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Dans les livraisons des t*' et 15 janvier

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avait déjà cette plume rapide qui devait courir sur le papier pendant près d*un demi-siècle, se prodiguer, en se renouvelant, avec une magnifique abondance, snfiire à toutes les idées, créer, comme en se jouant, les chefsd*œuvre, et nous donner quelques-unes des pages les plus parfaitement belles de la prose française depuis Rousseau.

Je dis Rousseau, et le fait est qu'on ne peut étudier George Sand sans penser à lui. Il a été vraiment son maître, et il semble par moments revivre en elle, dans sesidées, dans son talent, dans sa dialectique éloquente. Mais si elle le rappelle et le reproduit presque par de frappantes analogies, quels profonds contrastes! Rousseau n'était pas né avec cette facilité incomparable. Dans le temps même de sa maturité splendide, il n'atteignait qu'au prix de laborieux tâtonnements à ce grand style, riche de sucs et de couleurs, où l'heureux génie de George Sand réussissait spontanément. Car elle écrivait vite et ne corrigeait guère, par où elle était bien de ce siècle improvisateur et insensible au mérite du long effort qui se concentre sur une œuvre pour l'amener au point de la perfection. Or, il me semble que cette différence du procédé, si. manifeste dans leurs ouvrages, l'est bien autrement dans leurs lettres. Rousseau écrit pour une seule personne comme pour le public, d'ufl style mesuré et qui a grand air. Son esprit, — et dans ses leflres il en a beaucoup, — ne jaillit pas d'abondance ; on y sent presque toujours l'intention et

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luité de belle humeur qui finit par impatienter. On se lasse de la vivacité d*oiseau ife cecharmant garçon qui, dès Tàgc de seire ans, tournait si joliment ses billets à sa mère avec une tendresse un peu superficielle» Mais du mjins il y avait, chez ce jeun* officier qui pas^ sait sa vie dans les camps, il y aj/ait une grâce toute française, que sa fille, avec ses dons puissants, n'eut j;amais.

Le mot: « camarade» revient souvent dans les lettres . de George Sand, et il marque bien le caractère de se» relations avec plusieurs jeunes gens de La Chaire, — qu'elle appelait son « noyau berrichon », et qu'elle alla retrouver au quartier latin. Là, durant quelques mois, elle vécut avec trois d'entre eux, MM. Jules Sandeau, Fl^ury et Duvcrnet, dans une fam>»ltarité assez contraireau^ convenances; hàtons-noufS d'ajouter que, pour 4e,ux de ces jeunes hommes, nul autre sentiment ne s'y mêlait. À cet égard, les letti^es ont du moins le mérite de dissiper toute équivoque. Il n'y a pas le plus léger soi^pçon de coquetterie, et c'est au point qu'on ose presque le regretter! Il y aurait plus de délicatesse, on septirait qu'une main de femme tient la plume, ce que> dans L> correspondance de Géorgie Sand on ne sent jamais. Ce nVlait pas seulement dans les rues de Pari^ qu'elle se Irnveslissait rn homme ; elle le faisait bien plyscncoredans ses lettres. Elle appelait un desesamis: mon vieux camarade! comme elle fumait des cigarelies» et ne prenait pas garde que les hommes qui ont

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des habitudes d'esprit délicates écrivent autrement. Lisez, par exemple, la Correspondance de Lamartine. -. Il a été jeune, il a écrit gaiement à des amis gais et jeunes comme lui. Mais Lamartine conservait toujours sa noblesse native. Lamartine était un gentilhomme. Lamartine enfin n'était pas peuple, et George Sand Ta toujours été ^ Lisez encore la Correspondance de Sainte-Beuve. Il était certes peu délicat par Je certains côtés de sa vie; mais, s'il y avait en lui des instincts assez bas, l'esprit gardait parmi tout cela son exquise finesse. Lui aussi, comme George Sand, il a vécu.cette vie du quartier lalin ; mais la tempérance de son goût littéraire le préservait du genre « bohème ».

Je viens dédire qu'elle étaitpez^pt^/ellel'était par sa * mère, à qui elle ressemblait beaucoup et dont elle a subi dans sa première enfance, et plus tard, l'ascendant. Sa mère l'avait habituée à dédaigner les conventions mondaines; de là à méconnaître les plus légitimes convenances il n'y a qu'un pas. Sa mère, avec ses rancunes populaires, se moquait des tt>t7/^5 comtesses, eila ieune Aurore craignait par-dessus tout d'imiter leurs façons- Cet enfant avait dans Tâme des trésors de rêverie, de poésie, de riche sensibilité, et déjà le penchant aux relations et aux conversations vulgaires. Elle raconte que, dans le temps même où sa jeune tète était tout occupée

1. Je uo fais que reprendre ici un mol de La Bruyère, que George Sand s'cst-eilc^môme appliqué, avec un senspcul-ôtro un peo différeuty dans Vlliatoire de ma, vie.

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de fictions romanesques, elle recherchait avec un vif plaisir la société des petites gardeuées de troupeaux. Sa grand'mère, qui fut en tout si rarOnée et si patricienne, ne comprenait pas ces contrastes.

C'est un adage que les enfants changent en grandissant. Je croiSy pour ma part, que le plus souvent il n'en est rien. Ils développent les germes qui étaient en eux, et l'homme ou la femme réalise ce que Tenfant avait promis. Ce fut le cas de George Sand : ce qui était en elle instinctif devint réfléchi ; de ses penchants elle forma des principes dont elle prétendit faire la règle de ses actions. Elle conçut un mi^pris systématique du monde et de Topinion, qui éclate à chaque pas dans ses lettres, comme dans sa vie et dans ses livres. Il lui semblait que chaque fois qu'elle bravait un usage, c'était comme une victoire qu'elle remportait sur un ennemie

Nous en trouvons un curieux exemple et comme un épisode caractéristique d ms les premières lettres à M. Jules Boucoiran. On y voit à l'œuvre pour ainsi dire l'âme de cette femme généreuse, impétueuse, toute de premier élan, qui dans sa conduite, comme dans son langage, était presque toujours à côté ou au delà, se faisant un jeu de braver les convenances pour suivre

1. M. CuviUier-Fleury a mis en relief ce côté excentrique du caractère de George Sand dans les articles spirilueis et mordants qu*il a consacrés à VHiitoire de ma vie, et recueillis dans le tome I de ses Dernières études historiques et littsiraires (2 vol. in- là, Michel Lévy 185J), qui, heureusement pour ses lecteurs, n'oDt pas été les deraièret.

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