M. PIERRE LOTI
lorsque son navire lève l'ancre, et dont il ne reverra plus au retour que le tombeau. Or il me semble que,' depuis Byro:i, on a beaucoup abusé de ces histoires orientales; au fond c'est toujours la môme, et d'avancs on la connaît. Mais du moins l'auteur avait révélé dans cet essai ses qualités, lesquelles sont bien à lui : une façon de présenter les choses et les personnes qui est brève, dégagée, piquante par tout ce qu'elle laisse entrevoir ou indique d'un Irait, en passant; un certain n:élange de scepticisme rêveur et de sensibilité délicate; enfin la perception très vive et, je le croîs, très juste de la couleur loçiile, un sentiment profond de la poésie des choses, et cet art d'encadrer ses iiéros dans des paysages qui se succèdent devant nos yeux comme de magiques décors, avec un relief si net que l'esprit en retient les images. Ces heureux dons parurent en pleine lumière dan? le Mariage de Loti.
Le joli roman, Texquise et éiraug^ idylle, que le simple ricit de ce facile amour, c ui nait au cœur de Rarahu, la jeune Polynésienne, et s'épanouit librement, ainsi qu'une fleur charmante, sous le beau ciel de Tahiti, au bord de la grande mer, au pied des arbres puissants des tropiques, dans Téternel piinlemps d'une nature (oujouis parée et souriante! 11 y avait utie grâce et comme un parfum exotique dans la peinture de celte société voluplueuse, habitant une île enchantée, véritable île des silènes. Dien dilTérenî est le cadre où so déroule le Roman d'un Spahi.
C*esl en Arriqae, et dans une des parties d« TArriq rer les plus d isolées, sur les pla^«ïs bràlantes el pestileutiellesdu Séné^l, là où s'élève,perdue parmi les sabler, 6:ttre riininense désert et ri.mnen^ océan, ti triâte TÎIle de Satut-Louis. Pierre Loti en retrace des Jescrt{H tions saisissantes, de cette Funèbre cipitate scnégalienDi^, afec son air de?éf.islc et d*ab:iniion, ses horizons pîals et nomes sous un ciel de feu, la sécheresse implacable de 900 climat dévorant, ses rivages inhospitaliers. Tinfranchissable ligne de ses brisants, qui la sépare comme une barrière du reste du monde, et dont la plainte éternelle retentit au loin, dans le silence des nuits. Suivons Tauteurà travers cet'c ville morte, et gagnons avec lui, dans un des quartici»exlrémcs, une pctile MWfson solitaire.
c Elle ctail tculc blanche de chaux; ses murs de bn'ïfiie
lézariiés, ses plaiic!ies racoruics par l.i bcclieressc, servaient
de ^ite à des légions de termites, de fourmis blanches et
de lêzardi bleus. Deux marabouts h uilaicnl son toit, clai]uaDt
4u bec au soleil, a! loajeant gravement lear cou chiuve au*
dessus de li rue droite et déserte, quand par hasard que)*
qu'un passait. tristesse Jj cette terre d'Afri |ne ! Ui> frêle
paluiier à épines promenait lente.ncnt chaque jour son om-
. lire mince tout le lonj de la muraille chaude; c'était le seul
urbrc di ce quartier, oà aucune verdure ne reposait la vue.
Sur ses palmes jaunies venaient souvent se poser des vols
de ces tout petits oiseaux bleus ou roses qu'on appelle en
France des bengalis. Autour, c'était du sable, toujours du
table... >
Là re?]traît chaque soir un homme ea veste roàge,