‹ Portraits littérairesChapitre 24 sur 55 · Cicéron, Pro Archiâ pof:td · texte numérisé non relu

Cicéron, Pro Archiâ pof:td

t56 paUTRAfTS LITl £:; ArUËS.

délicate, engaj^oaute, livriïsqui, »an» naigifa, rJcréonl ('esprit et rentietieniieiit dans ses médit itions profanées» livres commodes (|uc vous pouvez fcrmOi*' cl rouvrir à vos heures : causerie savante d'uu esprit aimable qui aborde les sujets tour à tour, en pre:id le suc ou la fleur, et s'envole saus faire plier le rameau vert où sa fantaisie discrète s'est posée.

Au fait, est-ce bien un livre que M. Hézière» a voulu nous donner cette fois? Ces deux volumes sont deux rcevi ils de fragments ou d'aniclfS écrits à des époques différentes sur des sujets très variés, car vous savez que M. Mcziércs, tout en professant ses cours de Sorbonne, et on travaillant aux longues œuvres qui ont établi sa réputation, collaborait à un journal parisien*, et vous savez aussi que, de{)uis qu'il est dans la politique, il réserve fidèlement en sa vie une place aux lettres. Témoins plusieurs de ces morceaux, datés d'hier. D'autres, au contraire, sont anciens; maiSr grâce à Dieu, les choses bien pensées et bien dites sont peu sujettes à vieillir. Lui reprocherez -vous de les avoir tirées de Toubli profond oùdoiment les feuilles jaunies du passé? Lui rcprocherear-v*o^s d avoir recueilli de la sorte et sauve là un peu de lui-même, un peu de son bien, qui est aussi le nôtre, et de n'avoir pas craint de veplacer sous nos yeux tant de pages éphémères qui méritaient de revivre? Tel cdurt chapitre, dans soa

UU Tempx^ où M* Méûèies a conuacocé d'écrire en 1861*

». HÉZICIRCS. « 167

fc'.pps, ne fut guère qu'une annonce biUîograpbii|ue, En conHcnt-il une moindre part déraison générale el lie vérité constante?

Je ireutrepreiids pas île donner un aperçu de ce» deux volumes. H me faudrait analyser des analyses, et rendre compte de chapitres qui furent, eux-mêmes, les comptes rendus d'autres livres. Je noterai toutefois, dans le volunie intitulé JTor^ de France, les pages sur Dante et sur la poésie italienne. Elles se rattachent aux travaux les plus importants de M. Héziëres, à ceux qui forment proprement son œuvre. Si Ton excepte e:i effet Topuscule sur la Société française — que sod auteur pourrait bien réimprimer quelque jojr, sans qu'il ait presque rien perdu de sa vérité et même de .son à-propos, — si Ton excepte un livre àpart, nédeTiadignation patriotique, les éloquents Récits dé Vinvasion, l'on reconnaît que c'est l'étude des littératures étrangères qui a toujours occupé lo professeur et l'écrivain.

Or, il y a deux Hiçons d'étudier une littérature. Oa peut la suivre dans ses manifestations changeantes et dans le perpétuel devenir de son mouvement contemporain; c'est ce qo'a fait autrefois M. Saint-Reaè Taillandier. On peut au contraire remonter, en son passé classique, aux écrivains et ajx chefs-d'œuvre que l-aLhioiration des siècles a comme consacrés; c'est ce qu'a fait M. Mézlères. En Angleterre, il est allé droit à Shakespeare, en Italie à Dant'j et & Pétrarque,, en Allemagne à Gœlhe.

158 ronmAirs LiTTÊiiAïuts.

Ses ouvi âges liUéraires forment en toul huit volumes. Je serais tenté do dire que c*est peu, dans un temps où Ton écrit beaucoup. M. Mézi'rcs ne s*est point dispersé: grand mérite, et mô:nc grand avanUigc. A la diiïérence de certains esprits voj^gc^irs, comme ont clé MM. Arapère et Viguier, toujours errants et toujours entraînés par leur humeur aventureuse et par leur curiosité insatiable, il n*a pas couru au hasard les grands chemins ou les petils sentiers des littératures étrangères. Hais il a su dès Tabard se régler, se fixer, se concentrer en rétudç successive de trois ou quatre grands sujets^ bien choisis et bien déOnis, d*un intérêt supérieur etdurablo. Il a su même être journaliste et faire au journalisme sa part. Enfin il a eu cette sagesse assez rare d'atiendre, pour se produire, Theure de la pleine maturité.

A cet égard, je distingué dans sa carrière trois périodes.

La première commence vers 1848. M. Mézières est élève de l'École normale et de rÉêole fi*ahÇaise d'Athènes. Il écrit delà së^ Icll4'es de Grèce*, oè perce un talent précoce, talent gracieux, facile et simple. Revenu en France, il se consacre aux littératures étrangères. Il en tirera les sujets de ses livres et la substance de ses leçons. Professeur à Nancy, avant de venir occuper à la Sorbonne la chaire illustrée par Faurlel,il prépare dans

1. CesleUres que M. Mézièren avait gardées inédites ont paru, depuis 188i, dans la Revue internationale de Florence.

M. MÊZIËUES. 15»

i'ombre les ouvrages qui mettront son nom eu lumière. En 1861, il publte le premier volume de ses études sur le théâtre anglais.

Une seconde période s'ouvre alors, période féconde de dix années, durant laquelle il Tait paraître tous ses ouvrages : après le volume sur Shakespeare, les deux tomes, qui en sont la suite, sur les devanciers, les contemporains et les successeurs immédiats du grand dramaturge; puis le Pétrarquey puis le Gœthe. La guerre éclate; la Lorraine,^ sa province natale, est envahie. M. Mézières, abordant un genre, hélas ! bien différent, retrace avec une ardente émotion les péripéties cruelles de l'invasion allemande, liieuiôt après, il est éluà TAcademie. Mais déjà il est entré dans une péiiode nouvelle, la période prcsentie, où la politique, qui l'allii ait depuis longtemps, s'empare de lui et, je le crains pour les lettres, ne le lâchera phis.

Telle a été jusqu'à ce jour la carrière du professeur et du critique. Quanta son œuvre littéraire, elle se résume en ces trois noms qui personnifient trois époques dans rhîbtoire des iefttres modernes: Pétrarque, Shakespeare et Goethe.

C'est la littérature anglaise qui d'abord Foccupa. Il y était niturellemeût amené par des leçons et par des exemples qui le touchaient de près. Son père, M. Louis Mézières, avait publié, en 1834, sous le titre i*Histoire critique de la littérature anglaise, une série d'études qui durent être, dans leur temps, presque une nouveauté.

IbO rORTAàirS LITTÉRAIRES.

Or, Shakespeare était précisément l'un des grands auteurs britanniques que U. Louis Mézières n'avait pas abordéy et ce fut peut-être le désir de continuer l'œuvre paternelle qui engagea son fllsdans une des entreprises les plus difXiciles que Ihistoire des liUératures puisse offrir à un écrivain. Étudier Shakespeare ce n'est pas seulement étudier son théâtre, ce qui est, même pour un Anglais, une iàche laborieuse. Il faut étudier aussiles commentateurs, et Dieu sait s'ils sont nombreux en Angleterre, [aux Ëliits-Unis, même en Allemagne, je dirais surtout en Allemagne, car les Allemands tiennent Shakespeare pour un des représentants du génie de leur race; ils Tout revendiqué et décidément annexé, comme une province où le principe des nationalités leur donnerait des droits. On formerait une bibliothèque de tout ce qu'ils ont écrit sur Shakespeare, subtilisant à perte de vue, lui prêtant des intentions qu'il n'eut sans doute jamais, et traitant cet Homère saxon comme en usèrent les scoliastes alexandrins avec l'Homère grec.

M. Mézières sut tirer de cette science anglo-allemande un livre des plus français, et j'ajoute que ce livre nous manquait avant lui. Nous n'avions guère que les notices de M. Guizot, de H. de Barante, surtout de H. Yillemain, et les articles de Philarète Chasles« L'œuvre d'ensemble restait à faire. M. Mézières nous Ta donnée non seulement pour Shakespeare, mais pour ses précurseurs, ses émules, ses disciples, — les satellites du grand astre, — embrassant ainsi tout le cycle de cet

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ancien llicàUC) ce que les Anglais eux-mèmas u'avaieiit pas fait. La vérilé est qu il a euriclii notre littérature critique d'un ouvruge exielleut et durable, et cet ouvrage devenu clussi(|ue est peut cire le plus solide de ses titres liltcrairos. M. Mczières y avait ni:s ses plus sérieuses qualités : une raison suie et tenipcréc, des idées nettes énoncées siinpltnient, un st^le élégunl et toujours naturel, enlin cet art où excellent nos maîtres de TUniversité, Tart de pénétrer au \il' d'un sujet, de Texposer avec méthode et de le discutera fond, mettant en évidence tous les côtés, tous les aspects des questions ou des thèses, mettant en œuvre toute la substance utile que le sujet renierme.

Dans son livre sur Pétrarque ^, je retrouve les mêmes qualités, avec un accent plus personnel, plus de chaleur et d*éinotion. Le critique se taisait biographe, il retraçitt la vie de Tun des hommes les plus céleuies de tous les temps, et dans cette vie il renconlrait le roman d'ua grand amour dont la plainte immortelle a traversé les ùges; il rencontrait un délicat problème psychologique. Cet amour de Pétrarque pour Laure lut-il en vérité si profond, si durable ? Le chauire ingénieux du Cau^onic're a-l-il soulfert les tourments de la passion que durant vingt années il s'est plu à décrire? M, lUézières n'en doute pas, et il s'attache à le démontrer, à démêler les

1. Pétrarque, Ëludo d*aprè» de noaveaux djcurnsnts. Ouvrage cjurooué (lar rAcuUémie l'runçaiso. Ufi voL Paris» Didier, 1856.

1(2 POnTRAlTS LITTÉIiAIRES.

nuances 1res compliquées d*un sentiment, selon lùî, très sincère, avec une finesse li^airal^se où il entre beaucoup de sympathie, j*oserais presque dire d^affeclion rétrospeclive pour Pétrarque. Il aime,*fan le sent, les vertus du poète dont il admire le talent. Il met en lumière tour à tour les grands et beaux côtés de son caractère et de sa vie: le culte des lettres anciennes, le dévouement aux amitiés, la Foi chrétienne, et cet ardent patriotisme qui a fait de Pétrarque un des premiers npôtres de Tunité italienne. En un mot, où d'autres a*ont {çuère YU qu'un gracieux et subtil faiseur de sonnets, il voit Thomme tout entier, il voit une des âmes les plus pures et les plus fièresde son siècle. Noble image, dont M. Mézières a su recomposer avec un art délicat les traits épars en les recherchant dans les écrits nombreux et très divers de Pétrarque, dans ses chants amoureux et dans ses traités philosophiques, dans ses Canzone en langue italienne et dans ses épitres latines, dans le monument de celte vasrte correspondance que le poète toscan, ainsi que plus tard Erasme et Voltaire, entretint avec les personnages les plus considérables de son temps. Ce livre sur Pétrarque jious offre un premier essai de la méthode que M. Méziires allait apph'quer à Gœlhe, et qui déroule parallèlement la vie et l'œuvre d'un grand écrivain, expliquant l'iine par Taulre. A étudier ainsi Pétrarque, l'historien ^rencontrait une double difficulté. D'abord il avait affaire h un bel es;»rit, toujours préoccupé du souci de bic;i dire, et dont la

M. MËZIÊRES. 163

rhétorique gâte la sincérité. El puis ces confiJeiices où •Pétrarque révèle les secrets de son âme soni ccriles en latin, et le latin, malgré toot, a sous (a plume d*un •moderne je ne sais quel air d'emprunt el d'artifice. Il s'interpose perpétuellement entre Tauleur et son lecteur, qui a quelque peine à distinguer sous ce manque rhomme même en sa figure vraie. Cetie prose latine fait grand tort à Pétrarque. Elle levieillitde treize cents ans. Sa voix nous semble arriver très lointaine, comme la voix de cesanciens qu'il fut si jaloux d'imiter. Gœllie, au contraire, a été, par tout son génie, un homme de son siècle, qui est le nôtre. II nous parle en contemporain, avec cet accent personnel, ce naturel et cet abandon, celte vive et libre elTusion des sentiments, qui est le charme des écrivains modernes. Nous le sentons encore tout près de nous. D'ailleurs, les renseignements abondent sur les moindres détails de son existence, et c'est pourquoi M. Mézières avait à expliquer non pas, comme pour Pétrarque, la vie de l'écrivain par ses œuvres, mais bien plutôt ses œuvres par sa vie '. C'est un des traits communs aux divers écrits de Gœthe que chacun d'eux est né d'une circonstance ou d'une aventure de sa carrière, d'une passion de son cœ.ir ou d'une évolution de son esprit. Il l'avait dit lui-môme, (dans Poésie et Vérité) : « Mes œuvres ne sont que les

t. W.Gœlhe. Les œuvres expliquées ptr la vie. Deux val mies

104 rORTUAlTS LITTËnAlRËS.

fragments cruue grande confession. > Parole profonde» dont M. Hézières s*est in!>pir6 presque à chaque page, cutrenièlant les anecdotes sur Gœtlic et l'analjse de ses romans, do ses poésies, de ses drames, le tout en un bel ordre, ou les idées et les faits se succèdent sans effort, avec une séduisante clarté. 11 suit Gœlhe pas à pas, du berceau à la tombe, à travers les phases de sa prodigieuse destinée. 11 nous raconte son enfance, sa jeunesse, ses amours, ses amitiés, son rôle d'administrateur, ses travaux de savant, ses r^ves de poète, et Id constante ardeur de ce génie qui n*a cessé jusqu'à la fin de s'élever, de s'ennoblir, et d'entretenir en soi la divine étincelle. « On dirait, observait un bon juge, M. Doudan, — on dirait qu'il a passé sa vie dans Tintimité de Gœthe, et il n'y a nul charlatanisme, mais au contraire beaucoup de scrupule, et toutes les vertus d'un historien sévère à lui même *. » Ces deux volumes de M. Mézièrcs forment un des plus beaux livres, des plus substantiels et des plus attachants, que la critique littéraire animée par le détail biographique ait produits chez nous depuis Sainle-Ueuve.

11 n'a rien écrit, à mon ^ens, où les qualités de son esprit si français aient paru dans un plus. juste cadre, et dans une lumière plus propre à en faire valoir i'iiar* monie.

Cette harmonie, cet heureux équilibre des facultés

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