous un nom propre, cette passion réponde au temps et au pays de ce nom; qu'elle soit juive, grecque, romaine, barbare; qu'elle ait enfin dans l'objet, dans le but, dans le caractère, dans le langage, ce signe non équivoque de la vérité qui précise les choses et qui les fait reconnaître au premier coup d'œil; en un mot, il faut que le poêle fasse le costume de l'âme aussi exact que le costume du corps.
Mille avantages, car il a sous la main une gamme de caractères et de passions infinie. L'école classique n'a qu'un père, qu'une mère, qu'un fils, qu'un amant. La théorie de l'identité des passions et du cœur humain et de l'éternité de la morale, ne peut, en effet, varier ni le mobile, ni le but, ni le caractère des affections. Dans cette théorie, les