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Mélanges. et lettres, i. Il, p

M. MÊZIËRES. 165

constitue Tun des caractères trèi; personnels de sa critique^ qui se distingue d^ailieurs par le goût des nolions posilives et des détails précis. C'est proprement une critique d'observation et d'induction, qui évite les formules absolues des conceptions a priori.

En vérité, l'on n'est pas plus affranchi, jo ne dis pas de tout esprit de système, mais simplement de 'Imile préoccupation doctrinale; on n'est pas moins soucieux dd rattacher tout méthodiquement et dogmatiquement aux théories ou aux vérités abstraites. C'est le concret, c'est le réel en ses aspects divers et en ses formes infinijnenl variables, c'est la face mobile de celte terre et des sociétés qui ont passé tour à tour, c'est le mt;rmure et l'éclat et les mille soins aimables de la vie contemporaine, c'est tout cela qui l'attire, l'intéresse et lui met la plume à la mnin. Si je parlais à des Allemands, je dirais que ses écrits sont presque \mremet\t objectifs, et que M. Mézières est le moins subjectif des critiques.

C'est qu'il y a en lui tout un côté par où il est militant et homme d'jiction, je ne dis pas homme de parti; car ce serait là un mot bien injuste pour cet aimable, tolérant et conciliant esprit qui ne voudra jamais être d'un parti qu'à la condition de rechercher et de retenir des amitiés dans tous les autres ; esprit très sage, en son indulgence, qui prend les hommes pour ce qu'ils sont, et n'attend de la vie que ce qu'elle nous peut donner.

Ces traits de sa nature morale, la droiture, la mode-

déralion, la sympathie, cette' sympathie séduisante et irrésistible qui prête un attrait si vif à sa parole et à ses ouvrages, cette sympathie toujours en éveil et tou-jours sur la brèche, inépuisable en- se prodiguant, je les retrouve dans le procédé et (fans Taccent de sa critique sincère, généreuse, chaleureuse, d'où la dureté, d*où Tamertume, d'où l'ironie même est absente. Je les retrouve jusque dans son style, dans sa phrase qui se déroule avec une grâce primesautière comme une eau rapide et limpide, — comme ces belles eaux de la fontaine de Vaucluse dont il a décrit si poétiquement la fraîcheur, Tabondance et la transparente clarté.

M. MARC-MONNI U

M. Marc-Monnier est n^rt à Cliampcl, aux portes de Genève, le dix-huit avril 1885. Il a succombé à un mal rapide, dans la retraite laborieuse où il s'était dès longtemps fixé, partageant sa vie entre sa chaire de littérature à Tuniversité et son œuvre incessamment variée et renouvelée d'écrivain. Œuvre considérable dans une carrière déjà longue! Voici prns de quarante années qu'il étudiait, écrivait et rimait avec une verve et une ardeur toujours jeunes. Le désenchantement qui envahit nos coeurs, quand les dernières illusions s'envjlent, la lassitude de l'imagination qui peu à peu se désabuse et voit s'enfuir ses

il!

'Il

lôd PORTRAITS MTTÊnAlRES.

beaux son;;e8> cet ^lat de Tàire si dotilourcux et ces tnélancolîqiies retours auxquels nous n*échnppons^ucre — et les poètes bien moins que 1rs autres ho:nn«e^ — M. Marc-Monnier,' 9omblr-t-il, ne les a foînl resscn* lis, ou peul-èlre son esprit vivacc en tiîompliait au prix iVun perpétuel laiieur, et c*est aiusi q ic nous l'avons vu jusqu'à la fin travaillant, agissant, milifant, si j'ose (lire, et souriant aux fictions gracieuses que sa fantaisie brillante de conteur paraissait créer en se jouant. Ilélas! nous ne les lirons plus, les nouvelles charmantes que chaque printemps voyait éclorcINons ne les lirons pins, ces lettres de Genève, et ces variétés où il prodiguait les trésors de son érudition toujours sûre et de son esprit toujours prêt! Quelle spontanéité, quelle agilité, quel élincellement de cet esprit qui piquait et moussait et éclatait comme un vin jeune! Il n'avait nul besoin de signer. Vous le reconnaissiez dès les premières lignes à l'allure et au rythme môme de sa phrase, que ce fût une correspondance ou un article de critique 1.

Le fait est que M. Uarc-Monnier, avec sa note dis-

1. M. Ma''c-Monnier a été durant près de vingt années, à Genève, le correspondant du Journal des Débais,

Il nVst ici question que de Técrivain. Sur Thomme lui-mômc, dont le caractère très honorabfe cachait, sous sa verve caustique, un fonds solide de bonté et de droiture, on peut lire les Souvenirs que M. Ed. TalUchet, de Lausanne, lui a consacrés (Diblio^ thèquè universelle et Hevue suisse, mai 18S5), et une étude biographique d6 mademoiselle Bcrthe Vadicr {Rf»ue inUmalional€

M. MAUC-MONNIEK. t69

tiiicle.e! persistante, avec son tour de pensée et de sfyle si bien à lui, se complaisait à cultiver et à unir les genres les plus dissemblables. L'histoire et le théâtre, la critique et le roman, la poc'sic ot l.i prose, la science allemande et l'imagination itiiicnne, la politique même, ou du moins lus talilrau;^ changeants que la politique offre aux regards d'un spectateur désintéressé, tout cela tour à tour ou plutôt tout ensemble rattirait,rocci)pait, le mettait en verve. De là, dans ses écrits,dans sa physionomie très Tranche et pourtant complexe, bien des côtés et bien des aspects différents.

Il y avait en lui d'abord un poète, et ce poète fut entre tous délicat, ingénieux, exquis même par Tatticisme un peu grêle de ses vers limpides, presque toujours parTaits dans leur simplicité. Il n'avait pas en soi la source d'invention profonde, ni le don magique de l'évocation, ni l'onction de la tendresse éloquente, ni le souffle ample et fort qu'il faut pour dérouler le long alexandrin. En sa poésie comme en sa prose, M. Marc-Monnier ne savait ou ne voulait guère parler ore rotundo. Il excellait au petit vers bref, clair et sautillant comme un ruisselât d'eau vive, le vers du siècle de Voltaire, car il avait à un degr«j rare le style sinon l'esprit vollairien.

Ce n'est d'ailleurs pas la note railleuse qui prédomine

deFlorence^ octobre 1886). — M. Marc-Monnier était né à Florence, le 7 décembre 1829.

170 POUTRAITS LITIÊUAIRES.

dans ses Poésies*. La plupart, d'une inspiration toute subjective el intime, reflètent les divers étals d*une âme, et surtout la mélancolie, et môme la révei'îe, qui ne va guère avec ce style taillé à facettes et «i arôlos vives, dont les contours sr détachent, lumineux et prrcis, mais où manque, comme en un paysage méditerranéen, ta douceur vague et triste des arrière-plans qui fuient dans la brume lointaine. M. Harc-Monniercepcnd.inta écrit, dans le genre grave, quelques beaux vers. Telles sont les strophes touchantes intitulées : le Léthé, et, dans la pièce à Hamlel, ce fier passage, tout vibrant d'une- foi stolque :

La mort! l^st-ce poar Thomnic une liallc, uno trôvc ?

ËsMl ou n*cst-il point au delà. du trépas?

« Il dort, nous as-tu dit, il dort .. peut-ôtrc il rôve... *

Et moi je te réponds, Hamlct, il ne dort pas !

Il marche, il marche encore à son œuvre éternelle.

La tombe est un berceau d'où l'âme ouvrant son aile,

S*cnvo1e en palpitant dans l'air qui la ravit.

Ne dis pas du cadavre : « Il n'est plus ! » car il vit.

Ne dis pas du néant : « C'est la fin de tout être... ■

Car le néant n'est pas et rien ne doit finir...

Hais ces accents sont rares, et la note habituelle, la note caractéristique, vous la trouverez, par exemple, dans ces petites strophes, rythmées comme les pas d'tine danse napolitaine :

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