‹ Portraits littérairesChapitre 28 sur 55 · M. MARC-MONNIER. IS · texte numérisé non relu

M. MARC-MONNIER. IS

broderie incomparable; or M. Marc-Monnier supprime les jolies arabesques et les innombrables fleurs qui naissent sous les pas de ses béros. Elle est dans la beauté parfaite de la langue; or cette exquise beauté, ainsi qu'une vision cbarmanle, s'évanouit, hélas ! sous la main de Télranger qui s'efforce de la saisir. Que restait-il dés lors à M. Marc-Monnier? Le sujet, le canevas, le compte rendu des voyages d Angélique du Cathay à Paris ou de Paris au Calbay, la description desessortilèi;es, el la peinture des combats incessants entre guerriers qui se pourfendent du casque à l'arçon de la selle? Tout cela méritail-il qu'un homme d'esprit y employât son temps, son talent et son art? Notez qu'il y a là des chefs-d'œuvre de traduction poétique. Et je me disais en les admirant, ces strophes agiles, d'un tour si net, si vif et si franc : Oh ! le choix du sujet, condition capitale, vertu première de l'artiste et que nulle autre ne supplée! Mais quoi! M. Marc-Monnier était un poète, et volontiers, comme son Roland, il se lançait à la poursuite vaine de ces apparitior.s enchan'ées nui tentent les poètes et les paladins.

118 HORFRAITS LITTÊIIAIRES.

.Je me trompe peut-être, mais il me semble que, s réelle et si étendue que fut sa réputation, en quelque haute estime que le tint un public d*éU'ey cette estiiLe et celte renommée cependant sont demeurées encore au-dessous de son mérite vrai. Quelle en est la^ raison? Faut-il Taltribuer à cette e&trème diversité des genres et des talents, que le public^ même éclairé, a quelque peipe à admettre dans un seul homme? A cet é{>arpilv lement des forces vives en des entreprises éphémères ou ingrates? A ce séjour de Genève? Il vivait là bas entre TArvc et le Salève; ici on ne le voyait guère, et e*est tant pis pour les écrivains que Ton ne voit pas. Contraste singulier! par un effet de sa destinée ou de sa ^o|onté,ll a çtinsi passé sa vie loin de Paris, el hors de France, et la \érité c^t que ce rare écrivain aura été Vun des esprits les p!us fincinent parisiens el Tun des auteurs lej plusfran^-iis de notre temp^

M. PIERRE r#Tt

L'auteur de ce roman ^ n*«st point à ses débuts, Depuis deux ans II s'était fait connaître par deux ouvrages dont le second surtout, le Mariage de Lotiy lui a fait grand honneur et a répandu un premier rayon de célébrité littéraire sur ce nom de Loti, qui est un pseudo-* ny-me, car Fauteur, comme Tun de ses héros favoris, est^ nous dit-on, un jeune officier de marine, qui, en ser-^ vaut la France sur les mers lointaines, se tresse en ses loisirs une couronne d'écrivain, à l'exemple de sou coinmandairt, M. Henri Rivière. Mais en réalité là se

1. Le roman iVun fpahi. Un volume in-12, Calmann Lévy« — L'étude que l'on va lire Tut écrite à l'occasion de ce livte. {Jour* nal de» Débain du 10 octobre 1881.)

S, M. le lieutenant de vaisseau Julien Viaud.

borne la ressemblance des deux marins romanciers : dans leurs talents, dans leurs écrits, je ne vois entre eux que des contrastes. M. Henri Rivière a beau voyager, il n*emmène point à sasuitc les lecteurs de ses romans; il les laisse en France; sa pensée y revient sans cesse, et c*cst h qu*il fait vivre les personnages de ses Gctions. Tout aulre est le procédé de Pierre Loti. Il a compris que les merveilleuses et mystérieuses contrées où les hasards de sa carrière Tont conduit tour & tour offraient à son invention des sources neuves, inexplorées, auxquelles les autres romanciers n'avaient jamais puisé encore; il a senti qu'il y avait là un moyen sûr d*étre original, à mille lieues — on peut bien le dire — des grandes routes battues et usées où les générations d'auteurs passent et repassent, un moyen d'attirer l'attenlion et de réveiller le goût un peu fatigué du piublic. Il voulait réussir en nous dépaysant, en nous transportant loin, bien loin de nos spectacles accoutumés, de nos mœurs européennes, de la langue même que nous parlons.

J'imagine qu'il avait déjà ce projet lorsqu'il composa son premier roman à'Aziyadé, roman qui semblait réel comme une histoire vraie, vécu comme une confession, pittoresque comme des noies de voyage. Malheureusement le iieu de la scène était Constantinople, et il s*agissait d'une aventure d3 sérail : un officier de la marine anglaise épris d'une ravissante et louchante odalisque circassienne qu'il enlève, puis abandonne

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