LE DUC VICTOR DE DROGUE
rencontre. Elle le conduit, après avoir rappelé comment, au mois de juin 1824, l'auteur de la Monarchie selon la charte fut brusquement renvoyé du ministère, à ajouter ce qui suit;
Le 8 Juin (i), à dix heures du matin, le Icndcmaîn du Jour où son sort avait e'té décidé à son insu, comme il entrait aux Tuileries pour faire sa cour à M. le comte d'Artois, son secrétaire, consterné et la larme à Toeil, lui remit un message qui le congédiait à peu près aussi cavalièrement qu'un laquais de bonne maison...
Je dois ajouter, pour ne rien omettre, que les amis Je M, de Villèle ne se firent pas faute de l'excuser, comme on excuse en ce bas monde, en aggravant le tort par la calomnie, en insinuant ma^'^'nement que l'auteur du Génie du christianisme devait s'en prendre à lui-ir.cmc si son congé ne l'avait rejoint qu'en plein midi et en pleine cour; qu'il l'aurait reçu en temps et lieu coavenablc?, f'il fut rentré chez lui la veille au soir, et s'il y eût passé la nuit. J'ai toujours regardé, pour ma part, cette sottise comme inventée à plaisir et après coup. M. de Chateaubriand, dans ses Mémoires d' outre-tombe^ en m'im.putant (gratuitement, de son propre aveu) un acte de persécution aussi faux en lui-même qu'étranger, j'ose le dire, à mon caractère, a trouvé bon d'y joindre cette réflexion, qu'en tous cas j'en étais bien capable. Il ne tiendrait qu'à moi de lui rendre ici la pareille ; mais les mauvais procédés et les mauvais exemples ne sont bons * "'à e'viter (2J.
(î) C'est le 6 juin — et non" Te 8 — que Chateaubriand fut renvoyé du ministère, h) Souvenirs, t. II, p. 405 .
Mettons tout, d'abord en regard de cette page des Souvenirs la page du Congrès de Vérone, où Chateaubriand a raconte lui-même son XQn\o\^ audiatur et altéra pars :
Le 6, au matin, nous ne dormions pas; Paube murmurait dans le petit jardin ; les oiseaux gazouillaient : nous entendîmes l'aurore se lever ; une hirondelle tomba par notre chemine'e dans notre chambre ; nous lui ouvrîmes la fenêtre : si nous avions pu nous envoler avec elle ! Les cloches annoncèrent la solennité de la Pentecôte; jour mémorable dans notre vie : ce même jour, nous avions été relevé à sept ans des vœux d'une pauvre femme chrétienne; après tant d'anniversaires, ce jour nous rendait à notre obscurité première ; de là s'en allait nous attendre au palais des rois de Bohême, où nous devions saluer ce Charles X exilé, à qui l'on ne nous permit pas, en 1824, de chanter aux Tuileries l'hymne des félicitations.
A dix heures et demie, nous nous rendîmes au château. Nous voulions d'abord faire notre cour à Monsieur. Le premier salon du pavillon Marsan était à peu près vide ; quelques personnes entrèrent successivement et semblaient embarrassées. Un aide de camp de Monsieur nous dit : « Monsieur le vicomte, je n'espérais pas vous rencontrer ici ; n'avez-vous rien reçu ? » Nous lui répondîmes : « Non, que pouvions-nous recevoir? » Il répliqua : «J'ai peur que vous ne le sachiez bientôt. » Là-dessus, comme on ne nous introduisit point chez Monsieur, nous allâmes ouïr la musique à la chapelle.
Nous étions tout occupé des beaux motets de la fête, lorsqu'un huissier vînt nous dire qu'on nous demandait. Nous suivîmes l'huissier, il nous conduit à la salle des