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en l'art de pnrieraux hommes de sa race, croyez-^voqs qu'il va se ré luire, comme on fait chez nous, à exposer, à démontrer, à dérouler les faits, les arguments, la chaîne desp/euves, et à les retourner une à une jusqu'au moment où il sentira qu*il a produit l'évidence et formé un courant d'opinion? C'est le procédé pratique et austère des debaters anglais et des nôtres. 11 suffit à notre raison; il ne saurait satisfaire à cette virtuosité insatiable qui est au fond de Tâme espagnole. Au détour d'une idée, M. Castelar laisse là son plaidoyer, laisse le détail aride, et voici que son éloquence, ouvrant tout à coup ses ailes, prend son essor dans un de ces merveilleux développements poétiques qui Irnnsportenl son auditoire. C'est un souvenir d'enfance; c'est une invocation au génie de TEspagne; c'est quelque légende du passé; et la foule est ravie d'enthousiasme, applaudit au poète, applaudit à Tartiste, applaudit au spectacle qu'il lui donne. Voilà le procédé dont Lope et Calderon usaient envers leurs auditoires. Ah! ils savent bien, ces enchanteurs, qu'il leur faut à pleines mains prodiguer les ima^res, répandre les pluies de Heurs sur les têtes, et faire élinceler les flammes de Bengale comme dans une féerie! Et maintenant conçoit-on pourquoi le gongorisme est un des éléments essentiels, j*alla!s dire un des moyens d'action de ces dramaturges?
La préciosité certainement n'appartenait pas à la seule Espagne de Calderon. La même inOuence régnr
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aussi eu Italie, en France, et jusqu*en Angleterre. C'était le temps où te cavalier Marini passait les monts et venait faire à Paris les délices des grandes dames en (les pelits-niaitres. Les graves et positifs Anglais euxmêmes étaient possédés de cette manie de subtiliser et amphigouris. L'euphuisme sévissait à Londres ainsi que le cultisme à Madrid. Shakespeare en fut atteint tout comme CaIderon^ 11 soufflait à travers l'Europe un vent funeste à toute saine littérature. Mais il y eut ùïiirtVeuphuisnie anglais et le cultisme ou gongorisme espagnol cette dilTérence que, si tous deux pareillement tiraient leur origine de Tltalie, Veuphuisme ne pouvait être et ne fut en efl'et sur les bords de la Tamise qu'une plante exotique et qui ne prit )ias racine. Le sol anglais y était rebelle. Ce fut un caprice de ta cour et des beaux esprits; mais celle mode passagère ne s'étendit pas au delà. Ëie ne gagna jamais les couches profondes de la société. Le rude bon sens saxon fit, comme en France, justice de ces misères. H n'en a pas été de môme pour le cultisme en Espagne. Il était aussi de provenance italienne, et ce fut aussi par les Iqtrés qu'il s'implanla. Hais comme il trouvait là un terrain propice I Comme tout conspirait à Ty faire croître et fleurir, et envahir toute la littérature de sa folle végétation ! Ces vifs esprits,
1. On peut lire, surcc sujet, le curieux chapitre que M. Méziôres .1 consacré à l'euphuisme et à son influence, dans les Prédécei- Reurs et Contemporains de Shakespeare^ 3« édition. Un volume în-12. Paris, nachcllc, 1S8I.
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si prompts à saibir, si ingénieux à rendre les plus fines nuances de la pensée et du sentiment, ces Africains d'Espagne, dontrimagiualion empourprée et exubérante liyperbolise avec simplicité et subtilise avec un parfait naturel, étaient conquis d'avance au ciiltisme. Dirai-je qu'il y a au fond de tout Espagnol un cultiste ? Ecoutez plutôt les chansons populaires; elles sont toutes pleines de agudezaSy de pointes et de métaphores incroyables; elles expliquent comment le peuple battait des mains à ces monstrueuses hyperboles qui sont les formes ordinaires du langage en Orient.
Les fautes abondaient sous la plume des auteurs dîms laprécipitalion du travail, car ces dramaturges ont été avani tout de merveilleux improvisateurs. On est confondu quand on songe que Calderon a laissé des centaines de pièces; et qu'était-ce donc auprès de Lope de Yega, qui en a produit des milliers, et en vers!*Il écrivait une comédie « à la diable », en une matinée, comme on écrit maintenant un article de polémique courante. A cet égard, et par l^r insouciance à recueillir les trésors qu'ils avaient jelés aux quatre vents, les dramaturges espagnols du ivn' siècle ont été les vrais journalistes de ce temps-là. Le fait est qu'ils furent incomparables dans l'art de répandre sur la scène la vie et le mouvement, de tenir les spectateurs en haleine» leur prodiguant les péripéties et les coups de II éâtre. On n'eut jamais la main plus légère à nouer et di #îOuer, sans les rompre, les fils déliés d'une intrigue. La trau.e
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ccurt sous leurs dotais agiles; mais cVst la tiame sans consistance des féerie» où la feule est' prise par les yeux. Us me font penser, avec leur veine ca^rici» usi», «[ui coule au hasard con^me un ruisseau sans profondeur, «\ la fantaisie intarissable et exlrava^anlo de TAriosle. Qu'ils sont loin de nascliefs-d^œuvro, méilités rt achevés, et si serrés en leur tissu!
Et, malgré tout, nous ressentons un immortel attrait dans leurs œuvres, Tattrait de celte vie intense qui circule dans les moindres scènes. La réalité tout entière, en son caprice infini, s*y reflète. Ces dramaturges onl une vue des choses naïve et concrète; en quoi ils dtf- (èrent de nos tragiques, qui procèdent par Tabstraction» Les pièces espagnoles ont, dans leur libre essor, le charme des êlres vivants. Mais il est une autre raison de cette fortune durable de tant d'esquisses éphémères. C'est qjie le génie d*un peuple les anime.
Suivez-le, ce poète inJàiigable qui, bride abattue, «hevauche par tout pays; en vérité, il ne sort jamais do TËspagne. Ils sont tous Espagnols ces innomb-rables personnages qui pssscnt bruyamment sur sa scène ehangranle. Les voilà avec leurs superstitions et leuri croyances, leur grandiloquence el leiir verve poétique, leurs réparties qui se croisent et brillent comme des épées, leur humeur romanesque, chevaleresque et cruelle, leur air de capitaines et leurs dagues sanglantes ! Ce sont les compatriotes du poète, el eux toujours, et eux se ilem' ~ 'eut q'jc ces œuvres
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singulières, puissantes et Faibles tour à tour, exubérantes et stériles tout ensemble, subsistent pourtant et ne sauraient périr : c'est le miroir d*une nation. Notre théâtre classique, au contraire, est le miroir de Tâme humaine. Où le dramaturge espagnol, pareil au jongleur de la place publique, borne son art à Tamusement des yeux et des oreilles de la foule, le dramaturge ji*ançais atteint les fibres les plus déliées de nptre cœur et la partie divine de notre raison.. ^
M. ^li:ZlftilES
Acûl I88J.
Est-il Iroptard, lecteur, pour vous signal ei* les deux récents volumes que M. Mézières, de rAcadcmie française, apubliés fbus ce double titre : En France et Hors dô France^? J'en aurais dû parler plus tôt, et j'éprouverais quelque remords de ne l'avoir pas fuit, si les livres de M. Mézières n'étaient de ceux que le seul nom de leur autear recommande. Voici les vacances, la saison des voyages et des séjours lointains, où les leltrés ont coutume de choisir pour compagnons de route — pernoctantnobiscuniyperegrinantary rmticantur^.,. — quelques bons livres de lecture facile
i. Deux volumes in-12. Hachcltc. 1883.